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11 janvier 2011

Mondialisation2

La mondialisation, souvent nommée globalisation, nous est présentée comme le cadre incontournable du développement de nos sociétés et la condition irréfragable du succès économique des nations. En déplaçant un peu le point de vue (parallaxe !), la mondialisation montre un visage différent et inquiétant. En voici quelques traits.
L’évidence est aveuglante. Le vrai pouvoir a quitté les hommes politiques et les gouvernements et il appartient maintenant à quelques milliers de financiers, de spéculateurs, de managers. Ce sont eux qui imposent les fusions, les réorganisations au service de la valeur de l'action. Ils réorganisent les entreprises par rachats, fusions, concentrations et reventes successives. À terme, on peut craindre que ne se créent des oligopoles pour chaque type d'activité économique majeure… et il n'y aura plus alors de réelle concurrence, ce qui est déjà presque le cas dans un certain nombre de secteurs (agroalimentaire, aéronautique, industrie pharmaceutique, énergie…). La mondialisation rend arbitraire la valeur des actions à partir du moment où la concurrence n'existe plus. C’est ce que démontrent les aléas boursiers actuels, conséquence de l’économie de casino et de la crise financière dans lesquelles le monde est plongé. C’est ainsi que ces financiers et ces spéculateurs décrètent et appliquent leurs lois. Un exemple en est le comportement des grands laboratoires pharmaceutiques qui se construisent des fortunes avec des molécules extrêmement coûteuses payées par les systèmes de protection sociale et finalement par le contribuable, molécules parfois dangereuses, et qui refusent de s'engager dans des recherches qui permettraient de découvrir des molécules beaucoup moins onéreuses et donc accessibles aux malades du tiers-monde. Ou encore qui refusent d'engager des recherches dans les domaines où il n'y a pas assez de malades, abandonnant les victimes de maladies orphelines à leur sort ! Dans le même temps, utilisant la libre circulation des capitaux et les paradis fiscaux, ces entreprises soustraient leurs profits à l’impôt. Les entreprises du CAC 40 ont un taux réel d’imposition sur les bénéfices de 14% alors que les PME supportent le taux légal de 33%. Impuissants, les politiques n’ont pas le pouvoir d’empêcher un tel comportement. Qui peut croire que les décisions de ces capitalistes de l'extrême soient dictées par la recherche du bonheur du plus grand nombre qui subit, plus qu'il ne demande, les fusions, restructurations, destructions de leur outil de travail ?
La mondialisation tend à l'uniformité. Celle des économies, celle des comportements, celle des cultures. Peut-être même, à terme, celle des religions et des croyances. À moins que l'uniformisation de ce qui s'échange ne laisse de côté justement ce qui ne s'échange pas, c'est-à-dire les religions, les ethnies, les régionalismes. Les communautés vont alors se replier sur des valeurs qui vont devenir conflictuelles car nécessairement passionnelles. Et la mondialisation va ainsi s'accompagner d'un régionalisme intégriste dangereux. Une alternative est que la mondialisation envahissant le domaine de la culture et, poussée à l'extrême, gomme et efface toute l'histoire des hommes. Or, nier et effacer l'histoire revient, en fait, à nier toute différence entre les nations d'aujourd'hui et, à terme, entre chacun d'entre nous. Seule la différence entre les nantis et les autres, les repus et les affamés, perdurera sans aucune possibilité de correction car cela irait à l'encontre d'une valorisation maximale de la valeur de l'action de la société "monde". Oublier l'histoire, c'est oublier ses parents, c'est nier le devoir de mémoire, c'est accepter que l'on dise "Hitler, connais pas !".
La mondialisation est celle de la dictature du marché mondial qui se constitue indépendamment des droits de l'homme et, souvent, de la morale. La mondialisation du marché a une vitrine, l'O.M.C., et une armée, les entreprises et les mafias internationales. Celles-ci recherchent, par la délocalisation de leurs productions, les pays où la (dé)réglementation sociale leur est la plus favorable, c'est-à-dire où elle est le plus en décalage avec les droits de l'homme les plus élémentaires. C'est ainsi que, grâce au travail – à l'esclavage – des femmes et des enfants, il leur est possible de fabriquer des boissons, des vêtements, des chaussures, des jouets, des produits électroniques à des coûts de fabrication les plus bas possible, garantissant leurs profits et donc les dividendes à verser aux actionnaires, véritables maîtres du jeu que sont les investisseurs institutionnels comme les fonds de pension anglo-saxons.
La mondialisation n'empêche pas les guerres qui deviennent des guerres ethniques ou de religion, seule possibilité restante, dont l'histoire, justement, a montré – et montre encore aujourd'hui – combien elles peuvent être meurtrières et résistantes aux interventions des gouvernements. D'autant que la mondialisation pourrait entraîner celle de ces guerres religieuses. Peut-on concevoir ce qu'auraient été les croisades à l'échelle mondiale et l'hécatombe qu'elles auraient provoquée au nom de Dieu ? Imagine-t-on ce que serait une guerre islamique organisée, au nom d'Allah, à l'échelle mondiale ? La sourde concurrence agressive, parfois terroriste, que se livrent les intégristes musulmans et évangélistes fanatiques sur toute la planète en sont, peut-être, les prodromes. La chasse aux coptes déclenchée par les premiers et la mise sous influence de G.W.Bush par les seconds afin d’engager la guerre en Irak en sont des indices.
La mondialisation donne l’image d’un monde entraîné vers un avenir où les hommes ne maîtriseront plus rien et où le pire devient possible. Comment s’étonner du pessimisme des citoyens ?

11 décembre 2010

Où sont les hommes d’État ?

Y a-t-il des pilotes responsables dans l’avion Terre ? Après les réunions de Kyoto en Décembre 1997 et de Copenhague en Décembre 2009, la conférence de Cancun qui a lieu en Décembre 2010, désertée par les chefs d’État, ne débouchera que sur des déclarations d’intention assez vagues pour que tout le monde puisse renter tranquillement chez lui sans se sentir engagé à quoi que se soit de sérieux. Encore une fois, les égoïsmes nationaux et les préoccupations électorales de court terme auront prévalu sur l’intérêt général. Peut-il en être autrement lorsque les plus grands pollueurs de la planète ne veulent s’engager sur la moindre mesure concrète que se soit ? Les catastrophes climatiques se multiplient avec une cadence alarmante depuis 1998, année des plus grandes inondations que le Bengladesh ait connues. En 1999, un cyclone a fait 30.000 victimes en Inde, une tempête exceptionnelle a accompagné la France dans son passage au vingt et unième siècle, des glissements de terrain gigantesques font 30.000 morts au Venezuela. C’est au Printemps 2000 que l’on assiste au détachement du plus grand iceberg antarctique jamais vu (une superficie équivalent à la Belgique), à une sécheresse meurtrière en Afrique de l’Est. En 2001, la Sibérie connaît des crues cataclysmiques obligeant à l’évacuation de 25.000 personnes, le Texas et la Louisiane sont sous les eaux, pendant qu’une sécheresse sans précédent s’abat sur la Corée, le Honduras, le Nicaragua, le Guatemala et le Salvador, alors que l’Inde connaît également la sécheresse durant l’été 2002. Toujours en 2002, des inondations exceptionnelles s’abattent sur l’Europe centrale. Qui ne se souvient de la canicule qui a sévi en France durant l’été 2003 ? Des incendies gigantesques surviennent en l’an 2000 aux USA, en 2009 en Australie et en 2010 en Russie (qui ne sont d’ailleurs peut-être pas terminés). En 2005, Katrina détruit La Nouvelle Orléans et fait 1800 morts. Les glaciers reculent partout dans le monde, le phénomène El Nino prend des proportions de plus en plus importantes, la banquise arctique disparaît presque totalement en été. Etc, etc … Qui peut nier que nous assistons à un changement climatique majeur aux conséquences déjà visibles et imprévisibles dans le futur proche ? Ne peut-on attendre d’un véritable homme d’État que l’intérêt général l’emporte sur tout autre considération ? Où sont donc passés les véritables hommes d’État ? Une certitude : ils ne sont pas à Cancun !

07 mars 2010

Le système chinois

Le développement de la Chine laisse le monde interrogatif et inquiet. Interrogatif car on se demande sur quoi repose cette expansion. Inquiet car elle pourrait conduire à un nouvel impérialisme. La cause est simple à comprendre. La Chine tire le meilleur parti de son principal atout concurrentiel, à savoir une main d’œuvre pléthorique à coût minime qui lui permet des coûts de fabrication extrêmement bas, rendant l’industrie chinoise très compétitive sur les marchés occidentaux, cible de ses exportations, la demande intérieure restant insuffisante pour cause de revenus trop faibles. C’est pourquoi, afin de faire accepter des conditions de travail extrêmement difficiles, la Chine maintient une dictature politique qui muselle les oppositions et les contestations. Mais, pour faire fonctionner ses usines, la Chine a également besoin des techniques industrielles occidentales, c’est-à-dire qu’elle a besoin d’attirer rapidement les investissements étrangers. D’où le développement d’une libéralisation économique, indispensable pour rassurer les investisseurs occidentaux. Dictature politique, libéralisme économique, tel est le système chinois qui permet la production de produits compétitifs inondant les marchés des pays développés. À cela s’ajoute une sous-évaluation du Yuan qui renforce encore cette compétitivité. Cette stratégie a permis à la Chine de devenir l’atelier industriel du monde développé. Son marché principal est le marché américain qui absorbe une très grande partie de ses exportations. Il est donc essentiel que ce marché reste solvable, et ceci malgré la dette abyssale des USA (près de 80% de leur PIB) qui représente une menace pour la pérennité des exportations chinoises. C’est la raison pour laquelle la Chine rachète la dette américaine en achetant une quantité considérable de bons du Trésor américain, fournissant ainsi aux États-Unis les dollars dont ils ont besoin pour acheter ses produits. La boucle est bouclée, créant une intrication étroite entre les deux économies. La stabilité économique du monde étant subordonnée à celle de l’économie américaine, l’inquiétude des pays occidentaux porte sur la pérennité de cette dépendance réciproque. Mais le développement industriel explosif de la Chine entraîne, pour ce pays, un énorme besoin en matières premières qui vient s’ajouter aux besoins alimentaires colossaux d’une population de presque 1,5 milliards d’habitants. La Chine écume donc le monde pour mettre la main sur les matières premières, industrielles et alimentaires, dont elle a un besoin vital et se trouve ainsi en concurrence frontale avec les pays occidentaux. Elle transforme peu à peu l’Afrique en fournisseur quasi-exclusif et fait peser à long terme sur les marchés une très forte tendance à la hausse. Cette mainmise chinoise sur les ressources de la planète est ressentie confusément comme un impérialisme nouveau et inquiétant.
Bien entendu, cette expansion et ce développement chinois ne sont pas sans risques pour la Chine elle-même car ils ne profitent actuellement qu’à une petite partie de la population, essentiellement à une nomenklatura directement ou indirectement liée au Parti Communiste Chinois. Il se crée ainsi une société à deux vitesse qui ne peut qu’accroître les tensions sociales, aujourd’hui contenues par la dictature politique. Les prochains enjeux de la Chine sont donc les suivants :
Tout d’abord, développer, à côté des exportations, un marché intérieur qui dépasse la classe des favorisés afin de soutenir la demande ce qui provoquera une pression accrue sur les matières premières. Ensuite, acquérir la maîtrise des techniques et de l’innovation par le développement rapide de l’enseignement, des universités et de la recherche. Les universités chinoises, multipliant les coopérations internationales, comptent 23 millions d’étudiants. Les trois meilleures universités du pays, l’Université de Pékin, l’Université Qing hua à Pékin et l’Université Fudan à Shanghai sont capables de rivaliser avec les grandes universités américaines et européennes. Il n’est pas un domaine technique de pointe où la Chine n’investisse pas.
Pendant que la Chine s’éveille, l’Europe s’assoupit. Le réveil sera douloureux.

26 novembre 2008

Une histoire édifiante

Ayant hérité de sa famille une petite fortune, plein d’idées et d’esprit d’entreprise, Jean Treprand créa un petit atelier où il fabriquait, avec deux employés, un grille-pain ingénieux sur une idée qu’il possédait depuis qu’enfant, il regardait sa mère faire griller les tranches de pain sur la cuisinière. Son produit trouva rapidement une clientèle locale dans sa petite ville et sur les marchés locaux. Devant le succès de son grille-pain, il décida alors d’augmenter sa production et, quittant son atelier, il ouvrit une petite usine où il embaucha une dizaine d’ouvriers venant du village et de ses environs. Inventif et entrepreneur dans l’âme, il décida d’élargir la gamme de ses produits, acheta quelques machines-outils allemandes et accrut son personnel. Il lui fallut alors un chef d’atelier et un comptable. Ses ouvriers venaient de beaucoup plus loin et il réfléchit à la meilleure façon d’améliorer leur vie. Il décida de franchir un grand pas et fit construire une série de petites maisons pour les loger à proximité de l’usine. L’arrivée de toutes ces familles eut un gros impact sur la ville. Des commerces s’ouvrirent, des classes supplémentaires se créèrent à l’école qui se transforma bientôt en collège. La ville s’enrichit et les travaux d’aménagement se multiplièrent. Comme la production demandait de faire venir à l’usine des matières premières et des composants, quelques-uns des fournisseurs de l’usine ouvrirent une succursale dans la ville. Lui, soucieux de ses ouvriers, fit construire une cantine puis une garderie pour les enfants, car les femmes venaient maintenant travailler à l’usine. Les années passèrent, l’usine s’agrandit, la ville s’enrichit. Le banquier se frottait les mains car les bénéfices de l’usine venaient alimenter son compte bancaire le plus important. Lui aussi, bien sûr. Le nombre des salariés augmentait de plus en plus. L’ambiance à l’usine était sereine. Jean Treprand avait maintenant à ses côtés deux collaborateurs pour l’aider dans les taches de gestion. Les ouvriers appelaient leur patron Monsieur Jean. Et puis, un jour, les salariés créèrent une cellule syndicale afin de défendre leurs intérêts, disaient-ils. Ils ont dit que le patron était paternaliste et que c’était une injure à la classe ouvrière parce que c’était un management méprisant. Ils firent grève pour obtenir des augmentations de salaire et la prise en charge de leurs frais de déplacement. Tout en cherchant à ne pas mettre l’usine en danger, Jean Treprand accepta en partie ces revendications. Mais les relations avec les ouvriers devinrent plus difficiles. Il y eut même des manifestations violentes avec blocage de l’usine et piquets de grève devant le portail d’entrée. Ils enfermèrent même Monsieur Jean pendant tout un week-end dans son bureau. Une angoisse obsidionale régnait alors parmi les ouvriers.
Cependant, malgré ces difficultés, tout allait à peu près bien jusqu’au jour où des produits concurrents provenant de l’étranger commencèrent à envahir le marché. Des produits moins bons, certes, moins fiables mais beaucoup moins chers. Ils étaient fabriqués dans des pays où le coût du travail était beaucoup plus faible car les salaires étaient ridiculement bas. Les ventes se firent alors difficiles. Et puis, le prix des matières premières s’accrut considérablement. Les bénéfices s’évaporèrent comme neige au soleil. Il fallut envisager de licencier un certain nombre de salariés. L’atmosphère, à l’usine, devint de plus en plus lourde. Le bilan annuel vira au rouge et Jean Treprand se trouva dans l’obligation de négocier avec la banque des prêts et des découverts que le banquier, oublieux du passé, lui accordait de plus en plus difficilement. Et puis, un jour, il fallut se rendre à l’évidence : la faillite n’était plus très loin. Jean Treprand s’enquit alors d’un repreneur. Et il en trouva un. C’était un groupe industriel important qui, implanté dans plusieurs pays, pensait se servir de ses différentes implantations pour agrandir le marché des produits de l’usine. Jean Treprand, la mort dans l’âme, vendit son usine. Les nouveaux managers rachetèrent la totalité du capital et ils nommèrent Jean Treprand président d’honneur, mais c’était là une nomination honorifique et sans aucun pouvoir. Les salariés, un instant inquiets, se rassurèrent rapidement en constatant que la faillite avait été évitée. Mais, rapidement, ils constatèrent aussi que le mode de management avait radicalement changé. Il n’était plus du tout question de paternalisme, mais de performances, d’objectifs, de polyvalence, de productivité. Les nouveaux managers, au prétexte de recentrer les activités sur le cœur de métier, arrêtèrent un certain nombre de fabrications pour les confier à des sous-traitants et se séparèrent des ouvriers concernés. Il fallait que la rémunération des actionnaires augmente fortement. C’était le seul moyen pour que le fond de pension, actionnaire majoritaire, ne revende pas la totalité de ses actions en se retirant du capital. Pour soutenir leur cours et préserver les dividendes des actionnaires, les managers utilisèrent les bénéfices pour racheter les actions détenus par les actionnaires minoritaires plutôt que d’investir. Le nombre d’ouvriers diminua fortement car le chiffre d’affaires s’effondrait. Un peu forcé et sans recevoir de parachute doré, Jean Treprand pris sa retraite, poussé dehors par le nouveau PDG. L’inquiétude revint parmi les salariés. Les grèves se multiplièrent. La concurrence étrangère devint féroce. Et puis un jour, les salariés reçurent une lettre à leur domicile parlant de mondialisation, de globalisation des marchés et leur apprenant que leur usine allait être délocalisée dans un pays d’Europe de l’Est. Il leur était proposé de suivre l’usine dans ce pays en acceptant une forte réduction de salaire pour être à peu près au niveau des salaires moyens locaux. En cas de refus de leur part, le management se verrait dans la pénible obligation de les licencier. Ce fut un grand choc chez les ouvriers qui se mirent immédiatement en grève. Les réunions se multiplièrent. Un petit nombre d’entre eux accepta les conditions proposées, mais le plus grand nombre se révolta et refusa tout net. Ils se réunirent tout un week-end dans la salle polyvalente de la ville pour décider de la conduite à tenir. Ils décidèrent d’occuper l’usine dès le Lundi suivant à l’aube. Mais, lorsqu’ils se présentèrent sur leur lieu de travail, ils constatèrent, consternés, que l’usine était cadenassée. Après avoir forcé l’ouverture, la stupeur fut à son comble quand ils s’aperçurent que les machines et les stocks avaient disparu. Les bureaux étaient vides, les locaux silencieux. Ce fut un choc violent. Certains ouvriers pleuraient. Ils organisèrent une manifestation en ville. Des personnalités politiques vinrent les soutenir tout en leur faisant comprendre qu’ils ne pouvaient rien faire pour eux. Petit à petit, après une période de grands désordres, le calme se rétablit et les anciens salariés se retrouvèrent au chômage ainsi que ceux des anciens fournisseurs qui firent rapidement faillite. Une antenne de l’ANPE vint même ouvrir un bureau en ville. Le syndicat entama une action en justice et les propriétaires de l’usine furent condamnés à verser de lourdes indemnités aux anciens salariés. Mais, comme ils avaient quitté la France, cette action en justice n’eut aucune suite et aucune indemnité ne fut jamais versée. L’usine fermée, les ouvriers dispersés, toute la ville se trouva en situation difficile. Au collège, deux classes furent fermées car le nombre des élèves avaient fortement diminué. La ville devint triste et grise et sa jeunesse partit pour chercher du travail ailleurs.
Une histoire, dites-vous ?

08 novembre 2008

Le nouveau péril jaune

La guerre entre les grandes puissances a changé de protagonistes et de nature. Ce n’est plus à la guerre froide entre les États-Unis et l’URSS à laquelle nous assistons, mais à une confrontation d’une autre nature, tout aussi réelle, entre les mêmes États-Unis et la Chine. Sur le plan politique, ces deux États sont en opposition sur les relations avec le Soudan (le Darfour), l’Iran, la Corée du Nord, autant de pays soutenus par la Chine et combattus par les USA. Certains courants conservateurs américains tentent de mettre en place une stratégie d’endiguement (le containment) de la Chine pour empêcher que celle-ci ne devienne une puissance concurrente des États-Unis menaçant de mettre fin leur l’hégémonie. La confrontation politique est soutendue par une lutte sans merci pour l’accès aux matières premières. La Chine, sans aucun scrupule, alimente et soutient tout pays ou toute dictature susceptible de lui fournir les matières premières dont elle a un besoin vital. Elle devient peu à peu le principal concurrent des Américains en ce qui concerne l’approvisionnement pétrolier. C’est pourquoi chacun des deux pays est en train de mettre en place une stratégie destinée à lui permettre de sécuriser et diversifier ses sources d’approvisionnement pétrolier. Ainsi l’Afrique est devenue le champs-clos d’un affrontement sino-américain dont on parle peu mais qui est sans pitié. La Chine est, en effet, en train de prendre pieds au Soudan, en Angola ou au Gabon. On assiste également à un spectaculaire rapprochement avec les pays d’Amérique latine, sphère d’influence privilégiée et historique des États-Unis.
Chaque pays cherche à développer ses atouts concurrentiels. Celui de la Chine est essentiellement les bas coûts de fabrication. Tout est bon pour maintenir ces coûts au niveau le plus faible possible afin d’envahir les marchés occidentaux et notamment américains (pour compenser les engagements de rachat de la dette extravagante des USA que la crise économique actuelle ne fera qu’aggraver), d’où des manipulations monétaires, des pratiques frauduleuses et dangereuses, comme l’a démontré l’affaire du lait contaminé (et d’autres produits alimentaires) et des faux médicaments qui inondent l’Afrique. Mais, comme des frères ennemis, ces deux pays sont indissociables, chacun d’eux ayant un besoin vital de l’autre. Les USA ont besoin de la Chine pour faire perdurer leur formidable déficit et racheter leur dette colossale en lui vendant des bons du Trésor. La Chine a besoin du marché américain pour obtenir les devises nécessaires à ce rachat et à son développement. Sur le plan économique, on peut dire que les relations Chine/ États-Unis sont tellement imbriquées les unes dans les autres qu’on peut aujourd’hui parler d’interdépendance. Nous allons assister, durant les prochaines années, à un rattrapage économique de la Chine qui va profiter du déclin relatif, mais déjà en cours, des USA. C’est, en effet, la première fois depuis la crise de 1929 que les USA entrent en récession économique. Compte tenu de l’interdépendance objective des deux pays, il faut s’attendre à ce que la Chine connaisse également de fortes difficultés économiques et sociales dans le court et moyen terme. Le monde entier en sera fragilisé.

27 septembre 2008

Mondialisation et déréliction

Un processus de production (de produits ou de services) est une suite d’activités qui s’enchaînent, l’objet de la production acquérant, à chaque stade, une valeur plus élevée. D’où le nom de « chaîne de valeur » donnée classiquement à ces processus. À la fin du XXème siècle, les sociétés de consulting prospéraient sur le concept de « Business Process Re-engineering », méthode d’analyse des chaînes de valeur cherchant à optimiser chacune de leurs étapes. « Optimiser » est un verbe politiquement correct qui veut dire réduire les coûts de fonctionnement et réduire les délais, pour faire mieux pour moins cher. Ces analyses débouchaient sur des recommandations touchant les activités constitutives des processus de conception et de production. L’entreprise qui acceptait ces recommandations se trouvait alors impliquée dans un projet de réorganisation interne qui imposait la compréhension et l’adhésion de son personnel. Cette dernière condition, toujours difficile, était cependant à gérer dans un cadre interne où chacun se comprenait comme le maillon d’un ensemble qu’il était en mesure d’appréhender dans sa totalité, au sein de l’atelier, de l’usine, de la région voire du pays, et ceci grâce à la communication d’entreprise mais aussi à la communication informelle qui s’établit entre les hommes partageant un même lieu de travail. Les phénomènes de délocalisation du XXIème siècle ont complètement changé la problématique. La mondialisation des marchés et la recherche permanente d’une diminution de coûts, souvent pour le seul bénéfice d’une rentabilité toujours accrue des investissements financiers, a conduit à éclater les chaînes de valeur et à répartir les activités des processus dans différents pays de la planète. Ainsi, l’amélioration globale de la productivité et de la rentabilité d’un processus peut remettre en cause l’existence d’un ensemble d’activités, formant un maillon du processus dans un pays donné, alors que ce maillon fonctionne tout à fait correctement. La décision de transformation est prise très loin des hommes mis en cause et reste donc incompréhensible et ressentie comme parfaitement injuste. Le projet de réorganisation se fait alors dans la contrainte et la confrontation et se termine généralement dans le drame et un sentiment de déréliction grandissant comme une plante rudérale. La première victime est le salarié, la seconde est l’esprit d’entreprise, moteur essentiel de la motivation. Cette recherche frénétique d’une rentabilité toujours plus importante est le fruit de la spéculation financière tout aussi frénétique qui gangrène l’économie réelle et détruit aujourd’hui le système bancaire. Devant les profits déraisonnables et immoraux des spéculateurs, les actionnaires exigent de l’entreprise des versements de dividendes qui soient comparables aux gains spéculatifs, c’est-à-dire sans relation avec l’efficacité industrielle réelle. Pour y arriver, les managers d’entreprise n’ont pas d’autre voie que de dilapider l’investissement dans le rachat de leurs propres actions et la réduction des moyens, notamment de ceux qui demandent le moins d’investissements, c’est-à-dire les hommes. C’est ce qui s’est passé par exemple (parmi bien d’autres) à Gandrange où Lakshmi Mittal, PDG d’ArcelorMittal, a licencié près de 600 personnes pour fermer une usine à rentabilité tout à fait normale. Dans un processus mondialisé, où les différents éléments des chaînes de valeur se trouvent dispersés sur la planète, ces éléments deviennent les simples pions d’un jeu d’échec que l’on déplace ou que l’on sacrifie au nom d’une stratégie prise loin des hommes.

20 septembre 2008

La main qui étrangle

La folie financière de cette semaine a, une fois de plus, mis en lumière le rouage fondamental du fonctionnement du capitalisme libéral : laisser quelques particuliers accumuler d’énormes profits et laisser aux contribuables le soin d’éponger les dettes. Les responsables et les traders des sociétés financières américaines ont engrangé d’énormes profits personnels grâce à une dérive immorale de leur politique d’emprunts (les subprimes) allant jusqu’à mettre en faillite leur propre entreprise. Comme le réel finit toujours par s’imposer au virtuel, l’impossibilité des Américains à rembourser leurs emprunts a provoqué une série de faillites dans le domaine bancaire et financier anglo-saxon. Pouvez-vous me dire si une quelconque sanction a été prise envers les dirigeants et responsables de ces entreprises ? Aucune. Par contre, devant le risque croissant d’un effondrement généralisé du système bancaire, le gouvernement de G. Bush vient de lancer un plan de refinancement de ce dernier à hauteur de sept cents milliards de dollars. Qui va payer ? Le contribuable américain. Les gains resteront privés, les pertes seront publiques. Le patron de Freedie mac et celui de Fannie Mae vont continuer à dormir sur leur matelas de dollars pendant que les contribuables auront non seulement perdu leur logement mais vont voir leurs impôts augmenter. Autre leçon à tirer de ce qui se passe : on peut être le chantre invétéré du libéralisme et du laisser-faire, la réalité impose l’intervention de l’État. D’ailleurs, partout des voix s’élèvent pour demander un contrôle du marché financier. Qui demande un interventionnisme accru des États ? La droite, auparavant chantre du libéralisme pur et dur. La main invisible d’Adam Smith est, finalement, une main qui étrangle les plus vulnérables. L’économie virtuelle sera le poison mortel de l’économie réelle. Lorsque les organismes financiers proposent des produits dérivés qui permettent de gagner de l’argent en faisant un pari sur les mouvements à la hausse ou à la baisse des cours de bourse, cela s’appelle une économie de casino. Et il est bien connu que l’on perd toujours au casino, sa règle de fonctionnement étant "pile, je gagne ; face, tu perds".