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27 mai 2011

Une rencontre

Une jeune femme brune, cheveux longs, jupe longue et sandales, a croisé mon chemin ce matin, rue de Lagny à Paris dans le XXème arrondissement. Un bébé accroché sur son ventre, elle portait un gros sac en bandoulière et marchait d’un pas hésitant. En nous croisant, j’ai remarqué que l’enfant avait des tâches brunâtres sur les joues et que la femme soutenait sa tête avec la main. L’enfant était-il souffrant, malade ? Avançant dans la rue de Lagny, cette femme ayant soudain fait demi-tour, repasse devant moi et marche d’un pas rapide sur ses sandales à talons plats. Intrigué par son attitude, je me mets à la suivre sans très bien en comprendre la raison. Elle tourne dans le boulevard de Charonne, fait demi-tour au bout de quelques mètres et repart en direction de la place de la Nation. Je me mets à la suivre. Où va-t-elle ? Arrivée sur la place, elle se dirige vers le boulevard de Picpus dont elle emprunte les premiers cent mètres avant de changer de direction une fois encore et de partir vers la rue de Picpus. Elle marche d’un pas parfois décidé, parfois hésitant. Elle s’arrête de temps en temps pour boire à une bouteille qu’elle tire de son sac, tout en maintenant la tête de l’enfant. Je suis de plus en plus mal à l’aise devant sa conduite et sa façon de se déplacer, donnant l’impression qu’elle ne sait pas où aller. De la rue de Picpus, elle oblique soudain vers la place Daumesnil et rejoint le square de l’ancienne gare de Reuilly, près de l’avenue du même nom. Elle entre dans le square, hésite sur le chemin à prendre, regarde autour d’elle, traverse la pelouse et ressort du square sans s’être arrêtée. Je la suis toujours avec de plus en plus de mal. Elle s’engage dans la coulée verte en direction de la Bastille. Sur l’allée, elle fait plusieurs fois demi-tour, s’arrête et reprends sa route en direction de la Bastille, tenant toujours la tête de l’enfant. Elle me donne l’impression d’une femme errante qui ne sait où diriger ses pas. Est-elle en fuite ? A-t-elle enlevé l’enfant ? Je cherche en vain du regard un représentant de l’autorité publique à qui je pourrais faire part de mes interrogations et de mes inquiétudes pour l’enfant. Elle marche devant moi sur la coulée verte et accélère le pas. J’ai du mal à la suivre. Elle s’arrête un moment pour remplir une bouteille de l’eau d’une fontaine et repart de son pas à la fois hésitant et décidé. Au détour d’un coude, je la perds définitivement de vue. Je suis décidément mal à l’aise. Aurais-je dû l’aborder ? De retour chez moi, la pensée de cette femme, que j’ai crue en détresse, ne me quitte pas. Cette femme est-elle en fuite ou n’était-ce qu’une mère qui promenait son enfant ? L’interrogation ne me quitte pas. Combien de destins tragiques croisons-nous ainsi dans la vie, sans le savoir ? Combien de tristesses et de solitudes ? Combien de fuites et de désespérances ? Combien de tragédies derrière les portes et fenêtres ? L’espèce humaine est, à la fois, grégaire et solitaire. Nous sommes un oxymore vivant : un troupeau d’anachorètes.

12 mars 2011

Illiasseux

Il y a ceux qui :
• ont des conversations téléphoniques dans les transports en commun
• roulent obstinément sur la bande médiane des autoroutes à 3 voies
• font uriner leur chien dans les parties communes des habitations collectives
• font couler l’eau d’arrosage de leurs plantes de balcon sur le balcon inférieur
• disent que tous les chômeurs sont des fainéants
• jettent de la nourriture non empaquetée dans les V.O. communs
• laissent les déjections de leur chien sur les trottoirs
• restent obstinément sur le quai au milieu des sorties de voitures du métro
• chantent du rap prétentieux et des chansons imbéciles
• font hurler leur chaîne stéréo sans souci des voisins
• dévastent la ville avec leurs graffitis et leurs tags débiles
• font du marketing téléphonique après 19h.
• garent leur voiture devant la sortie d’un garage particulier ou d’un parking
• inventent des slogans plutôt que d’avoir des idées ou des convictions
• garent leur bagnole sur les emplacements réservés aux handicapés
• sont toujours contre, faute d’avoir des idées
• confondent décade et décennie
• circulent en vélo sur les trottoirs
• vivent du chômage en vilipendant l’État
• hurlent avec les loups
• écrivent des livres inutiles
• … et tous les autres

18 février 2011

La chèvre de Mr. Séguin

Quel enfant ne connaît pas l’histoire de la chèvre de Monsieur Séguin, conte des Lettres de mon moulin d’Alphonse Daudet ? Quel parent n’a pas raconté cette triste histoire ? Comment faire comprendre aux enfants le choix de cette petite chèvre ? Préférant la liberté à la sécurité de son enclos, l’animal choisit le danger mortel d’affronter le loup auquel elle ne pourra finalement pas échapper. En renonçant à la sécurité que lui offre son berger, elle a choisi son destin. Ce choix n’est pas sans rappeler celui que la Genèse nous raconte. Comme la chèvre de Monsieur Séguin, Adam fait le choix de passer outre à l’interdiction du fruit défendu. Ce faisant, il choisit d’avoir un destin plutôt que de jouir de l’éternité. Comme la chèvre choisit de succomber dans les mâchoires du loup, l’homme choisit sa propre mortalité. À l’éternité protectrice, l’homme a préféré un mortel destin, mais libre … de penser que Dieu n’existe pas.

05 septembre 2010

Le zéro et l’infini

Les mathématiques conduisent parfois à des situations indéterminées. En particulier, la manipulation des infinis peut déboucher sur de telles situations. Par exemple, la multiplication de zéro par l’infini (0*∞) débouche sur une incertitude sur le résultat de l’opération qui peut être zéro, l’infini ou un nombre fini. Lorsque l’on se pose la question de la possibilité de la vie dans l’Univers, on se trouve dans une telle situation. En effet, l’existence d’une vie intelligente sur Terre relève d’une série de probabilités infimes dont le produit fournit un résultat tellement faible que l’on peut considérer cette existence comme un véritable miracle de la nature (Cf. « L’Homme, un accident de l’Histoire » : 4/6/2008). D’autre part, le nombre d’étoiles dans l’Univers est infiniment grand, puisque l’on estime qu’il existe une à deux centaines de milliards de galaxies avec, dans chacune d’elles, une centaine de milliards d’étoiles. Autour de chacune d’elles, peuvent orbiter des planètes susceptibles de recevoir la vie. On est donc en présence d’une probabilité infiniment grande pour qu’existe une planète où la vie ait pu se développer. Le produit de cette probabilité avec celle qui est attachée aux processus conduisant effectivement à la vie est donc semblable à l’indétermination évoquée ci-dessus. Il est donc impossible de prouver la possibilité ou l’impossibilité d’une vie extra-terrestre. Cette question restera toujours indécidable. Le théorème de Gödel est peut-être à généraliser ?

15 juillet 2010

Le plus beau tableau du monde

C’est le petit matin. La pluie, lourde et froide, vient juste de s’arrêter. L’air est transparent, nettoyé des poussières de la ville, soulevées par les chevaux du chemin de halage. Traversant les gros nuages, vestiges de l’averse, un rayon de soleil vient frapper la tour de la nouvelle église et les maisons voisines ainsi que le petit pan de mur jaune qui a tant frappé Marcel Proust, laissant dans l’ombre celles qui s’alignent le long du quai de Lange Geer. Le vent est tombé et l’eau du canal a retrouvé son calme, précisant les reflets bleutés de la ville et de ses remparts. La transparence de l’air donne au dessin des toits et des pignons crénelés une netteté surprenante. Rien n’arrête le regard qui traverse sans obstacle le vide du clocher de la nouvelle église. Les villageois, un moment calfeutrés pendant l’averse, sortent à nouveau et viennent, au gré des rencontres, discuter sur les bords du canal. Le chant des oiseaux matinaux, un moment interrompu, a repris et souligne le calme et la lenteur de l’instant. Le grincement des accastillages des lourds bateaux en partance pour Rotterdam et accostés sur l’autre rive du canal rebondit sur le miroir de l’eau. La journée commence…
C’est le plus beau tableau du monde.

09 juillet 2010

MMS

« J’admettrais volontiers que les femmes nous sont supérieures si elles ne voulaient être nos égales en tout » disait Sacha Guitry. Qu’il se rassure, l’égalité homme-femme restera à jamais une utopie. Tout du moins dans un domaine qui tient une place majeure dans la vie humaine, le domaine des relations sexuelles. L’homme doit supporter une énorme injustice, celle de savoir que ses possibilités en la matière, malgré le soutien de l’industrie pharmaceutique, sont inexorablement appelées à disparaître. En complément de l’énigme du Sphinx d’Œdipe, on pourrait ajouter la parabole du MMS (qui ne veut pas dire Multimedia Messaging Service). À l’aube de la vie, MMS signifie Matin, Midi et Soir. Vers 17 heures, Mardi, Mercredi, Samedi. À 20 heures : Mars, Mai, Septembre. Enfin, à 22 heures : Mon Meilleur Souvenir ! Heureusement, je n’ai pas de montre et je ne sais pas l’heure qu’il est…

22 juin 2010

Spleen

« Celui qui se bat peut perdre, mais celui qui ne se bat pas a déjà perdu » (B.Brecht). C’est ce que l’on aurait dû rappeler aux joueurs (?) de football de l’équipe de France. Lorsque l’on voit ces coffres-forts ambulants, dopés aux millions d’Euros, se comporter en dilettantes sur le terrain de la compétition, on ne peut ressentir qu’écœurement pour le monde footballistique, où l’argent a pris la place de l’effort et de la volonté de réussir. Le football amateur a sa grandeur, le football professionnel n’est plus que morgue et suffisance (savez-vous que Ribery va gagner 10 millions d’Euros par an au Bayern de Munich !! Si, si !!). Décidément, je ne m’intéresserai plus jamais à ce soi-disant « sport ».
Le journal Libération a organisé une réunion mondaine à Grenoble, appelée États généraux du renouveau, avec des sommités intellectuelles pour déterminer les attentes de la société française d’aujourd’hui. Belle et grande idée ! L’institut Médiascopie a choisi un échantillon de 300 personnes, qu’il a qualifié de représentatif ce qui, sur le plan statistique, paraît déjà douteux. Ces personnes ont été « coachées » et interrogées pendant une semaine pour leur faire exprimer leur vision de la société présente et celle de la société souhaitée. Il en ressort que les finalités les plus attendues sont, quelle surprise ! une société « du bien-être » ! Tiens, tiens … il me semble que j’ai déjà entendu ce concept, il n’y a pas longtemps au sein de discours politiques. Une telle société est jugée importante et positive. Le contraire eut été étonnant. Une société du mal-être aurait-elle quelques chances de séduire ? On se demande à quoi peut bien servir une telle étude pour déboucher sur de telles évidences. La protection et le progrès social, la réduction des inégalités et l’amélioration des services publics accompagnent cette société du bien-être. Je ne crois pas que cela va bouleverser l’idée que l’on pouvait se faire des attentes des Français. Par contre, on découvre dans les résultats de cette étude que les partis politiques et les syndicats, toutes tendances confondues, sont jugés plutôt négativement. Ainsi, si l’on veut résumer cette magistrale étude, on peut dire que les Français sont des adeptes du « tous pourris » et de l’État protecteur (le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux est jugé comme ayant un impact important et négatif, au même titre que la perte des acquis sociaux !). On a beaucoup de mal à distinguer ce qu’il y a de nouveau !
Les villages du Var ont été dévastés à cause de la furie de la nature mais aussi de l’inconscience humaine. Les habitants sont sonnés, dépouillés, en perdition. Et voilà qu’une horde de touristes abominables et voyeuristes, appareils photo en bandouillère, viennent respirer l’odeur du désespoir et de la dévastation. Le malheur des uns a toujours fait le bonheur des autres.
Le parti socialiste s’est rangé derrière son coupeur de tête, Monsieur Montebourg. Ce dernier a oublié le sort de Robespierre !
Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai tout d’un coup un sentiment de spleen.

11 juin 2010

La résurrection, une calembredaine

Il existe en physique un immense mystère. Les théories physiques qui tentent d’expliquer le fonctionnement du monde comportent un certain nombre de constantes dont la valeur numérique est seulement constatée, sans que l’on sache expliquer le « pourquoi » de cette valeur. En dehors des 5 constantes universelles, il faut ajouter 2 constantes électromagnétiques, la constante gravitationnelle, une douzaine de constantes physico-chimiques, une vingtaine de constantes atomiques et nucléaires. Cette simple énumération montre que l’on est encore loin de comprendre les lois de l’Univers et que la recherche de la Théorie du Tout a encore de beaux jours devant elle. Or, il suffirait que l’une quelconque de ces constantes prenne une valeur numérique différente pour que la vie, telle que nous la connaissons sur Terre, soit impossible. Cette incroyable précision laisse perplexe et sans justification. Mais l’imagination des hommes est sans limites et n’a d’équivalent que son besoin d’expliquer. D’où, depuis toujours, l’appel aux religions ou aux superstitions, l’invention d’un riche panthéon de divinités. Les scientifiques, se voulant cartésiens, ont cherché, eux aussi, à trouver une justification à l’inexpliqué. Ne pouvant établir scientifiquement et objectivement les valeurs particulières prises par ces constantes, certains d’entre eux sont passés du domaine de la démonstration à celui de l’hypothèse. Puisqu’on ne sait pas justifier le pourquoi de ces valeurs, il suffit de faire l’hypothèse que ces « constantes » peuvent prendre toutes les valeurs possibles et qu’à chaque ensemble de valeur correspond un univers « parallèle » et inaccessible. Il est alors normal que nous vivions dans l’Univers où les constantes ont pris les valeurs nécessaires à l’apparition de la vie. C’est la théorie du multivers. C’est aussi ce qu’on appelle un tour de passe-passe. En effet, une hypothèse scientifique doit, pour être sérieuse, être falsifiable et vérifiable. C’est-à-dire qu’elle doit permettre de faire des prévisions qui, soit permettent de vérifier l’hypothèse, soit permettent de la réfuter. Or la théorie du multivers ne permet ni l’un ni l’autre. Il existe une autre voie, celle qu’empruntent les créationnistes, intégristes chrétiens, qui prennent au pied de la lettre les textes bibliques et évangéliques en rejetant violemment la théorie de l’évolution : le monde est comme il est car c’et ainsi que Dieu l’a voulu. Cette posture a un avantage, celle de permettre de croire dans la résurrection sans tomber dans l’impasse où se trouvent les chrétiens traditionnels. En effet, pour tout chrétien non créationniste, qui accepte la théorie de l’évolution, la croyance dans la résurrection des corps devrait le plonger dans un abîme de perplexité : les hommes de Neandertal, qui sont apparemment bien plus que de simples cousins, vont-ils bénéficier de cette résurrection ? Nous avons, en effet, un ancêtre commun, « l’homo heidelbergensis ». Imaginez la stupéfaction de nos contemporains lorsqu’ils se réveilleront en compagnie de tous leurs ancêtres et cousins préhistoriques ! L’Australopithèque sera-t-il de la fête ? Si oui, pourquoi les grands singes ne seraient-ils pas, eux aussi, ressuscités ? Jusqu’où faut-il remonter ? Jusqu’à LUCA (Last Ultimate Common Ancestor) ? Pourquoi existerait-il une discrimination faisant frontière dans l’arbre continu de l’évolution des espèces ? Vous imaginez-vous serrer la main de votre cousin Toumaï ou rencontrer votre ancêtre Tirex au coin d’une rue du Paradis ? Devant cette absurdité, la raison s’impose : la résurrection des corps est une utopie. N’hésitez donc pas à vous faire incinérer, cela fera gagner de la place dans les cimetières !

20 mars 2010

Le monde de l’inutile

Plus que dans une société de consommation, nous vivons dans un monde de l’inutile. À vouloir forcer le citoyen à consommer, à vouloir susciter des besoins artificiels à tout prix, la société est parasitée par une invasion d’inutilités : associations inutiles, recherches inutiles, produits inutiles, compléments alimentaires parfaitement inutiles, livres inutiles, productions soi-disant artistiques inutiles, guerres inutiles, discours inutiles, grèves inutiles, lois inutiles, métiers inutiles, médicaments inutiles, etc …
Cette production effrénée de l’inutile crée un brouillard qui dissimule l’essentiel et détourne les esprits du fondamental. Cela conduit à privilégier la forme sur le fond, comme le démontrent les contestations de tous bords sur tous les sujets aussi futiles soient-ils, le discours électoral qui sombre dans les profondeurs de la médiocrité et de l’absence sidérale d’idées. Les revendications syndicales sont devenues purement catégorielles, sacrifiant toujours l’intérêt général à l’intérêt particulier et corporatiste, et se réduisant à la simplissime exigence de l’augmentation des moyens. Les soi-disant débats d’idées se réduisent à l’anecdotique, à la recherche de la petite phrase à la limite de l’injure, quand ils ne sombrent pas dans une confusion inaudible. Les réunions électorales sont le théâtre de discours qui n’ouvrent aucune réflexion, déroulant un florilège de mots creux que n’importe qui pourrait s’attribuer, se réduisant le plus souvent à la seule critique acerbe de l’adversaire. Là est la source de l’abstention qui ruine le fonctionnement démocratique. La télévision est inondée de séries qui se ressemblent toutes, d’émissions de soi-disant « télé-réalité » totalement artificielles et arrangées par avance, sans aucun intérêt autre que de flatter le peuple dans ce qu’il a de plus médiocre, de séries bâclées, décervelantes et jouées par des gens sans talent aucun. Les librairies sont envahies par d’innombrables ouvrages éphémères de non-écrivains, tout aussi éphémères, qui n’ont d’autres sujets qu’eux-mêmes et qui racontent leur vie dénuée de tout intérêt, mais qui leur permettent de distiller à longueur d’interviews le sacro-saint « Dans mon livre … ». La production musicale propose en permanence des « œuvres » d’une médiocrité confondante et prétentieuse et qui ne durent que le temps, pour la maison d’édition, de faire grossir quelque peu son chiffre d’affaires en jouant des effets de mode qu’elle crée elle-même. La parapharmacie met sur le marché une quantité considérable de crèmes soi-disant miracle et totalement inefficaces, mais profitant de la crédulité imbécile du chaland. Sur les rayons de supermarchés s’alignent des quantités de produits qui sont fondamentalement identiques, parfois en provenance du même producteur, et qui ne diffèrent que par leur présentation, leur prix et leur emplacement dans les rayons. Des salaires faramineux sont distribués aux footballeurs et aux traders, c’est-à-dire à des individus totalement inutiles, quand ils ne sont pas nuisibles, à la société. Nous sommes passés progressivement de la société d’abondance à la société de consommation puis à celle de l’inutile. Il est difficile de dire qu’il s’agit là d’une évolution positive. Dans le même temps, 4 milliards d’êtres humains vivent avec moins de 2$ par jour. Pour ceux-là, même ce qui est indispensable vient à manquer.
Critiquer la société de l’inutile, apanage des pays développés, ne justifie pas pour autant une politique de la décroissance. Comment peut-on souhaiter la décroissance alors que l’humanité comptera bientôt 3 milliards d’êtres humains supplémentaires ? Ceux qui prônent la décroissance font preuve d’un égoïsme démesuré en acceptant que les plus pauvres et les hommes à venir n’aient rien à eux. Pour pouvoir partager, quelle que soit la forme économique que peut prendre ce partage, il faut nécessairement avoir quelque chose à offrir. Les tenants de la décroissance oublient que tout système, social et économique, n’est pas isolé du reste du monde et que ce qui se passe chez nous a obligatoirement des conséquences ailleurs. Vivre dans l’inutile et l’égoïsme serait-il le propre de l’homo-économicus développé ?

23 février 2010

Au nom du père et du fils

Le complexe d’Œdipe, vedette incontestable de la psychologie de la relation mère-fils, a son complément moins célèbre dans la relation père-fils. Celle-ci participe à la complexité générale de la relation parent-enfant. Cette complexité ne s’atténue aucunement avec le temps et perdure tout au long de la vie (de l’un et de l’autre). En ramenant l’analyse à l’essentiel, on peut dire que le type de relation entre un fils et son père est fondamentalement binaire. Elle relève soit de l’admiration soit de la déception, ce qui n’exclue nullement l’affection. L’admiration du fils pour le père peut s’accompagner chez l’enfant d’un sentiment d’infériorité, qui naît de la crainte d’être incapable de pouvoir égaler l’adulte, l’enfermant dans une impression d’échec permanent pouvant aller jusqu’à des tentations suicidaires. La déception, quant à elle, se traduit généralement par une opposition plus ou moins violente pouvant conduire au rejet de l’autorité. Œdipe n’a pas seulement épousé sa mère, il a aussi tué son père. Cette période d’opposition est répandue et bien connue des parents. Son aspect positif est qu’elle pousse l’enfant à trouver une voie personnelle qui peut être le ferment d’un esprit d’initiative bénéfique atténuant, avec le temps mais sans la supprimer totalement, cette attitude antagoniste. Ainsi, le triste destin du père est d’accepter d’être un objet de déception pour son fils s’il ne veut pas prendre le risque qu’un sentiment d’admiration ne conduise ce dernier à une frustration destructrice. Décevoir, c’est finalement donner à son enfant une chance supplémentaire de s’affirmer et de réussir. Ce qui n’enlève rien aux sentiments d’un père pour son fils ou d’un grand-père pour son petit-fils.

27 janvier 2010

Contradiction

L’Église chrétienne se prépare à accorder la sanctification à Jean-Paul II. La récente révélation de la pratique de la mortification de l’ancien pape est devenu un argument supplémentaire pour lui accorder cette distinction. La mortification est ainsi élevée au rang de justification de la sanctification à venir. S’infliger des souffrances physiques serait le signe indéniable d’un comportement chrétien exemplaire. Sans être adhérent au dogme de l’Église catholique, on ne peut, cependant, qu’être surpris par cette argumentation. Pour tout humaniste, la souffrance physique infligée à quiconque se dénomme torture, quel que soit celui qui l’inflige. De même que la suppression de l’être physique, qu’il s’agisse de meurtre ou de suicide, est formellement condamnée par cette Église, il devrait en être de même pour la torture. Blesser physiquement le corps est injurier ce qui est regardé par l’Église comme l’œuvre de Dieu. L’homme n’a-t-il pas été créé à son image ? La mortification physique n’est-elle donc pas une profanation ? N’est-ce pas identique à la détérioration volontaire de tout objet sacré ? L’auto-flagellation n’est pas une pratique thaumaturge, elle est une déviation psychologique pour tout homme normal. Elle ne pourrait se justifier que pour un marcionite pour qui le monde et l’homme sont l’œuvre d’un démon. Les chrétiens devraient s’interroger sur cette contradiction. Mais il faut bien avouer que ce problème reste dérisoire devant les souffrances infligées par l’homme lui-même à ses semblables à travers le monde entier. L’espèce humaine s’auto-flagelle depuis des siècles et on ne peut pas dire que le monde soit peuplé de saints !

12 janvier 2010

Le principe de précaution

L’épisode de la vaccination contre la grippe A-H1N1 met, une fois de plus, en lumière l’aspect pervers du principe de précaution. La nocivité de ce principe ne tient pas tellement au fait que les anticipations gouvernementales paraissent aujourd’hui excessives, mais bien dans le fait que, si celles-ci n’avaient pas eu lieu et que la pandémie eût été importante, la collectivité aurait violemment réagi en critiquant le gouvernement, voire en engageant des poursuites judiciaires. Ce principe est une invention allemande de la fin des années 60 et incorporé dans la Constitution Française en 2005. Traumatisé par l’affaire du sang contaminé, par l’épisode du prion de la vache folle, par la propagation du SRAS, par la canicule de 2003, le gouvernement (et la collectivité) interprète ce principe comme un principe de responsabilité de l’État Français et celui-ci se transforme alors en principe de couverture (de responsabilité) qui incite les politiques à suspendre l’action. De plus, ce principe consiste à donner le plus grand poids possible au plus petit risque supposé, donc à exagérer la menace et devient ainsi un risque subjectif de la collectivité, y compris des responsables politiques, que les médias se plaisent à exacerber. Il supprime la légitimité décisionnelle des responsables politiques, soumis de force à l’injonction de précautions maximales. Les domaines où ce principe risque d’avoir de dramatiques conséquences sont déjà nombreux : environnement, recherche (recherche génétique, nanotechnologies), applications industrielles (portables, EPR), santé. Les effets les plus dramatiques du principe de précaution se font ressentir dans le domaine de la recherche. La recherche française ne se porte pas bien depuis un certain temps déjà. On constate une diminution de la part des brevets français déposés en Europe, une désaffection des jeunes pour les filières scientifiques universitaires, la faiblesse du financement de la recherche par les entreprises. Partant de l’insuffisance avérée de l’innovation en France, un rapport confidentiel de l’Inspection des Finances en 2007 dénonce l’organisation et "l’inefficacité économique de la recherche publique". Le retard de l’innovation et de la recherche industrielle en France (et en Europe) est indiscutable. Ainsi le chiffre d’affaires des biotechnologies est de 53 milliards de dollars aux États-Unis et de 2,5 milliards de dollars pour l’ensemble de l’Europe, au sein de laquelle la France occupe une place moyenne, avec une nette tendance au recul. Le principe de précaution ne peut qu’aggraver cette situation en freinant les recherches sur la génétique (OGM, cellules souches, ADN, …), en limitant drastiquement les applications des nanotechnologies, en soulevant de multiples obstacles aux techniques utilisant des ondes porteuses, etc … Le principe de précaution cherche à supprimer le risque. Mais le risque zéro est une utopie. De plus, sans risque, il n’y a pas de vie.
Donc, si l’on veut vivre, il faut enlever au dangereux principe de précaution son caractère constitutionnel et législatif qui le rend contraignant et laisser l’appréciation du risque à l’intelligence humaine. À nous de confier la décision à des hommes capables de la prendre. C’est cela le devoir de la démocratie.

06 janvier 2010

Ces politiques qui se racontent

Il n’est pas un homme politique, en exercice ou retiré, qui ne suppose indispensable de livrer au monde son histoire personnelle, persuadé qu’il répond à un devoir de mémoire collective (Chirac, Strauss-Kahn, Jospin, de Villepin, Juppé, Bayrou, etc…). Au nom de quoi ? N’y a-t-il pas une vanité démesurée à croire que le « peuple » attend, comme une révélation, le récit de leur vie, de leurs actions, de leurs erreurs (pour les plus sincères) ? Il semble que ces hommes politiques cherchent à mettre leurs pas dans ceux des grands hommes de la IVème République ou de Charles De Gaulle et de Winston Churchill qui, à leur époque, ont publié, avec beaucoup de talent, leurs mémoires. La grande différence tient dans le fait que De Gaulle et Churchill ont créé une œuvre historique. Leurs écrits sont, en effet, davantage un récit historique que des mémoires. Et, il faut bien l’avouer, le récit qu’ils nous ont fait de leur vie est d’une importance capitale pour la compréhension d’une époque exceptionnelle. Rien à voir avec ce que peuvent nous raconter les politiques d’aujourd’hui qui ne laisseront aucune trace dans l’Histoire. « Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France ». Ainsi commencent les mémoires de guerre de Charles De Gaulle. Les hommes politiques actuels n’ont qu’une idée certaine de leur ambition personnelle. Contrairement à la doxa, cette dérive condamnable du monde politique vers le monde « people », qui inonde l’édition d’ouvrages sans aucun intérêt et fabriqués industriellement, n’est pas une preuve de modernité mais le signe d’une perte de la conscience profonde du service à la Nation. Servir son pays par implication politique devrait être un sacerdoce, c’est-à-dire un engagement désintéressé au service de ses concitoyens, bien éloigné de toute recherche frénétique de notoriété et d’accès au pouvoir. Mais notre époque a les hommes politiques qu’elle mérite. À moins que la médiocrité des temps présents ne soit la conséquence de celle des politiques qui nous gouvernent.

08 décembre 2009

Parallaxe

Un consensus ou une majorité d’idée ne fait pas nécessairement une vérité. La vie politique nous le démontre à longueur de temps. Il en est de même dans tous les champs de la pensée, y compris la pensée scientifique. Il est arrivé de nombreuses fois que la grande majorité des scientifiques refusent d’accepter une théorie nouvelle jusqu’à ce que l’évidence s’impose, ce qui peut prendre plusieurs siècles. Ainsi, Démocrite, philosophe de la Grèce Antique, propose l’hypothèse atomiste qui restera controversée jusqu’à la fin du XIX siècle. Lorsque Copernic propose l’héliocentrisme en 1512, ses idées seront rejetées jusqu’à la fin du XVII siècle par l’ensemble de la communauté scientifique et, naturellement, religieuse celle-ci étant toujours en retard d’un train sur l’évolution de la pensée. Alfred Wegener a proposé au début du XX siècle la théorie de la dérive des continents qui fut tout d’abord tournée en ridicule par la communauté scientifique jusque dans les années 1950. Au cours des années 1890, un chercheur américain fit l'autopsie d'une feuille d'épinard, mais sa secrétaire fit une erreur de frappe et l'épinard fut crédité d'une dose irréaliste de fer . Des scientifiques allemands ont tenté de rétablir la vérité en 1930, mais se fut en vain. En 1933, les dessinateurs Dave et Max Fleischer ont transformé l'épinard en potion magique pour Popeye et toutes les mères de famille croient encore aujourd’hui aux effets bénéfiques des épinards grâce à un apport en fer illusoire.
La climatologie est une science neuve qui utilise essentiellement des outils de modélisation car elle utilise des périodes de temps qui dépassent très largement de temps humain et se rapprochent des temps géologiques. Trente ans lui sont nécessaires pour un équivalent d’une minute de vie humaine. Elle construit donc des modèles dont la validité ne peut être totalement certaine car ces modèles ne font que traduire, sous une forme différente, les hypothèses sur lesquelles ils sont construits. L’unanimité quasi totale actuelle des scientifiques sur les causes du réchauffement climatique est peut-être une erreur comme le fut l’unanimité sur le géocentrisme, sur la continuité de la matière, sur la non-mobilité des continents. Pratiquement tous les phénomènes physiques sont complexes et les causes de leurs processus sont multiples. Il en est de même pour le climat (gaz à effets de serre tels le gaz carbonique, le méthane, la vapeur d’eau, etc…, couverture nuageuse, albédo, rythmes solaires, éruptions volcaniques, variations du champ magnétique, interactions avec l’océan, circulation circum-terrestre des courants océaniques, etc…). Un peu de recul serait nécessaire pour éviter qu’un aveuglement détourne l’attention sur d’autres priorités comme celle de l’eau, de la faim dans le monde, de la bio-diversité dégradée, de la pollution grandissante, de la diminution des ressources fossiles. Copenhague est sûrement nécessaire, mais n’est certes pas suffisant car le diagnostique n’est pas certain.

01 décembre 2009

Le discours politique

On ne peut qu’être frappé par la simplification, voire le simplisme, et par la répétitivité du discours politique, construit à partir de formules usées jusqu’à la corde à force d’être répétées (la logique comptable, la politique du chiffre, changer le projet de société, dans ce pays, il faut être en capacité, ce que veulent – ou ne veulent plus – les Français, il faut faire bouger les lignes, etc …). Dès qu’un homme politique, quelle que soit son appartenance, prend la parole, nous connaissons d’avance les grandes lignes et le ton général de son discours, les formules qu’il va utiliser. Pourquoi ce schématisme réducteur, quelles en sont les raisons ? Il existe une petite quinzaine de partis politiques (depuis le NPA d’extrême gauche jusqu’au FN d’extrême droite) mais on identifie facilement trois types de discours politiques seulement : le discours sectaire des extrêmes fait essentiellement d’anathèmes et de provocations, le discours de l’opposition construit sur la seule contestation systématique du pouvoir, le discours de la majorité réduit à l’apologie chattemite, voire la justification sommaire, des actions gouvernementales et présidentielles. Chaque type de discours est construit à partir d’idées figées une fois pour toutes, agrémentées d’expressions préfabriquées. Quinze partis et trois types de discours donnent la preuve de cette simplification du propos politique. Il n’y a pratiquement aucune différence entre les discours d’un député vert et d’un socialiste, entre ceux d’un député UMP et du Nouveau Centre. La polémique remplace le débat d’idées. Il est légitime de se poser la question de savoir quelle est la cause de cet appauvrissement du discours. L’homme politique a en charge la vie de la cité et de ses processus de régulation. Or les problèmes de la cité sont d’une technicité et d’une complexité croissantes qui sont la cause d’une difficulté d’appréhension dans un cadre qui s’élargit et se mondialise, où la multiplicité des groupes est elle-même croissante (partis politiques, associations, clubs de réflexion et « think tanks », …). De plus, l’information immédiate et mondialisée, la pression permanente des médias, imposent à l’homme politique une réaction immédiate sans avoir le temps d’une analyse sérieuse. Il devient de plus en plus difficile pour cet homme politique de maîtriser tous les aspects de la vie économique et sociale du pays. Faute de cette maîtrise, ce dernier a de plus en plus de mal à formuler des idées qui, non seulement, abordent l’ensemble des problèmes dans toute leur complexité, mais qui puissent être exposées clairement au citoyen dont la démocratie impose l’intervention. Le citoyen n’a, quant à lui, ni le temps ni la capacité intellectuelle de comprendre et d’assimiler la complexité du monde. Faute de développer des idées et devant la difficulté d’expliquer et de se faire comprendre, l’homme politique aligne ainsi les anecdotes dans un exercice de « storytelling » et se limite aux critiques simplistes. Il est plus simple et plus facile, plutôt que de présenter une analyse débouchant sur une idée originale, de se contenter de qualifier une initiative d’opportuniste à cause de la proximité d’une élection, argument facile car, compte tenu des nombreuses élections, européennes, régionales, cantonales, législatives, présidentielles, on est toujours proche d’une élection. Il est plus aisé de se cantonner à des critiques sur la personne plutôt que de participer à un véritable débat d’idées. Ainsi, l’homme politique a tendance à tenir un discours à la fois catégoriel pour obtenir plus facilement l’adhésion de son auditoire, et en même temps très général et se réduisant à des critiques doctrinaires pour éviter de s’aliéner d’éventuels soutiens. Nous sommes dans l’ère du superficiel et de l’immédiat et un monde qui ne réfléchit plus est un mode sans âme.

21 octobre 2009

Il n’y a pas de dessein intelligent

Pendant près de 1800 ans, la pensée Aristotélicienne (384-322 Av.JC) s’est imposée au monde, malgré quelques intuitions fulgurantes mais vite oubliées comme celle d’Anaximandre (VIe Av.JC) et de l’infinitude de l’Univers ou d’Aristarque (310-230 Av.JC) et de l’héliocentrisme. Cette description d’un monde centré sur la Terre, c’est-à-dire sur l’Homme, s’est perpétuée jusqu’à Ptolémée (127-151) qui l’a doté du mécanisme sophistiqué des épicycles, lui donnant ainsi des lois qui faisaient de l’Homme le centre de l’Univers, autour duquel tout s’organise. Puis vint Copernic (1473-1543) qui, construisant une vision héliocentrique, repoussait l’homme à la périphérie d’un monde fini ayant le Soleil pour centre et principe organisateur. Puis le perfectionnement des outils d’observation permit à Galilée de comprendre que nous faisions partie d’un vaste ensemble appelé la Voie Lactée, repoussant ainsi le Soleil et son cortège de planètes, dont la Terre et l’Homme, dans la grande banlieue du monde. C’était porter injure à la création divine dont le grand dessein s’incarne dans l’Homme, centre et maître de l’Univers. L’Église ne pouvait que s’insurger contre une telle construction et força Galilée à se renier. Kepler (1571-1630) et Newton (1642-1727) donnent alors au monde ses lois qui envoient dans l’oubli les épicycles de Ptolémée. Puis, l’observation minutieuse du ciel, s’appuyant sur celles de Tycho Brahé (1546-1601), dévoile l’impensable : la plupart des étoiles n’en sont pas, mais sont, en fait, des organisations galactiques analogues à la Voie Lactée. Giordano Bruno en déduit un Univers infini qui renvoie définitivement aux oubliettes de l’histoire le modèle d’Aristote. L’homme se voit alors relégué à la périphérie d’une galaxie, près d’une étoile secondaire parmi des milliards d’étoiles, elle-même perdue au milieu d’une centaine de milliards d’autres galaxies. L’Univers est non seulement infini, mais il n’a pas de centre. Bien entendu, Giordano Bruno sera brûlé vif sur ordre d’une Église qui ne supporte pas que l’Homme soit devenu un « accident » perdu dans une immensité qui vit la loi des grands nombres et qui laisse penser que la vie n’est pas l’apanage de la seule Terre. Le cosmos est traversé, en permanence, de corps voyageurs dont certains, en grand nombre, ont bombardé la Terre, apportant avec eux les semences de la vie (la panspermie). Comment peut-on croire un seul instant que, seule, la Terre ait eu le privilège de cet ensemencement ? Il y a plus d’une centaine de milliards de galaxies, chacune contenant une centaine de milliards d’étoiles. De tels nombres donnent le vertige. La vie ne peut être qu’un phénomène banal du cosmos. Rien, plus rien, ne distingue la Terre des autres corps de l’Univers et, même si l’apparition de la vie est une suite invraisemblable d’évènements improbables, tout laisse à penser que d’autres planètes vivent, ou ont vécu, une histoire analogue. La Terre, et l’homme sur la Terre, n’ont rien d’exceptionnel et ne peuvent relever ni d’un destin choisi ni d’un « dessein intelligent ». L’Homme a émergé par hasard dans l’immensité indifférente de l’Univers.

17 octobre 2009

La première fois

Le temps est assassin,
Il emporte avec lui
Le rire des enfants
Et les Mistral gagnants
(Renaud)

C’est tout d’abord la première enfance, l’âge du premier cri, de la première dent, de la première bougie, du premier pas.
Puis vient l’enfance, l’âge de la première école, de la première fois qu’on quitte sa maman, de la première fois qu’on voit la mer.
Ensuite la prime adolescence est le temps des premiers émois amoureux, du premier vélo, des premiers devoirs à la maison.
Le temps difficile de l’adolescence est l’époque du premier baiser, du premier rapport amoureux, de la première « boum », du premier alcool, du premier chagrin d’amour.
L’âge adulte est celui du premier travail, du premier bulletin de salaire, de son premier logement, du premier engagement, du premier enfant.
L’âge mûr est celui du premier renoncement, du premier licenciement, de la première séparation.
Enfin, la vieillesse est l’âge où il n’y a plus de premier, c’est celui du dernier soupir.

21 août 2009

Il est temps

Je reviens sur les réflexions sur le temps que j’ai développées le 21 Octobre 2008. Nous vivons apparemment au sein d’un monde à quatre dimensions (merci Mr. Einstein !) qu’on appelle l’espace-temps. Ce concept décrit le monde comme un espace construit à partir de trois coordonnées d’espace et d’une coordonnée particulière que l’on appelle le temps. Nous percevons parfaitement (et nous comprenons) l’existence des coordonnées d’espace à travers nos mouvements et déplacements. Nous disposons librement de ces trois dimensions ; elles nous appartiennent en quelque sorte. Que se passerait-il si une de ces trois coordonnées venait à disparaître ? Notre monde à trois dimensions (dont nous-même) deviendrait un monde plat sur lequel nous serions condamnés à ramper, comme une bactérie sur un « plan » de table. Supprimons encore une dimension. Le monde se réduit alors à un « fil » sur lequel nous ne sommes tristement plus capables que de faire des allers et retours monotones. Ces situations sont absurdes, mais nous parvenons facilement à les conceptualiser et à les imaginer. Mais qu’en est-il du temps ? Tout d’abord, le temps ne nous appartient pas. Nous ne pouvons pas user librement de cette coordonnée, contrairement aux coordonnées spatiales. Ensuite, que se passerait-t-il si le temps venait à disparaître ? Nous irions alors vers l’Apocalypse ! En effet, tout mouvement n’existe que si le temps existe. C’est ce que nous démontrent les lois de la Nature et de la Relativité Générale (encore merci Albert !). Donc, si le temps venait à disparaître, le monde s’immobiliserait à tout jamais. Plus encore, tout processus, quel qu’il soit, ne se déroule que dans le temps puisqu’il n’est qu’une succession d’évènements. Donc, non seulement tout s’immobilise, mais tout processus s’arrête. Or, la conscience ne vient à l’homme que grâce aux processus physico-chimiques existant dans notre cerveau. Ainsi la disparition du temps entraîne celle de la conscience. Nous n’aurions aucune conscience de l’Apocalypse. La vie n’existerait tout simplement plus puisque tout processus vital s’arrêterait. Cela veut-il dire que le monde disparaîtrait ? Un monde sans vie ni conscience peut-il exister ? Un monde de matière figée ? Il est très difficile de conceptualiser ce monde, tellement le temps imprègne notre vie. Ce monde à quatre dimensions est né au cours d’un phénomène singulier que l’on appelle, à tort, le big-bang. A tort, car il n’y a jamais eu de « bang ». A tort également, car l’Univers est né avant le big-bang. Quelques milliardièmes de milliardièmes de milliardièmes de seconde auparavant (10-35 seconde) certes, mais avant quand même. Au point « zéro », rien n’existait. Ni l’espace ni le temps. Or, il a bien fallu qu’un processus, qui nous échappe, se déroule depuis ce point « zéro » jusqu’au moment du big-bang, c’est-à-dire débute, alors que le temps n’existait pas. Il est donc nécessaire que le temps ait été « créé » à ce moment initial fondamental ou qu’une physique inconnue y déroule ses lois. Il y a là un premier mystère d’une insondable profondeur. En même temps que le temps (!), a été créée une « bulle » d’espace en expansion inflationnaire. Si nous arrivons à conceptualiser cette bulle, il est beaucoup plus difficile de répondre à la question : dans quoi cette bulle était-elle en expansion ? La réponse est : dans rien ! C’est un second mystère tout aussi insondable que celui ci-dessus. Enfin (last but not the least !), pourquoi ce point zéro ? Pourquoi quelque chose plutôt que rien (Leibniz) ? C’est une question à jamais sans réponse car les lois de la Nature n’ont plus lieu dans les conditions physiques de ce point zéro et sont donc incapables d’apporter la moindre explication. Nous ne saurons jamais pourquoi nous sommes là.

18 juillet 2009

Le Bien et le Mal

Partons d’une interrogation : Les nombreuses catastrophes qui inondent ce monde sont, à n’en pas douter, l’œuvre de la bêtise des hommes. Pourquoi Dieu, s’il existe, fait-il supporter aux hommes – qu’il est soi-disant venu libérer du mal – autant de maux et de souffrances ? En d’autres termes, Dieu est-il étranger et indifférent à ces souffrances ou en est-il la source ? Deux réponses à cette question :1 - L’Apocalypse (les hommes sont la cause des maux qui les accablent)

C’est un texte de Jean l’Evangéliste de Patmos, disciple de Jean l’Ancien ou le Précurseur ou le Baptiste, dernier livre du Nouveau Testament. Apocalypse (Apo = loin et Calypso = le voile) signifie le voile qui cache l’avenir, les choses cachées, le futur avènement de Dieu qui revient parmi les hommes pour chasser définitivement les forces du mal. Dieu a créé un monde que les hommes ont perverti. Le mal du monde des hommes est leur œuvre, Dieu n’y est pour rien. Dans l’avenir (proche), Dieu reviendra pour chasser définitivement le mal.
L’Apocalypse est l’annonce de la fin imminente des temps. C’est le récit du retour prochain de Dieu qui vient combattre et abattre les symboles du mal en déclanchant des fléaux puis en vainquant « la Bête de l’abîme, la Bête de la Terre et le Dragon ». A l’issue du combat, descendra sur terre la « nouvelle Jérusalem » et Dieu habitera désormais parmi les hommes.
L’Apocalypse est ainsi une vision temporelle de l’avenir de l’homme. C’est une vision « horizontale » qui « regarde » au-devant, vers le futur.

2 - La Gnose (Le Dieu de l’Ancien Testament est la source des maux)

La Gnose désigne une « connaissance » salvatrice destinée aux initiés leur donnant la certitude du salut. C’est la connaissance des mystères du monde divin et de l’âme révélant aux initiés privilégiés les secrets de leur origine et les moyens de la retrouver. Elle explique les raisons de la présence de l’homme sur Terre (la génération) alors qu’il est d’un monde transcendant où il doit retourner (la régénération). Comme le croient les adeptes du marcionisme, cette connaissance précise que le monde est mauvais parce qu’il est une création démoniaque du Dieu de l’Ancien Testament. Le Dieu transcendant et bon, le Dieu Suprême, n’a rien à voir avec ce monde et est la source du monde spirituel (idée reprise par certaines tendances du catharisme). C’est la collaboration entre la grâce divine et l’esprit humain qui permet la création de l’âme et permet d’avoir la certitude du salut. Dieu est au-dessus de l’âme humaine qui cherche à l’atteindre. Jésus-Christ a été envoyé par Dieu pour délivrer les âmes des élus, c’est-à-dire de ceux qui « savent ». Cette connaissance assure le salut. La Gnose est une vision dans l’espace, en ce sens qu’elle regarde vers Dieu, c’est-à-dire vers « le haut ». Les âmes des hommes possédant « la connaissance » sont d’essence spirituelle et émanent du Dieu Suprême qui envoie le Christ pour délivrer ces âmes en leur donnant la connaissance de la géographie céleste et des mots de passe indispensables au franchissement des frontières entre le monde sensible et celui du Dieu Suprême. Dans ce voyage, l’âme remonte vers l’origine en s’échappant du monde d’ici-bas où elle est tombée. C’est une vision verticale. Elle ressemble à la doctrine du manichéisme (Mani – 14/4/216) qui développe une gnose élargie et grandiose, fondée sur le Bien et le Mal.
Les gnostiques puisent cette connaissance dans les traditions confiées en secret par le Christ aux Apôtres (Jean et Jacques – Le Livre secret de Jean), c’est-à-dire « ce qui est, ce qui était, ce qui sera », qui les transmirent d’initiés en initiés jusqu’aux gnostiques d’aujourd’hui.

10 juillet 2009

Peut-on justifier la prescription ?

Depuis plus de 4000 ans, l’homme s’est efforcé de remplacer la vengeance par la justice. Le code d’Ur-Nammu date de 2100 ans avant JC. La nécessité de la vengeance est un sentiment tapi au plus profond du cerveau reptilien de l’homme, là où se situent les centres de décisions de fabrications hormonales, qui relève ainsi du réflexe. Et parce que le réflexe peut conduire à des actes disproportionnés avec ceux qui l’ont provoqué, il est devenu nécessaire de codifier la vengeance. Cette codification s’appelle la Justice. Longtemps arbitraire et relevant du pouvoir d’un seul homme, que ce soit l’Empereur de Rome ou le Roi de France, la Justice d’aujourd’hui nous vient du 1er Empire. Napoléon 1er est à l’origine d’importantes et nombreuses créations institutionnelles. Il a, en effet, créé les organismes nécessaires au fonctionnement d’un État centralisé : préfectures, municipalités, Conseil d’État, corps législatif et Sénat, tribunaux hiérarchisés… ainsi que l’ensemble des textes fondamentaux permettant leur fonctionnement, en particulier le Code Civil et le Code Pénal. Aujourd’hui, le Garde des Sceaux est un ministre du gouvernement qui veille au bon fonctionnement et à la gestion des tribunaux. Il propose les réformes de la Justice pour l’adapter aux évolutions de la société, mais n’intervient pas dans les décisions de justice. Bien que sophistiquée, la Justice reste une légalisation de la vengeance. Cependant, quand un certain temps s’est écoulé depuis la condamnation sans que le ministère public ait pu faire exécuter la peine, une dispense définitive de la subir se produit en faveur du condamné. Les arguments ayant conduit à cette disposition sont essentiellement les suivants :
1° Lorsqu’un certain temps s’est écoulé depuis la condamnation, sans le que le ministère public ait fait exécuter la peine, le souvenir de l’infraction s’est éteint. L’opinion publique ne réclame plus satisfaction.
2° Une sanction trop éloignée de la faute serait peu conforme aux exigences de la justice. Le condamné, pour se soustraire au châtiment, a dû mener une vie cachée faite de privations et d’angoisses, qui constitue, par elle-même, une expiation. Lui infliger, plus tard, une peine serait équivalent à l’application d’une double peine.
3° La société encourage la bonne conduite du condamné en lui offrant la perspective de l’impunité si, pendant un temps suffisamment long, il s’abstient d’attirer l’attention publique sur sa personne, ce qui inclue évidemment la non-récidive.
Ces arguments restent bien fragiles et sont difficilement admis par les victimes. Le premier point est manifestement faux en ce qui concerne la victime qui demande réparation. L’expérience montre que le deuxième point est souvent faux. Les criminels nazis ont mené des vies faciles, parfois luxueuses, en Amérique du Sud. Quant au troisième point, il est parfaitement spécieux. Encore une fois, les criminels nazis sont restés cachés et silencieux dans les pays qui les ont acceptés. Certes, les crimes contre l’humanité ne bénéficient pas de la prescription, mais ce qui s’est produit pour ces criminels peut se produire (et se produit) pour des criminels plus ordinaires. La mère ou le père dont l’enfant a disparu parce qu’assassiné ou enlevé, ne fait pas de différence entre le criminel responsable de cette disparition et un coupable de crime contre l’humanité. C’est pourquoi la prescription d’une peine est toujours ressentie comme une injustice, comme une vengeance inassouvie. La durée de la prescription est de 20 ans en matière criminelle. À l’occasion de dramatiques accidents, les psychologues font toujours référence à la nécessité pour les victimes de « faire leur deuil », c’est-à-dire d’accepter finalement la disparition d’un être cher. En conséquence, il est certain que l’exécution de la condamnation par le criminel est un élément essentiel de cette acceptation. Ainsi, lorsqu’au bout de 20 ans d’attente dans la souffrance, la prescription plonge la victime dans la déréliction en la privant de cette acceptation, c’est-à-dire de la recouvrance d’une certaine paix intérieure, elle est nécessairement ressentie comme une monstrueuse injustice et les arguments justificatifs évoqués ci-dessus paraissent dérisoires, voire attentatoires à la morale tant il est difficile de renoncer à une vengeance légitime.