28 juin 2008

Ça m’énerve !!

• Les camionneurs sèment la pagaille sur les routes au prétexte qu’ils exigent que le contribuable paie leur carburant. Car il ne peut pas en être autrement, les gouvernements européens n’ayant aucun moyen de faire baisser le prix du baril de pétrole. Le paradoxe énervant de cette situation est que le contribuable est appelé à payer pour faire vivre un moyen de transport qu’il juge, par ailleurs, polluant et dangereux. Qui peut nier que les autoroutes sont congestionnées par les poids lourds ? Qui n’a entendu, aux nouvelles matinales, les nombreux embouteillages causés par les accidents où un poids lourd est impliqué ?
• Les employés portuaires sont en grève pour protester contre le projet gouvernemental de donner au secteur privé la responsabilité de certaines activités de façon que les opérateurs maritimes n’aient plus à subir les disfonctionnements dus aux responsabilités partagées entre le public et le privé, ce qui multiplie les interlocuteurs, provoquant l’éclatement des responsabilités et, donc, les difficultés. Les ports français régressent régulièrement par rapport aux autres ports européens et mondiaux. Le Havre, premier port français, tient la quarante-septième place mondiale. Le choix de la CGT est de préférer se battre pour préserver le statut de fonctionnaire plutôt que pour sauver les emplois. Quoi de plus énervant ?
• Des évènements graves ont eu lieu à Vitry-le-François à la suite d’une altercation entre jeunes ayant provoqué la mort de l’un d’entre eux. Il devient maintenant une habitude d’enflammer un quartier lorsqu’une mort accidentelle ou non d’un adolescent se produit, quelles que soient les circonstances. La mort devient un simple prétexte pour déchaîner la violence gratuite. Un certain nombre de bandes de voyous sont à l’affût de ce genre de prétexte pour détruire, brûler, saccager. Ce qui est énervant, c’est que ces bandes sont sûrement connues des services de police et qu’il est difficilement compréhensible qu’elles courent toujours.
• La modernisation du RER est à l’ordre du jour depuis quelques semaines. Le RER B n’échappe pas à cette nécessité. Un projet de modernisation a vu le jour, qui nécessite de faire emprunter au RER B les lignes de la SNCF. Ceci implique que les conducteurs du RER suivent une formation pour être en mesure de rouler sur le réseau RFF. Que croyez-vous qu’il se passe ? Les conducteurs du RER se sont mis en grève au prétexte que cette formation leur était imposée ! On croit rêver …
• L’Irlande a voté NON au projet d’organisation européenne. Il serait plus juste de dire qu’une minorité d’Irlandais a voté négativement, si l’on tient compte de la forte abstention. Le journal Libération a donné la parole à quelques Français qui se félicitent de ce résultat (ce qui a été apparemment refusé à ceux qui le déplorent). Que peut-on lire ? « Ceux qui déplorent que 3 millions d’Irlandais aient choisi pour 450 millions d’Européens préfèrent remettre leur sort entre les mains de seulement 15.000 parlementaires ». Cet argument fait table rase de la démocratie parlementaire, jetant par-dessus bord la représentativité des Parlements. Les 15.000 parlementaires parlent effectivement et légitimement au nom des 450 millions d’Européens. On lit également ceci : « Tous ceux qui ont voté NON pour raison de traité illisible ont eu raison ». A qui fera-t-on croire que ceux qui ont rejeté le traité se sont donné la peine de le lire ? Le commentaire le plus fréquent de ceux qui se réjouissent de la situation est de clamer qu’il faut respecter l’avis du peuple Irlandais. Cela voudrait-il dire que le peuple Irlandais est plus représentatif que les parlements des autres pays européens qui, quoi qu’on en dise, sont représentatifs de leur nation ? Faut-il croire que le NON est plus démocratique que le OUI ? Les mêmes qui se réjouissent aujourd’hui auraient-ils, avec la même force, proclamé la nécessité de respecter la volonté d’un peuple s’il s’en était trouvé un seul qui, consulté par référendum, eut approuvé le OUI ?
• Toute une bronca de parlementaires en mal de sujets d’intérêt, semble-t-il, se révolte contre la suppression du numéro du département sur les plaques d’immatriculation des voitures. Certes, le sujet est d’une importance capitale. Comment, en effet, occuper les enfants pendant les longues heures de voyage pour le camping des Flots Bleus s’il devient impossible de leur faire réviser leurs départements ? Comment accepter que l’on ne puisse plus, au vue d’un 75, s’écrier « parisien – tête de chien ! » ? Il est visible que nos parlementaires savent faire la différence entre un sujet de cette importance et un vote sur l ‘amendement de la constitution qui ne rassemble que quelques dizaines de députés sur les bancs de l’Assemblée. Ça ne vous énerve pas ?
• La France est éliminée du tournoi de football européen. Et, bien sûr, la faute en revient exclusivement à l’entraîneur qui n’a pas su inculquer à ses joueurs la volonté de gagner. Personne ne semble vouloir incriminer les joueurs eux-mêmes, qui sont pourtant les principaux intéressés. Pourquoi ne pas dire que, si nous avons perdu, c’est parce que les joueurs ont été mauvais ? Ce n’est pas l’entraîneur qui court sur le terrain et frappe (ou essaie de frapper) le ballon avec ses pieds. Ce sont bien les joueurs qui sont en charge de cette « responsabilité » écrasante ! Ne faut-il pas chercher la cause dans le fait que le monde du football est pourri par l’argent, alors que celui des supporters l’est par la violence et le racisme ? Qu’est-ce que ce sport où les protagonistes gagnent des sommes indécentes simplement pour courir sur un terrain ? Qu’est-ce que ce sport où les joueurs se vendent entre clubs, comme de la marchandise, à des prix qui n’ont plus aucune signification ? Comment ne pas comprendre qu’à regarder courir sur l’herbe des tas d’or, certains spectateurs en deviennent violents ? Ça m’énerve !

13 juin 2008

L’Irlande a dit non

L’Irlande a refusé le traité de Lisbonne. Le refus de 54% de 35% des 4 millions d’habitants, soit environ 800.000 irlandais, a détruit le projet de 400 millions d’Européens. S’il en fallait un signe, voilà bien la preuve que les règles de fonctionnement de l’Europe ne sont pas démocratiques, puisqu’une infime minorité impose sa volonté à une très grande majorité. Cela met également en lumière le fait que le référendum est un outil de consultation qui, deux fois sur trois, est un mauvais outil. Les réponses obtenues par ce type de consultation ne répondent que très rarement à la question posée. Dans le cas présent, un grand nombre de ceux qui ont voté négativement ont, en fait, émis un vote négatif à l’encontre de leur gouvernement, comme il est habituel dans ce genre de consultation. D’autres se sont focalisés sur des peurs d’un autre siècle, comme celle de se voir imposer la légalisation de l’avortement ou de perdre la neutralité de leur pays. Le citoyen n’est pas seulement inconséquent, il est également ingrat et oublieux. En effet, depuis son entrée dans l’Union Européenne en 1973 (elle était alors le pays le plus pauvre de l’Europe), l’Irlande est passée du 12ème au 3 ème rang européen pour le PIB par habitant, ceci grâce aux 60 milliards d’Euros que l’Europe lui a versés et à la mise en place d’un dumping fiscal et déloyal. Depuis que l’Irlande est membre de la communauté européenne, son taux de croissance a évolué entre 5 et 10% par an et son marché du travail a atteint le plein emploi. Décidément, la démocratie participative est dangereuse ! Oublier tout cela, financé par les efforts des autres contribuables européens, ne peut rester sans conséquence. Si l’Irlande refuse l’Europe, elle doit quitter l’Europe !

Le patriotisme économique

L’entrée de l'Etat dans le capital des chantiers de l’Atlantique, destinée à éviter autant que faire se peut une délocalisation, a fait naître beaucoup de commentaires. Parmi ceux-ci, les plus savoureux proviennent des experts économiques qui critiquent cette action au prétexte qu’elle risque d’empêcher le fonctionnement normal capitalistique. En effet, disent-ils, la gestion
« normale » d’une entreprise est de faire en sorte que le profit des actionnaires soit maximal ! La belle morale ! Elle pousserait tout citoyen à devenir marxiste ! Oublié le rôle social de l’entreprise, passé à la trappe le devoir citoyen, rejeté comme hérétique le partage de la valeur entre le capital et le travail, négligeable la lutte contre le chômage. La « corporate governance » ne se préoccupe que de l’actionnaire et doit donc tout faire pour obtenir un rendement de l’action à deux chiffres au détriment de l’investissement productif et du maintien de l’emploi. Donc, vive les licenciements boursiers et les délocalisations…
Heureusement que les entrepreneurs ne prennent pas ces soi-disant experts au sérieux !

Avenir et formation

La formation permanente coûte annuellement en France quelque vingt-six milliards d’Euros. Ce montant comprend les dépenses des entreprises et celles de l’État. Quatre-vingt-dix organismes collectent les cotisations des entreprises, soit 0,9% de leur chiffre d’affaires, qui génèrent des coûts de gestion très (trop) importants. On est donc en face d’un système coûteux et lourd, dont l’efficacité est douteuse et le fonctionnement entaché de soupçons. Une entreprise qui perd des parts de marché, dont le compte d’exploitation est déficitaire et dont l’endettement s’accroît est une entreprise condamnée à la faillite. Personne n’en doutera. La France est dans le même état. Elle perd régulièrement des parts de marché dans le monde du fait de l’apparition de nouveaux compétiteurs et du manque de compétitivité des entreprises françaises, essentiellement des PME. Sa balance commerciale est durablement déficitaire et son endettement a atteint des niveaux qui deviennent insupportables. Ces trois caractéristiques sont fortement liées : si l’offre des entreprises n’est pas assez attractive, le volume des exportations va croissant au détriment de la balance commerciale qui alimente la dette. Pour inverser la tendance actuelle, il faut absolument rendre les entreprises plus compétitives. Et cela passe nécessairement par l’enseignement et la formation qui ne sont manifestement pas assez efficaces car insuffisamment pris au sérieux. Les grandes entreprises du CAC 40 l’ont compris depuis plusieurs dizaines d’années et ont organisé la formation de leurs salariés en créant leurs propres « universités » et leur propre cursus de formation interne (accueil et intégration des nouveaux salariés, formation au management, formations métiers, langues, …). La gestion prévisionnelle des compétences est devenue une préoccupation qui se revendique parfois comme stratégique. Il n’en est pas de même pour les PME qui sont rebutées par le coût des formations proposées par de multiples organismes dit spécialisés, et dont le sérieux peut souvent être mis en doute, coûts aggravés par les dépenses de déplacement et de séjour. L’axe de la réflexion à mener est simple : en s’inspirant de Mahomet et de la Montagne, disons que s’il est trop coûteux pour les PME d’aller à la formation, faisons en sorte que la formation vienne à l’entreprise sans perdre le bénéfice de l’effet de volume. Il est, en effet, improbable qu’une PME puisse supporter seule le coût d’une formation spécifique. Pourtant, la solution existe. Elle passe par l’utilisation généralisée de la formation à distance (le e-learning). À une condition : que soit profondément repensée la place de la formation dans le temps de travail. Le e-learning bien conçu met à la disposition de l’apprenant des informations, méthodes et outils lui permettant d’accroître son efficacité en vérifiant continûment l’assimilation des connaissances. Mais il nécessite un changement d’état d’esprit tant chez l’apprenant que chez le manager. L’apprenant doit prendre conscience que l’outil de formation mis à sa disposition est destiné, non pas à lui permettre de « consommer » son droit à la formation en échappant pour un temps aux exigences de la production, mais à améliorer son employabilité et, donc, la sécurité de son emploi. Le manager, quant à lui, doit assimiler le fait que la formation n’est pas seulement une obligation légale mais une obligation et un investissement opérationnels et qu’il sera jugé sur l’efficacité de cet investissement. Il doit aussi comprendre que l’utilisation de cet outil donne à l’apprenant la liberté de combiner les temps de formation et les temps de production comme le souhaite celui-là, la contrepartie de cette liberté étant un suivi efficace de sa formation. Cela revient à accepter, pour le management, le remplacement de la gestion du temps de formation par la mise en place d’un tableau de bord mesurant les gains de productivité obtenus grâce au e-learning. L’alternance proposée à l’apprenant entre l’apprentissage et la mise en pratique presque immédiate accroît considérablement l’efficacité de la formation et, par conséquent, de l’investissement correspondant. Certes, la réalisation des modules de formation représente un coût initial qui peut être trop important pour une PME. Celles-ci peuvent alors se regrouper par secteurs industriels et/ou bassins d’emploi pour partager ces coûts. Les organismes chargés de collecter les cotisations des entreprises auraient alors la charge de favoriser et d’organiser ces regroupements, sous le contrôle des Conseils Régionaux. Les dépenses en formation à distance et sur mesure des PME devraient être considérées comme de l’investissement et bénéficier de dégrèvements fiscaux. On peut également envisager que les grandes entreprises participent à la mise en œuvre de cette formation chez leurs sous-traitants. Que l’imagination prenne le pouvoir ! Mettre la formation au cœur de la production est le secret d’une amélioration de la compétitivité des PME et le chemin vers une amélioration de celle de la France. La formation n’est pas un droit acquis mais un outil indispensable d’efficacité et d’évolutivité.
Les contradictions n’étant pas ce qui manque le plus dans le discours politique, on entend dire, pratiquement dans la même phrase, qu’il est impensable d’allonger la durée de la vie active et qu’il est insupportable d’avoir un nombre aussi faible de seniors au travail. Personne ne semble sensible à la contradiction de ces deux propositions. Les tenants de la réduction coûte que coûte (au sens propre !) du temps de travail sont encore animés du réflexe des époques industrielles où les conditions de travail étaient difficiles et avaient un impact négatif sur la durée de vie. Nous n’en sommes plus là ! L’augmentation considérable de l’espérance de vie rend évident le nécessaire partage du supplément de durée de vie entre travail et repos. Il faut savoir que si le taux d’emploi des seniors était en France au même niveau que la moyenne européenne, il n’y aurait plus de problème de financement des retraites. Avec un peu plus de sérieux, on peut affirmer qu’il est souvent dommageable, pour l’entreprise, de se séparer prématurément de l’expérience des seniors avant que celle-ci ne soit transmise aux salariés moins expérimentés. Il arrive aussi, il ne serait pas sérieux de le nier, que certains seniors ont besoin d’une mise à jour de leur savoir du fait de l’évolution rapide des techniques. Cela est particulièrement vrai dans le domaine de l’information, de la communication et de l’informatique. La formation à distance est alors un précieux outil susceptible d’être une réponse à ces deux situations. Pour les seniors en besoin de formation, cet outil leur permet un apprentissage à leur rythme, adapté à leur idiosyncrasie, ainsi qu’une application immédiate du savoir acquis. Ce mode particulier de formation qui peut, bien sûr, être proposé à tout salarié, demande une organisation spécifique, en particulier un tutorat chargé d’orienter et d’évaluer, tâches qui peuvent être confiées aux seniors expérimentés et émérites prolongeant ainsi la durée de leur vie active. On voit donc qu’il est possible de lever la contradiction soulignée ci-dessus à condition de considérer sérieusement la formation et d’en faire un véritable outil performant d’efficacité de l’entreprise.
Rien n’est plus motivant que d’apprendre.

12 juin 2008

La courbe de Phillips-2

J’ai déjà mentionné la Courbe de Phillips, outil des économistes. Sous ce vocable à l’apparence scientifique, se cache comme souvent une série d’évidences. Si le chômage diminue, la demande augmente, donc les prix augmentent et l’inflation également. Par contre, si le chômage augmente, la demande diminue et l’offre devient surabondante entraînant une pression à la baisse sur les prix. L’inflation diminue. La courbe de Phillips nous dit donc : chômage ou inflation, il faut choisir ! Mais cette « loi » ne fait pas la distinction entre deux types d’inflation très différents : l’inflation endogène et l’inflation exogène. L’inflation endogène est celle due à la pression à la hausse qu’induit une augmentation de la demande (logement). C’est celle prise en compte dans la courbe de Phillips. Par contre, l’inflation exogène est celle que subissent actuellement les pays consommateurs de matières premières (pétrole, produits agricoles). Lorsque les pays producteurs de pétrole, complices de la spéculation internationale, refusent d’adapter le niveau de production à la demande, les prix de l’énergie fossile s’envolent. Le même phénomène existe pour les matières premières agricoles. Cette hausse des prix se répercute sur le prix des produits fabriqués et importés en France, provoquant un record de hausse des prix. Cette hausse touche essentiellement l’alimentation, le transport, le chauffage. Elle entraîne donc une baisse généralisée de la demande qui, à terme, va nécessairement provoquer une adaptation de l’offre qui va également diminuer, entraînant une moindre offre d’emploi, donc une augmentation du chômage. C’est-à-dire une évolution inflation-chômage inverse de celle de la courbe de Phillips. Attendons-nous donc à voir le chômage repartir à la hausse. On sait que les économistes sont incapables de la moindre prévision. Ils pourraient faire cette dernière, tellement elle est évidente. Espérons qu’il y a, au gouvernement, quelques esprits simples capables de faire cette prévision et de préparer des mesures coorectives. Il ne faut pourtant pas réver.
Il existe une autre croyance qui fait le catéchisme de l'actuel directeur de la Banque Centrale Européenne : les taux d'intérêt élevés permettent d'éviter l'inflation. C'est pourquoi, depuis des mois, la BCE augmente ces taux contrairement à ce que fait la Banque Férérale Américaine. Le résultat est que le dollar baisse fortement par rapport à l'Euro, grâce aux spéculateurs financiers (!), et, donc, que le prix du pétrole (payé en dollars) augmente, les producteurs voulant à tout prix préserver leurs profits.Donc, taux d'intérêt élevés et inflation peuvent faire bon ménage si on se trompe dans l'analyse.Inflation en hausse, menace de reprise du chômage, taux d’intérêt élevés, voilà une constatation irréfragable qui doit plonger les économistes dans des affres hypnagogiques !

08 juin 2008

L’or noir et les entreprises

Le monde est livré à la frénésie de la spéculation, véritable cancer de l’économie libérale. Cette spéculation est responsable de la crise immobilière, de la crise financière, de la crise alimentaire, de la crise énergétique. Le coût du transport est une variable qui va prendre de plus en plus d’importance avec le renchérissement excessif et incontrôlé du pétrole. La hausse constante du prix du baril est un phénomène spéculatif et irréversible. Il faut donc que les industriels repensent leur organisation en fonction de cette incontournable contrainte. Dans le coût d’un produit sur étagère, les coûts de mise à disposition représentent environ 30 à 35% du total (transport, manutention, stockage transitoire), surtout si l’entreprise a délocalisé tout ou partie de sa fabrication. La logistique devient donc une fonction de plus en plus stratégique. La réduction du coût de transport impose de trouver des solutions qui diminuent fortement la consommation d’énergie fossile. Et cette solution existe ! Les camions sont de très gros consommateurs de gas-oil lorsqu’ils roulent. Évitons donc que les camions roulent !! Il suffit, pour cela, de les mettre sur les trains. Ceux-ci fonctionnent à l’électricité. Pour ne pas simplement déplacer le problème de la consommation d’énergie fossile, les trains doivent utiliser de l’électricité d’origine nucléaire. Il faut donc renouveler le parc des centrales nucléaires, développer ce parc, accélérer la recherche sur les réacteurs à neutrons rapides (4ème génération), sur la fusion nucléaire (ITER) et sur le traitement des déchets. Tout déplacement d’un camion sur un train consommant de l’électricité nucléaire est une économie de carburant fossile et une émission de gaz à effet de serre en moins. Les entreprises doivent construire des plateformes de chargement-déchargement centralisées qui recevront par bateaux, trains, péniches, camions complets leurs différents produits depuis leurs fournisseurs. Dans ces plateformes, seront constitués des camions complets destinés aux clients finals (les distributeurs) qui seront chargés sur train et convoyés jusqu’à proximité de ces clients. Seule la livraison terminale sera effectuée par la route, diminuant ainsi le nombre de ces convois de camions dantesques et dangereux qui envahissent les autoroutes. Le secret de cette logistique est la massification du transport à tous les stades. Elle sera l’indispensable complément de la recherche en économie d’énergie. La contrepartie en est une moindre exigence (en restant dans le raisonnable) sur les délais de mise à disposition, tout en respectant la fiabilité. La société doit choisir entre la satisfaction immédiate souvent déraisonnable et un coût acceptable. Nos parents et grands-parents connaissaient « le prix des choses » parce qu’ils savaient attendre, le temps des pénuries leur ayant appris la patience. Nous serons bientôt obligés de faire de même. Il y a, cependant, un obstacle majeur : l’attitude réactionnaire actuelle des syndicats de la SNCF envers une modernisation du FRET, opposés qu’ils sont à toute réorganisation qui mettrait en cause un mode de fonctionnement inefficace mais protecteur. Cet obstacle est au moins aussi important que le traitement des déchets nucléaires. La réalisation d’un réseau efficace et fiable d’autoroutes ferroviaires demande de lourds investissements et une véritable révolution dans le fonctionnement du FRET. Il faudra donc du temps avant que ce réseau devienne opérationnel. Certes, les entreprises auront, à n’en pas douter, la capacité de s’organiser en fonction de cette rarescence des énergies fossiles. Mais la véritable mesure qu’il conviendrait de mettre en œuvre serait une lutte farouche contre la spéculation, c’est-à-dire contre tous ceux, particuliers, organismes, états, qui s’enrichissent de façon éhontée en créant le désordre et la faim.

06 juin 2008

Inanité et iniquité

Poussé par la pression populaire et après une première acceptation du jugement d’annulation rendu, le Parquet s’est pourvu en cassation du jugement du tribunal de Lille en nullité du mariage pour « mensonge sur l’état de virginité » de l’épouse. Cette dernière se voit donc refusé, pour l’instant, la liberté qu’elle pensait avoir retrouvé après un mariage que tout semble indiqué comme forcé. Le Garde des Sceaux avait, dans un premier temps, approuvé la décision du tribunal, soulignant avec force qu’elle avait ainsi libéré la jeune femme. Puis, sous la pression populaire et la vindicte de l’opposition parlementaire, le Garde des Sceaux a fait appel, faisant perdurer de ce fait l’état matrimonial d’une jeune femme qui pensait avoir retrouvé la liberté. Décidément, il est toujours dangereux de se laisser influencer par la doxa, toujours superficiellement informée et populiste. Dieu nous préserve à jamais de l’inanité des jurys populaires, n’en déplaise à certaines personnalités politiques !!

04 juin 2008

L’Homme, un accident de l’histoire

L’existence de l’homme est la conséquence d’une invraisemblable suite d’évènements et que l’absence d’un seul d’entre eux eut empêché. Une suite d’accidents ou de situations extrêmement particulières a permis à l’être humain d’apparaître sur la Terre et de devenir ce qu’il est. Il eut suffi que le déroulement de l’histoire fut un tout petit peu différent pour que nous ne soyions pas là pour en parler. Un autre monde eut, peut-être, existé mais nous n’aurions jamais pu le contempler.

• À l’origine, il n’y avait que l’Énergie et ses fluctuations quantiques. Celles-ci sont à l’origine de ce que nous appelons le big-bang, étonnant phénomène où la transformation de l’énergie en matière a créé l’espace et le temps et un monde dont les constituants possèdent des valeurs très particulières (comme la constante gravitationnelle, la constante de Planck, la constante de structure fine ou la masse du proton) que l’on constate sans pouvoir les expliquer. Il existe ainsi une quinzaine de constantes fondamentales dont on ne sait expliquer la valeur. Une seule d’entre elles eut été un peu différente et le monde ne serait pas ce qu’il est. Il a suffi d’un tout petit déséquilibre entre l’anti-matière et la matière pour que celle-ci l’emporte. Que serions-nous si l’inverse s’était produit ? Pour que l’Univers soit ce qu’il est aujourd’hui, avec ses étoiles, ses planètes, ses galaxies, ses amas de galaxies, la vie et l’homme, il a fallu que la densité initiale soit réglée avec une précision quasiment infinie pour que cet Univers ne soit pas stérile et désespérément vide ! Cela s’est produit il y a 13,7 milliards d’années.
• Les étoiles ont fabriqué dans leur cœur les éléments nécessaires à la fabrication de la matière que nous connaissons et dont nous sommes faits. Ces étoiles ont explosé, répandant dans l’espace ces précieux atomes dont nous sommes faits et qui se sont condensés en nuage, puis en nouvelles étoiles et en planètes. La gravitation a permis l’accrétion des particules de ces nuages. C’est ainsi que sont nés notre soleil et ses planètes, il y a 4,55 milliards d’années. Dans notre système solaire, le positionnement des planètes a donné à la Terre une chance exceptionnelle. Un peu plus loin du Soleil et, comme Mars, le froid intense se serait installé qui aurait solidifié le fer du noyau planétaire et aurait interdit la création du champ magnétique protégeant la planète des effets destructeurs du rayonnement solaire. Un peu plus près et, comme Vénus ou Mercure, la température aurait été tellement élevée que l’eau vaporisée aurait totalement disparu empêchant la vie d’apparaître. La position privilégiée de la Terre a permis non seulement que la température rende possible l’eau liquide mais aussi que le fer du noyau reste en fusion et permette la formation d’un noyau liquide en convexion créant le champ magnétique nous protégeant des vents solaires et permettant la création d’une atmosphère. La Terre ainsi créée tourne autour du Soleil à la bonne position mais son axe de rotation est encore particulièrement instable dans les premiers instants de sa vie.
• Cinquante millions d’années plus tard, un énorme astéroïde (Theia) percute notre astre et, arrachant une partie de l’écorce terrestre, disperse dans l’environnement immédiat de la planète une grande quantité d’éléments du manteau terrestre qui, par accrétion progressive, vont constituer la Lune en rotation autour de la Terre. La présence de ce satellite va stabiliser la position de l’axe de rotation de notre planète, permettant ainsi la stabilisation des saisons, ce qui permettra d’avoir sur Terre des zones où les variations de températures seront modérées et permettront à la vie de se développer. La probabilité qu’un astéroïde frappe la Terre est extrêmement faible. Celle que cet astéroïde ait la taille nécessaire pour satelliser autour de la Terre la quantité suffisante de matériaux pour former la Lune est encore plus faible.
• Puis, pendant 500 millions d’années, la Terre sera soumise à un bombardement constant de comètes et d’astéroïdes, comme l’atteste la surface lunaire. Ce bombardement va alimenter l’activité volcanique qui sera créatrice de vapeur d’eau se condensant et étant, finalement, à l’origine de l’oxygène et des océans où naîtra la vie. Il y a 3,7 milliards d’années, l’atmosphère que nous connaissons existait enfin. Sous l’effet du rayonnement solaire, une couche d’ozone se créée en haute atmosphère qui nous protégera désormais de la nocivité de ces rayonnements, destructeurs pour la vie.
• À l’abri de la couche d’ozone, la vie est apparue dans les océans. Parmi les êtres vivants dans ce milieu, il y avait l’ancêtre des mammifères, un petit poisson nommé « piccaïa ». Celui-ci, servant de proie aux ancêtres de nos crustacés et céphalopodes, a bien failli disparaître. Sans lui, l’homme n’aurait jamais existé. Bien entendu, il était fort peu probable que la totalité de l’espèce « piccaïa » disparaisse, mais le temps présent nous a démontré à l’envi qu’en dessous d’un certain seuil, une espèce est vouée à disparaître. Nous avons eu beaucoup de chance que le piccaïa reste au-dessus de ce seuil.
• Il y a 65 millions d’années, les différentes niches écologiques terrestres étaient occupées par les dinosaures. Il restait alors peu de place pour l’expansion des autres espèces animales. Et voilà qu’un astéroïde percute la Terre dans le Golfe du Mexique en provoquant une catastrophe climatique qui met fin au règne des dinosaures et permet le développement des espèces survivantes dont les mammifères qui évolueront jusqu’à l’homme. Que se serait-il passé si l’astéroïde avait évité la Terre ?
• Les ancêtres de l’homme vivaient dans l’actuelle Éthiopie, traversée par la faille du Rift africain. La tectonique des plaques joue aussi son rôle dans l’évolution de l’espèce humaine en créant une modification profonde du relief local qui va perturber le système climatique, créant ainsi un vaste espace de savane, milieu favorable à l’apparition de la bipédie et, finalement, à l’apparition d’Homo Sapiens. Aucune loi ne guide le déplacement des plaques tectoniques et, seul, le hasard organise leurs déplacements.

Tous ces évènements sont des aléas, dont la probabilité de chacun est extrêmement faible. L’apparition de l’homme résulte donc d’un extraordinaire concours de circonstances dont la probabilité est estimée à 10 puissance -43 ! Nous avions toutes les chances de ne jamais exister !! C’est peut-être la raison qui pousse les hommes à vouloir, à tout prix, se détruire. Déterminisme et hasard sont antinomiques. Ainsi, s’il apparaît indiscutable que l’homme est le fruit chanceux du hasard, il n’y a donc pas de « dessein intelligent » et le principe anthropique fort est une simple croyance.

31 mai 2008

Enseignement et responsabilité

Dès que l’on parle du corps enseignant, la doxa impose de dire aussitôt que les professeurs sont admirables et qu’ils s’impliquent totalement dans leur travail … ô combien noble et difficile ! La critique ne fait pas partie du « politiquement correct ». Pourtant, il est absolument certain que l’on trouvera, au sein du corps enseignant, la même proportion d’individus inefficaces que celle que l’on trouve dans toutes les autres activités humaines. La recherche du zéro défaut est une pratique courante dans le monde de la production. Or, s’il est des domaines où cette exigence s’impose avec encore plus de force, c’est dans l’enseignement, dans la médecine et dans la justice. Le zéro défaut, dans l’industrie, est un impératif économique. Dans le domaine de l’enseignement, de la santé et de la justice, c’est un impératif moral. Les médecins sont, aujourd’hui, confrontés aux conséquences de cette exigence, à savoir que leur responsabilité peut se trouver engagée en cas d’erreur. Il doit en être de même pour les enseignants. La responsabilité du professeur doit être interpellée lorsqu’un élève ne réussit pas. Actuellement, un élève ayant des difficultés se voit pénalisé par le Conseil des professeurs qui lui impose soit une réorientation, soit un redoublement, voire une exclusion. Et, jamais, la responsabilité du (des) professeur(s) n’est envisagée. Il s’agit là d’une anomalie grave. Lorsque l’on connaît l’importance de l’acquis dans la construction de l’esprit humain, il devient essentiel que l’enseignement soit sans défaut. Le principal responsable, lorsqu’un élève arrive en 6ème sans maîtriser la lecture ou l’écriture, est d’abord le professeur qui n’aurait jamais dû accepter cet échec. C’est cette acceptation qui constitue la faute. On sait, dans le monde de la production, que la réparation d’un défaut détecté dans le produit fini coûte de dix à cent fois plus cher que lorsque ce même défaut est identifié en cours de fabrication. Le coût social d’un enfant sortant de la scolarité en échec sera, de la même façon, toujours beaucoup plus élevé que le coût de n’importe quelle mesure prise pour aider cet enfant à s’en sortir. La finalité de l’enseignement est qu’aucun enfant n’échoue. Ce devrait être un impératif engageant la responsabilité de l’enseignant. Enfin, bien sûr, il en est de même pour la justice où le zéro défaut est aussi un impératif. La responsabilité des juges en est un également. Au même titre qu’Outreau ou que les irradiés d’Épinal, l’échec scolaire doit engager la responsabilité des acteurs.

23 mai 2008

Chez le senior, tout est bon … à jeter

Le niveau d’emploi des seniors (c’est-à-dire des salariés ayant plus de 50 ans !) est au cœur de la polémique sur la durée de cotisation aux caisses de retraite. Les syndicats s’accrochent, pour refuser les 41 ans de cotisation, au fait que les seniors sont mis à la retraite (avec ou sans leur accord) à 55 ans, ce qui leur interdit d’avoir un nombre d’années de cotisation suffisant pour pouvoir toucher leur retraite à taux plein. Ainsi, disent ces mêmes syndicats, l’allongement de la durée de cotisation revient à diminuer le niveau des retraites. Ce raisonnement a un fond de vérité. Les entreprises, poussées dans ce sens par le gouvernement des années quatre-vingt, ont pris l’habitude de mettre en retraite forcée leurs seniors dès l’âge de 55 ans, et ceci avec des incitations financières pernicieuses. Font partie de la doxa actuelle les fausses certitudes qu’un senior est cher, peu flexible et qu’il est difficile de le recycler. Regardons d’un peu plus près ce qu’il en est. En matière de salaire, il existe une très mauvaise habitude qui est de faire évoluer celui-ci en fonction de l’ancienneté. Si l’on peut comprendre que l’inflation soit prise en compte dans l’évolution du salaire, par contre l’ancienneté n’est pas un critère pertinent. Seules l’évolution des responsabilités et de l’efficacité doivent intervenir dans la détermination du niveau de rémunération. Dans ces conditions, si un senior bénéficie d’un salaire élevé, ce dernier est la juste rétribution d’une contribution à l’efficacité de l’entreprise. Le remplacement d’un tel senior par un salarié plus jeune et moins efficace se traduit alors par une perte au niveau des résultats de l’entreprise. Ainsi, se séparer des seniors devient une pure et simple perte de rentabilité et de compétitivité. Le licenciement d’un salarié qui n’atteint pas ses objectifs d’efficacité n’a rien à voir avec l’age de ce dernier. Certes, il arrive, dans les entreprises, que de jeunes loups ambitieux essaient de pousser dehors de vieux « chnoks », mais cela n’arrive que parce que ces « vieux chnoks » se sont endormis et leur efficacité, donc leur légitimité, devient contestable, voire handicapante. Que ceux-là soient poussés dehors, ce n’est que justice. Bien sur, on trouve aussi, parmi les jeunes loups ambitieux, de vrais cons. Quant à la prise en compte de l’inflation, elle s’applique à tous les salariés, jeunes et moins jeunes. Dans le fonctionnement d’une entreprise, une des clés de son efficacité est d’avoir les bons collaborateurs au bon endroit au bon moment. Elle doit donc, en permanence, se préoccuper de la meilleure affectation de ses salariés et de corriger celle-ci, si elle n’est pas optimale. C’est ce que l’on appelle la flexibilité du travailleur. Ce critère doit être (s’il ne l’est pas déjà) une condition de la variation salariale. Remarquons qu’un niveau de salaire dépendant de l’efficacité et de la flexibilité existe dans la grande majorité du secteur privé. La prise en compte de l’ancienneté est une caractéristique du secteur public. C’est pourquoi les syndicats y tiennent tant.
Il reste le problème de l’employabilité des seniors, c’est-à-dire de la formation. Certains seniors ont plus de difficultés pour acquérir de nouvelles connaissances que les jeunes salariés. Encore qu’il serait gravement erroné de faire de ce constat une généralité. Il y a beaucoup de seniors dont l’agilité intellectuelle est plus importante que celle de bien des jeunes. Le vrai problème me paraît être celui de la motivation. Une formation n’est efficace que si l’apprenant est motivé. Or, un senior qui sait qu’il fait partie désormais d’une catégorie d’employés jugés négativement à cause de son age est souvent démotivé. Il faut trouver une méthode de formation adaptée aux seniors et la solution se trouve, vraisemblablement, dans l’utilisation des techniques du e-learning. Ces techniques demandent de mettre en place un coaching des apprenants, fonction qui consiste à entretenir leur motivation et qui peut être utilement affectée aux seniors les plus expérimentés. Les entreprises ont, pour beaucoup d’entre elles, mis au point une formation pour les jeunes embauchés. Rien n’empêche qu’elles fassent de même pour les seniors ayant besoin d’un recyclage. Plus largement, la formation des seniors doit s’intégrer dans un processus de formation tout au long de la vie qui n’est pas, à ce jour, opérationnel. L’amélioration du taux d’emploi des seniors en France, qui est un des plus bas d’Europe, passe par la mise en œuvre d’une formation efficace tout au long de la vie professionnelle. Ainsi, l’employabilité des seniors est un problème qui n’a pas grand-chose à voir avec la durée de cotisation aux caisses de retraite. Lier les deux problématiques est une façon de « noyer le poisson » pour refuser l’allongement de la vie active.

21 mai 2008

L’indignation sélective

Les Français et une grande partie de la population mondiale se sont indignés de l’attitude de la Chine au Tibet et ils ont manifesté cette indignation au cours du périple de la flamme olympique. Il n’est pas dans ce propos de contester la compassion pour le peuple tibétain soumis à une dictature oppressante, mais on peut s’étonner de la relative indifférence envers les souffrances du peuple birman. Pourquoi cette différence ? Pourquoi cette indignation sélective ? Serait-ce parce qu’Hergé n’a pas écrit « Tintin en Birmanie », à défaut d’avoir écrit « Tintin au Tibet » ? Nos émotions seraient-elles à ce point soumises au dictat du marketing ? Il n’y a pas d’apocalypse au Tibet alors que ce qui s’est passé en Birmanie est plus grave que le tsunami de l’océan Indien. La dictature chinoise est opprimante, mais elle n’a aucune commune mesure avec la paranoïa sanglante de la dictature militaire Birmane. Les Américains ont envahi l’Irak sur un mensonge, alors que la population – la vérité oblige à le dire – subissait moins de massacres hier que depuis la chute du dictateur ! Pourquoi n’y a-t-il pas d’intervention en Birmanie ? S’il y a une cause qui justifie le droit d’ingérence, c’est bien la Birmanie. Alors, pourquoi cette passivité ? Malheureusement il est absolument obligatoire que cette hypothétique ingérence se fasse sous l’égide des Nations Unies et il est certain que la Chine et la Russie opposeraient un veto à cette intervention. Qui se ressemble se protège !! La dictature birmane trouve ses appuis auprès des dictatures chinoise et russe. La hyène birmane est protégée par le chacal chinois.

20 mai 2008

L’immédiat au détriment de l’avenir

Paraphrasant Cioran, la France est comme une putain dans une ville sans trottoirs : elle ne sait plus où aller. En dehors d’une petite minorité de favorisés qui se moquent éperdument du sort du reste de la population (les addicts des stock-options, les spéculateurs et les traders, les héritiers de grandes fortunes, …), les Français vivent dans l’angoisse du lendemain et, en conséquence, limitent leurs préoccupations au très court terme, ce qui les prive de toute envie de construire des projets. Sans projet, l’avenir se vide de tout intérêt et, seul, le présent accapare les actes et les pensées. À travers l’opacité du présent, les contours de l’avenir sont difficiles à distinguer. Les difficultés du présent agissent comme un phare qui aveugle et plonge le futur proche dans une obscurité profonde et menaçante. La situation économique de la majorité de la population devenant de plus en plus difficile, le présent maintient ainsi les Français dans l’obsession du jour d’après. La morosité actuelle n’a pas d’autre cause. Prisonniers du cocon de l’actuel, les individus se concentrent uniquement sur leurs anxiétés personnelles en gommant toute attention à un intérêt général qui ne coïnciderait pas exactement avec leurs besoins immédiats. L’individualisme et l’égoïsme s’exacerbent. La lutte des classes projetait les hommes vers un avenir où les injustices avaient disparu. Ne parlait-on pas de lendemains qui chantent ? Aujourd’hui le mécontentement populaire, nourri davantage de jalousies et d’angoisse que d’envie de changements, se contente de réclamer des améliorations catégorielles immédiates. Le rôle du politique étant de faire partager une vision de l’avenir et d’expliquer les actions nécessaires pour y parvenir, cette focalisation sur l’immédiat a pour conséquence un éloignement, une méfiance, une opposition grandissante du peuple envers le politique. Il faut bien admettre que le politique ne fait rien pour sortir le peuple de sa morosité égocentrique. L’opposition reste incapable de se forger une conviction et ne peut produire qu’un texte dit « de refondation », véritable prosopopée abstruse, qui n’est qu’un amalgame de banalités contradictoires n’ayant pour objectif que de « ratisser » large comme l’on dit (le parti socialiste est dit réformiste, message pour F. Bayrou ; il porte un projet de transformation sociale radicale, message pour O. Besancenot), et continue de s’enliser dans le jeu des ambitions démesurées personnelles. La majorité et le gouvernement, quant à eux, sont incapables de formuler clairement la voie dans laquelle ils engagent le pays et ne comprennent pas qu’une suite de réformes non situées dans une vision d’avenir est plus anxiogène que mobilisatrice. Lorsque ceux qui les guident ne savent pas où ils vont, il n’est pas étonnant que les Français, en état de déréliction, ne croient plus en l’avenir. Il n’y a pas de bon vent lorsqu’on n’a pas de port. On peut craindre que l’individualisme ne conduise à l’isolement qui, à son tour, va générer un sentiment d’inquiétude qui poussera l’individu à rechercher autour de lui ceux qui lui ressemblent, développant ainsi le phénomène communautaire. La communauté n’est pas nécessairement dangereuse lorsqu’elle est le lieu de construction de projets et de manifestations d’entr’aide. Par contre, lorsque la communauté développe des sentiments obsidionaux et devient un lieu d’affrontement avec la société, alors cette dernière est en danger.

16 mai 2008

Le challenge socialiste

Le Parti Socialiste entreprend (du moins, on le souhaite) une rénovation de sa doctrine et de sa vision de la société. Il n’est que temps, mais le succès n’est pas garanti. En effet, la condition nécessaire (mais non suffisante) est que les socialistes abandonnent une fois pour toutes leurs anciens démons, à savoir :

• la méfiance (voire la haine) du patron d’entreprise, pour reconnaître que sans entreprise, il n’y a pas de salut car il n’y a pas d’emploi productif ;
• la méfiance viscérale envers le secteur privé et la « déification » du secteur public, alors que le seul secteur privé est en mesure d’enrichir le pays ;
• la condamnation de la richesse (voire de la réussite) au nom de l’égalité revendiquée pour les plus pauvres, faisant ainsi un amalgame mortifère entre égalité et équité ;
• l’État providence, vieille théorie keynésienne qui n’a plus court dans un monde ouvert et mondialisé ;
• les tentations protectionnistes, ce qui revient à rester aveugle aux évolutions du monde.

Cette liste n’est pas exhaustive, car il faudrait y ajouter les rivalités des courants réformiste (Strauss-Kahn, Delanoë, Rocard), gauchiste (Fabius, Mélenchon, Emmanuelli), rénovateur (Valls, Montebourg, Peillon), ségoléniste (qui déjà ?) qui enlise le Parti Socialiste dans le marais des sacro-saintes synthèses sans ambition, sans goût et sans couleur. Le Parti a perdu la confiance populaire. Pour s’en convaincre, il suffit de se souvenir que le grand Ouest, qui est resté à l’abri des invasions guerrières, des traumatismes de désindustrialisation, a voté en majorité pour la gauche aux élections présidentielles et que l’Est français (populaire) qui a connu les souffrances de la reconversion industrielle a voté pour la droite et l’extrême droite. Le temps passé par les socialistes à analyser les raisons de leur échec aux présidentielles est du temps perdu, tellement le diagnostic est facile à faire : la doctrine du Parti Socialiste est vieille de 35 ans !! Le monde a changé et les socialistes ont fermé les yeux. Il est à craindre que l’échec ne soit au bout du chemin, tellement le document actuel dit de Déclaration de Principe et daté du 23 Avril 2008 établi par le Parti est un tissu de banalités, voire de contradictions. Le texte est publié sur Internet (www.fonctionnement.parti-socialiste.fr/declaration-de-principe/). La lecture de ses 22 articles est consternante. Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?

15 mai 2008

Qui dira enfin la vérité ?

Qui dira enfin la vérité ? Qui osera affirmer que l’inefficacité dramatique de l’Éducation Nationale est le résultat de l’aveuglement de pédagogues « diafoirus » qui ont joué avec l’avenir de nos enfants au bénéfice de leur renommée ou de leur mégalomanie ? À quoi servent des méthodes pédagogiques si ce n’est à garantir une transmission performante du savoir ? Or, lorsqu’un nombre grandissant d’élèves du primaire arrivent en classe de 6ème sans maîtriser l’écriture et la lecture, il est légitime de dire que l’enseignement en primaire n’est pas efficace. Lorsque 150.000 élèves quittent le système scolaire durant le secondaire sans aucun diplôme, il est légitime de dire que l’enseignement en secondaire n’est pas performant. Lorsque 20% des étudiants quittent l’enseignement supérieur au bout d’un an, la preuve est donnée que l’enseignement secondaire souffre de graves lacunes. Il est donc urgent d’abandonner des méthodes pédagogiques qui ont fait faillite, de renvoyer dans leur foyer tous ces maîtres à penser la pédagogie et de réformer les méthodes d’enseignement. Malgré l’urgence de ces réformes, il n’est pas sûr qu’elles soient engagées. Car l’Éducation souffre d’un autre mal tout aussi grave : un syndicalisme rétrograde, accroché à des principes d’un autre âge, qui refuse de voir l’évolution du monde et qui prive ainsi les enfants de France d’un système éducatif moderne et efficace. Il ne sert à rien de mener 80% d’une classe d’âge au baccalauréat si 20% d’entre eux n’ont aucune chance de réussir dans l’enseignement supérieur. Évoquer le besoin permanent de nouveaux besoins est une façon commode de dédouaner la responsabilité des enseignants. La solution n’est évidemment pas dans l’augmentation permanente de ces moyens. Le budget de l’Éducation Nationale a doublé en 15 ans. En quinze ans, la qualité de l’enseignement s’est effondrée. Il y a donc une l’évidence : nous avons fait fausse route, emmenés par de mauvais prophètes.
Et pendant ce temps-là, les politiques s’amusent à des jeux politiciens de bas étage !

09 mai 2008

Les contresens du Parti Socialiste

Le Parti Socialiste a entamé sa longue marche de rénovation qui doit le conduire à redécouvrir et formaliser ses idéaux politiques et rénover son organisation. Manifeste(s), congrès, livres multiples sont autant de bornes jalonnant ce chemin. Il est à craindre, cependant, que tous ces efforts soient vains, entachés qu’ils sont par une erreur fondamentale : le parti a choisi une tactique consistant à construire un programme et à l’imposer au futur candidat à la présidentielle. C’est prendre le problème à l’envers. Tous les grands hommes d’État n’ont jamais eu besoin de la béquille d’un parti pour se construire une vision politique et l’incarner aux yeux du peuple : Louis XIV, Napoléon, Léon Blum et Jean Jaurès, Charles De gaulle. C’est autour du leader que se construit la dialectique et non l’inverse. C’est le leader qui doit prendre le parti et non le parti qui doit adouber le candidat. L’homme d’État, candidat à la Présidence de la République, est habité par une ambition nationale qui ne demande rien aux partis politiques. Tant que le candidat à la Présidence se permettra d’essayer de soudoyer le leader d’un autre parti pour tenter de ratisser plus large, comme le pitoyable essai de S.Royal tentant de persuader F. Bayrou de devenir son Premier Ministre, cela signifiera que le candidat sacrifie sa vision à l’opportunisme électoral et n’est donc pas digne de la fonction. Les éléments d’une vision comportent obligatoirement une doctrine économique cohérente (Keynes, Friedman, Prescott). C’est encore un travail à faire au sein du Parti Socialiste. Ce dernier proclame que le socialisme s’incarne dans l’économie sociale de marché. Cela ne veut strictement rien dire et ressemble étrangement aux fameuses synthèses socialistes. Le seul but d’une économie est d’avoir une croissance économique qui permette à chacun de trouver un travail, seul outil de valorisation de l’homme. La question est donc : quelle politique économique pour obtenir cette croissance, compte tenu des contraintes du monde actuel (mondialisation, écologie, paupérisation, spéculation, …). Malheureusement, le Parti Socialiste souffre de la néfaste habitude de la synthèse. À vouloir à tout prix construire un programme qui recueille un consensus sincère ou forcé, le parti construit en nivelant par le bas et en éliminant ainsi tout enthousiasme en ne faisant que des frustrés. Décidément, les socialistes ne sont pas prêts d’avoir un nouveau Mitterrand, capable de faire de la France l'inspiration d'une Europe qui retrouve enfin son rayonnement scientifique et culturel.

05 mai 2008

Aveuglement

Tout le monde sait (je dis bien tout le monde) que la somme des intérêts particuliers ne fait jamais (je dis bien jamais) l’intérêt général. Tout le monde … sauf les syndicats. Campés dans leurs revendications corporatistes et catégorielles, jamais ils ne tiennent compte du fait que certains intérêts ou « droits acquis » catégoriels portent préjudice à l’ensemble de la Nation. Refuser toute évolution de l’Éducation Nationale, quelle que soit la couleur du gouvernement, conduit aux graves préoccupations actuelles sur l’efficacité de cette éducation. La conséquence est un recul spectaculaire de la place de la France dans l’économie mondiale à cause des performances insuffisantes de la recherche et de l’innovation dans le domaine industriel. Refuser l’allongement de la vie active pénalise l’économie générale du pays, la croissance étant directement liée à la quantité globale de travail fournie par l’ensemble des citoyens. Accrochés à leurs convictions idéologiques, à leurs impératifs électoraux et à la crainte de voir surgir des « coordinations » de tous poils, les syndicats refusent de regarder ce qui se passe dans les autres pays européens qui ont, depuis longtemps déjà, compris que le monde change à grande vitesse et que les retardataires seront impitoyablement sanctionnés. Dans tous les domaines, la France doit accroître son efficacité c’est-à-dire, compte tenu de son endettement colossal et du déficit grandissant de sa balance commerciale, faire mieux avec moins de moyens. Faire mieux pour regagner des parts de marché, avec moins de moyens pour faire des économies et désendetter le pays, c’est ce que nous devons à nos enfants. La France a besoin d’entrer en sédation. La France a un besoin urgent de syndicats responsables. Il n’est plus possible de supporter un syndicat qui, s’obstinant dans le refus systématique et de principe, pousse son opposition jusqu’à combattre la révision du code du travail au prétexte que cela entraîne un effort d’apprentissage !! On croit rêver.

30 avril 2008

La courbe de Phillips, vous connaissez ?

Un des fleuron de la « science » économique est la courbe de Phillips. Depuis le début du siècle, les économistes utilisent abondamment les statistiques pour « inventer » des formules mathématiques permettant de modéliser le passé et de proclamer que l’économie est une science. La courbe de Phillips est un des fleuron de ces formulations. Elle met en évidence une relation inverse entre les variations du chômage et de l’inflation. Un fort taux de chômage s’accompagne d’un faible taux d’inflation et inversement. Or, nous assistons aujourd’hui à une remise en cause sévère de ce paradigme : l’inflation en France n’a jamais été aussi élevée depuis des années et le taux de chômage augmente. La courbe de Phillips nous ment !! L’économie n’est pas encore une science.

25 avril 2008

Le prix du pain

Un expert du Credoc annonce, sans rire et sur les antennes de la télévision, qu’il est impossible de dire si une baguette de pain à 1 Euro est chère ou non. Il est à craindre que cet expert ne se soit jamais préoccupé des difficultés de vivre d’un grand nombre de ses concitoyens. Lorsque la même baguette est vendue pratiquement deux fois moins cher en grande surface (0,45 €) que dans la boulangerie du quartier (1 € et plus), il faut croire qu’il y a une certaine part d’arbitraire dans la fixation du prix du pain et que cette part d’arbitraire fait allègrement l’impasse sur la paupérisation d’une partie de la population ! La spéculation sur les matières premières agricoles a, certes, une part de responsabilité dans la recrudescence de l’inflation récente. Mais la part de la farine dans le prix d’une baguette ne dépasse pas 20%, la plus grande partie étant le coût de la main d’œuvre. Rappelez-vous qu’avant la mise en œuvre de l’Euro, la baguette valait environ 3 francs chez votre boulanger. Aujourd’hui, la même baguette vaut plus de 1 Euro, c’est-à-dire plus de 6 francs ! Les artisans boulangers ne devront pas chercher ailleurs la raison de leur disparition progressive ! Le pain est, en France, chargé d’une signification symbolique que ces artisans ont tort d’oublier. Une relecture de l’Histoire leur rappellerait que des révolutions sont nées d’un prix du pain excessif… Il est à craindre que l’effet cumulé et condamnable des spéculateurs et de l’artisanat ne nous conduise à de graves mouvements sociaux. Le malheur pèse sur les sociétés où le prix du pain devient un objet de discorde !

22 avril 2008

Citoyen d’honneur ou citoyen instrumentalisé?

Qui peut croire à la sincérité du geste du maire de Paris consistant à donner une distinction honorifique au Dalaï-Lama ? Qui peut penser une seconde que cette gesticulation n’est pas guidée par un opportunisme de première grandeur ? Après la « bravitude » de Ségolène Royal sur la Grande Muraille, quel meilleur moyen de se positionner comme le leader moral de la gauche ? Dans ce calcul, quelle est la place du peuple chinois (je ne parle pas de ses dirigeants) qui s’est senti insulté par les évènements de Paris ? Comment peut-on donner la priorité à ses ambitions personnelles sur le sentiment de mise à l’index d’un peuple qui représente une des plus vieille civilisation du monde, plus ancienne que la civilisation occidentale de quelques millénaires ? Il est incontestable que les dirigeants chinois sont ulcérés par les évènements de Paris, ce qui n’est pas forcément grave, mais il n’en est pas moins vrai que le peuple chinois est blessé, ce qui est affligeant. Et le geste du maire de Paris n’arrange rien. On ne peut pas en vouloir aux chinois de vivre avec la propagande de leur dirigeants. C’est pourquoi il est inutile de les blesser. Quelle connaissance le maire de Paris a-t-il de la sensibilité et des sentiments de la civilisation chinoise ? De quel droit prend-il le risque d’agir comme il le fait au risque de créer un sentiment d’être insulté dans la population chinoise ? Et enfin, de quel droit la France et ses représentants se donnent-ils le droit de donner des leçons au monde entier ? Ont-ils déjà oublié la guerre d’Algérie ? S’il y avait une faute à ne pas commettre, c’était de donner les jeux olympiques à Pékin. La faute originelle a été de privilégier les aspects financiers au respect des règles morales : il ne fallait pas « donner » les jeux olympiques à un régime autoritaire et sanguinaire.

Maladie ou utopie ?

Regardons les choses en face. Le parti socialiste est en cours de dislocation sous l’action de l’effet dissolvant des ambitions personnelles qui annihilent toute tentative d’imagination. Le parti de la majorité est envahi par la perplexité et par le « blues », se reconnaissant de moins en moins dans l’action du président de la République, pourtant élu largement par la population, il y a un an à peine. Le parti communiste n’en finit pas de mourir accroché comme un fruit pourrissant sur la branche morte de ses convictions archaïques, les verts noyés dans la pagaille et le verbiage sont inexistants, le modem suicidaire et masochiste s’est pratiquement auto-dissous. La démocratie représentative est malade.
Il n’y a pas une réforme (ou projet de réforme) qui ne soit combattue et qui ne fasse descendre les Français dans la rue : les enseignants, les étudiants, les pompiers, les chauffeurs de taxi, les infirmières, les dockers, les chauffeurs de poids lourds, les retraités, les moniteurs d'auto-école, etc … Tout le monde est d’accord pour réformer à condition que la réforme ne le concerne pas. La démocratie participative reste une utopie.