14 février 2009

L’évaluation, un épouvantail ?

La cybernétique, la systémique, la médecine, la robotique, etc … sont autant de sciences et de techniques qui utilisent abondamment le principe du « feed-back ». Mesurer un résultat pour corriger une action est un principe essentiel du bon fonctionnement de tout organe ou organisme. La mesure du résultat est donc un principe essentiel de l’efficacité de tout système. La société, dans son ensemble, n’échappe pas à cette règle, les mesures de son fonctionnement étant présentes dans tous ses aspects. Le recensement, le calcul du PIB national, la balance commerciale, les indicateurs démographiques, la fameuse mesure du « moral des industriels », le volume de la consommation, etc…, etc… sont des exemples d’informations recueillies sur la société permettant d’identifier un éventuel dysfonctionnement. La crise actuelle montre, à l’évidence, la nécessité de tels indicateurs. Tout acteur de l’économie privée connait parfaitement l’utilisation de ces indicateurs mesurant son efficacité. La mesure de ces indicateurs est une chose, ce que l’on en fait en est une autre. La seule certitude est qu’en l’absence de tels indicateurs, le management devient impossible. Au nom de quoi l’enseignement en général et les Universités en particulier pourraient échapper à cette nécessité ? Le décret en préparation sur l’autonomie des universités possède un volet portant sur l’activité des enseignants-chercheurs. Ce décret introduit la nécessité d’une évaluation du travail de ces chercheurs. Vent debout contre ce décret, ces derniers le rejettent en bloc sans oser dire (sauf quelques Présidents d’Universités lucides) que la seule véritable raison est la mise en place d’un système d’évaluation de leur travail. Faisant montre d’un sentiment outragé devant ce qu’ils présentent comme une mise en cause de leur liberté individuelle, ils sont, en fait, tétanisés par l’éventualité d’une évaluation de leur travail. On peut légitimement se demander pourquoi. Ne serait-ce pas parce que cette évaluation mettrait en lumière le fait que certains d’entre eux font tout autre chose que de la recherche ? Les présidents d’université craindraient-ils que l’on s’aperçoive qu’ils utilisent des chercheurs à temps plein à des tâches purement administratives ? La promotion de ces enseignants-chercheurs est directement liée au fait qu’ils réalisent effectivement des travaux de recherche. Craindraient-ils qu’en mettant en lumière le fait que certains d’entre eux n’en font quasiment pas, ces derniers craignent de compromettre un avancement devenu un avantage acquis ? L’argument consistant à dire qu’un mécanisme d’évaluation serait contraire à la liberté du choix du sujet de recherche est complètement fallacieux. Cette liberté est, évidemment, une absolue nécessité. Sans elle, tout un pan de la recherche fondamentale risque de disparaitre. Mais il n’est nullement question de porter atteinte à cette liberté de choix. Il est seulement question de pouvoir assurer au contribuable que l’effort financier qui lui est demandé est justifié. Pour cela, il n’est pas d’autre moyen que d’évaluer, non pas le contenu d’une recherche, mais sa réalité effective. C’est ce contrôle dont ne veulent à aucun prix les chercheurs. Doit-on penser que ce refus est motivé par la crainte de découvrir une réalité bien différente de ce que l’on croit ? C’est, hélas, à craindre. Décidément l’Enseignement est profondément malade. On ne compte plus les essais de réforme ébauchés par les gouvernements successifs (de droite comme de gauche) depuis cinquante ans qui se sont heurtés à un refus infrangible des enseignants, entraînés par les syndicats les plus réactionnaires de la planète !

12 février 2009

Vive le changement !

Les médecins des hôpitaux ne veulent pas de réforme
Les médecins généralistes ne veulent pas de réforme
Les élèves ne veulent pas de réforme
Les étudiants ne veulent pas de réforme
Les professeurs de lycées et collèges ne veulent pas de réforme
Les professeurs d’université ne veulent pas de réforme
Les présidents d’université ne veulent pas de réforme
Les chercheurs ne veulent pas de réforme
Les ma gistrats ne veulent pas de réforme
Les avocats ne veulent pas de réforme
Les présidents de Régions ne veulent pas de réforme
Les buralistes ne veulent pas de réforme
Les moniteurs d’auto-école ne veulent pas de réforme
Les postiers ne veulent pas de réforme
Les cheminots ne veulent pas de réforme
Les taxis ne veulent pas de réforme
Les salariés de l’ANPE ne veulent pas de réforme
Les fonctionnaires de Bercy ne veulent pas de réforme
Les syndicats ne veulent pas de réforme
L’opposition ne veut aucune réforme

Vive le changement !!

11 février 2009

La systémique de crise


La crise est devant nous. Elle est financière, elle devient économique, elle sera bientôt sociale et peut-être politique. L’avenir est sombre et il est difficile de voir de quoi il est fait. On aurait pu croire que la gravité de la situation pousserait les politiques et les partenaires sociaux à l’unité de réflexion et (pourquoi pas) d’action, conscients qu’ils devraient être de la gravité de la situation et de l’intérêt national. Hélas, il n’en est rien comme toujours. L’avenir du pays pèse de peu de poids devant les pulsions électoralistes, que ce soient celles des politiques ou des syndicats. Il n’est pas besoin d’être un expert pour savoir que l’économie est le domaine-roi de la systémique. C’est-à-dire que « tout dépend de tout » et que les cycles créent une interaction infiniment complexe entre les différents paramètres économiques. C’est cette complexité même qui donne au système tout entier des propriétés que ne possède aucun de ses éléments constitutifs. Un contresens absolu est donc d’extraire de ce schéma global les seuls éléments qui servent une démonstration manichéenne au service exclusif d’une idéologie ou d’une corporation. Évoquer l’augmentation des salaires sans parler des conséquences sur les coûts salariaux, le taux d’épargne, le niveau des importations, l’évolution de la demande, de l’offre et des prix, les taux d’intérêt, etc…, n’a absolument aucun sens. L’économie étant systémique, la crise l’est nécessairement. Cela veut dire que se préoccuper de quelques éléments de l’ensemble peut être dangereux, les effets obtenus étant tout-à-fait différents de ceux escomptés. Par exemple, recapitaliser les banques pour leur redonner les moyens de prêter aux investisseurs n’aura aucun impact si la demande de prêts n’existe pas, l’épargne de précaution étant préférée à l’investissement à cause de l’incertitude et du manque généralisé de confiance et de la mauvaise volonté des banques elles-mêmes (qui refusent par exemple d’accorder des prêts à l’industrie automobile dont elles ont, elles-mêmes créée les difficultés !).
Mais, il y a plus difficile. L’analyse du système doit être dynamique, c’est-à-dire doit prendre en compte l’effet du temps. Favoriser l’investissement est un pari sur l’avenir. Rien ne dit que la récession ne deviendra pas une dépression avant que cette politique ne fasse sentir ses effets. Et, si la dépression crée une crise sociale et politique, l’investissement n’aura aucun effet car il n’existera plus. Ainsi, les questions qui se posent au politique sont les suivantes :
• faut-il privilégier l’investissement sur la consommation ?
• combien de temps faudra-t-il pour que le soutien à l’investissement produise son effet?
• quelles mesures d’accompagnement faut-il prendre pendant ce temps?
• ces mesures d’accompagnement auront-elles l’effet souhaité?
• comment restaurer la confiance ?
En ce qui concerne ce dernier point, une condition essentielle au rétablissement d’un certain degré de confiance est de voir le politique prendre les mesures nécessaires pour punir les responsables de cette crise (les financiers « initiés ») et éradiquer les mécanismes ayant provoqué cette débâcle. Voulez-vous parier qu’il n’en sera rien ? Même si la crise se calme un peu dans les mois qui viennent, tant que le système financier organisera un excès d’offre de produits compensés par l’endettement excessif des non-initiés (c’est-à-dire de ceux qui n’ont aucun moyen d’apprécier le risque encouru), le risque d’une crise encore plus profonde et violente existera.
En outre, il y a une hypocrisie fondamentale dans le fonctionnement de l’Europe. La Commission s’évertue à stigmatiser les comportements anti-libéraux des États Européens. Or, cette même commission a accepté que, pour des opérations qualifiées de temporaires, une entreprise applique à ses salariés des conventions collectives différentes selon que ces travailleurs sont nationaux ou pas. C’est un boulevard ouvert à la concurrence fiscale déloyale et, par suite logique, au protectionnisme déguisé. C’est ce que pratiquent nombre de pays européens. Le « chacun pour soi » hypocrite et déguisé est la règle de fonctionnement des pays européens. En l’absence d’un gouvernement économique fédéral européen, en l’absence d’une harmonisation des politiques fiscales et sociales, les initiatives que vont prendre les États seront immanquablement qualifiées de protectionnistes par ceux qui sèment le désordre. Les grandes déclarations de principe ou hypocritement indignées n’empêcheront pas que les égoïsmes nationaux vont prévaloir devant la crise qui s’étend … et que le pire est à craindre .

08 février 2009

Les relents de l’Histoire

Décidément, l’anti-sémitisme a la peau dure au sein des intégristes catholiques. Il est vrai que cette attitude est historique au sein de l’Église romaine, les persécutions des chrétiens envers les juifs trouvant sa source dans le refus primordial de ces derniers de reconnaître l’essence divine de Jésus. Cet « aveuglement » a servi de prétexte à toutes les exactions que le peuple juif a dû subir tout au long de son histoire. Le summum de l’horreur atteint par le régime nazi des années quarante n’a pas été suffisant apparemment pour que disparaissent les intégristes catholiques imbibés jusqu’à la moelle d’un l’anti-sémitisme hystérique. Dans la droite lignée des Robert Faurisson, « monsieur » Richard Williamson vient d’en donner la preuve et la levée de son excommunication par Benoît XVI devient, non seulement une énorme erreur, mais un vrai scandale. Cette erreur fait tristement écho au silence papal de Pie XII durant la seconde guerre mondiale. Ce silence, condamné par l’Histoire, était certes sous-tendu par la crainte d’un éventuel éclatement séparatiste du catholicisme allemand. Mais devait-on chercher à tout prix à conserver au sein de l’Église un catholicisme qui s’accommodait si facilement de telles horreurs ? Cet anti-sémitisme viscéral est aujourd’hui l’apanage des intégrismes de tout poil, qu’ils soient chrétien ou musulman. Qui, hormis apparemment le pape actuel, ne sait pas qu’intégrisme et négationnisme sont les deux faces d’une même médaille? La levée de l’excommunication de ces évêques intégristes est absolument incompréhensible : l’unité de l’Église catholique ne peut se faire au prix de n’importe quel renoncement.Peut-être Benoit XVI va-t-il réaliser ce que Pie XII voulait éviter, la scission des catholiques allemands !

07 février 2009

Le cri de la mouette


La mouette crie. C’est ainsi que l’on nomme ses vocalises si tant est que l’on puisse ainsi nommer son cri. Nous manquons d’imagination pour qualifier ce cri. Il n’y a certes rien de musical dans le piaillement de cet oiseau. Et pourtant, ce cri porte un air vif de liberté et de grands espaces. L’oiseau, en fait, ne crie pas simplement. Il faut savoir entendre sa joie d’être libre et de se jouer de l’espace en s’appuyant sur les souffles du vent. Regardez-le se laisser porter par les courants de l’air en inclinant simplement et savamment ses ailes qui s’orientent pour trouver la meilleure portance et, ainsi, la promesse d’un long voyage. Le cri de la mouette parle d’infini, d’horizons sans limites, de liberté sans entraves. Les pieds cloués au sol dans la misère du monde, nous regardons passer ce voyageur au long cours, ivre d’indépendance, libre de toutes contraintes.

04 février 2009

Deux livres poubelles

Deux livres viennent de paraitre dont le sujet est, dans les deux cas, un personnage du gouvernement ayant une notoriété certaine dans le public français. Il s’agit de la ministre de la Justice et du ministre des Affaires Etrangères. Il y aura toujours, dans le monde journalistique, des « fouille-merde » qui cherchent à construire leur propre petite renommée en se hissant sur les épaules de personnages qui les dépassent de plusieurs coudées, en fouillant dans les poubelles de la médisance. Ces personnages sont la honte du journalisme et je m’étonne que peu de journalistes ne s’élèvent devant de telles pratiques. Je m’abstiendrai de citer le nom de ces personnages car je ne voudrais en aucun cas participer à une quelconque publicité de ces derniers. Il est facile de voir que ces personnages sont à la recherche de leur propre notoriété et, en conséquence, de leurs moyens de vivre, en déversant une haine boueuse sur des personnages en vue. Plus ces derniers sont en vue et plus l’argent va tomber dans leur escarcelle, car en jouant sur la médiocrité des foules, ils sont certains de gagner à tous les coups. Fouiller dans les poubelles, travestir et déformer en interprétant les faits les plus minuscules et les plus insignifiants pour les transformer en monstruosités, telles sont les armes de ces individus malhonnêtes. J’exhorte ceux qui peuvent lire ces quelques lignes d’ignorer ces deux livres qui ne sont rien d’autre que deux pamphlets nauséeux.

01 février 2009

À quoi sert le Forum Economique Mondial ?

Les grands patrons de tous les secteurs d’activité sont réunis une fois de plus dans le pays symbole de l’argent-roi, la Suisse. Mais cette année, la crise mondiale est aussi au rendez-vous et se rappelle à tous chaque jour par des nouvelles plus graves les une que les autres et qui laissent accroire que cette crise n’en est qu’à ses débuts. L’angoisse envahit les peuples et le chômage commence à faire des ravages. Pendant ce temps, que se passe-t-il à Davos ? Les grands patrons se réunissent comme les membres d’une caste qui regarde le monde des « petits et des sans-grade » avec une arrogance méprisante. Le séjour d'un cadre dirigeant dans la prestigieuse station de ski suisse revient à plus de 50.000 dollars (38.500 euros). Les partenaires majeurs du Forum versent 435.000 dollars (335.000 euros) et peuvent envoyer cinq représentants. Malgré les difficultés que connaissent certains de ses membres, le Forum Économique Mondial ne semble pas souffrir de la crise et attend même 21 participants de plus que l'an dernier. Les plus grands esprits du monde libéral viennent discuter dans l’opulence, mais de quoi ? D'emblée, les échanges ont glissé vers la polémique relative aux bonus que l'UBS (Union des Banques Suisses) va distribuer à ses collaborateurs, malgré l'argent public injecté l'automne dernier dans le secteur bancaire. Jean-Pierre Roth, patron de la BNS (Banque Nationale Suisse) a défendu la décision en notant que le travail des collaborateurs méritait une récompense ! Dans le même temps, le Président américain s’indigne publiquement du comportement des patrons des plus grandes banques américaines cotées en bourse (Wall Street) qui, après avoir reçu l’aide massive du contribuable américain (850 milliards de dollars !), prennent immédiatement la décision de s’octroyer les plus gros bonus de leur histoire (15 milliards de dollars) ! Ainsi, le contribuable paie pour empêcher les banques de faire faillite et celles-ci confisquent cette manne sans vergogne. C’est ce qu’on appelle un détournement de fonds. En principe, ce délit est puni par la loi. À quoi servent les grands discours sur « la moralisation du capitalisme » lorsque la morale est totalement absente dans l’esprit des dirigeants d’entreprises ? Dépenser autant d’argent pour déverser des banalités faussement sincères est un outrage fait à tous ceux qui subissent directement les effets de l’inconséquence de ces dirigeants qui resteront impunis. Que voit le contribuable ? Il constate qu’il contribue à la reconstitution des fonds propres des banques qui, loin de jouer le jeu et de revitaliser les circuits économiques, se contentent de se servir et de faire de l’épargne de précaution, étant dans l’impossibilité d’évaluer la réalité de leurs actifs. Ces derniers sont, en effet, constitués de prêts dont il est impossible de savoir s’ils sont recouvrables. En effet, une récession transforme inévitablement un débiteur crédible en débiteur insolvable. De plus les fonds propres comprennent des produits financiers dits toxiques (on devrait dire aberrants) dont il est impossible de prévoir la valeur réelle à court terme et dont la pratique de la titrisation a renforcé considérablement l’opacité. Cette situation, si elle perdure, risque de provoquer chez le contribuable, c’est-à-dire le citoyen, une révolte justifiée qui peut prendre des formes extrêmement violentes. Les manifestations de Janvier en sont un premier symptôme que les syndicats ont été prompts à récupérer et qu’ils auraient tort d’attiser. Encore faudrait-il qu’ils privilégient enfin l’intérêt général sur le corporatisme.

29 janvier 2009

Une manifestation de l’angoisse

Deux millions et demi ou un million ? Jamais l’écart entre les appréciations du nombre de participants aux manifestations n’a été aussi grand. C’est le signe évident d’une forte politisation de ces manifestations. Les raisons annoncées de la participation à ces manifestations n’ont jamais, non plus, été aussi diverses. Pourtant, au-delà du discours souvent sommaire, il est aisé de distinguer un fond commun à ces revendications : une indignation compréhensible mais injustifiée, une inquiétude compréhensible et parfaitement justifiée. L’indignation trouve son terreau sur le fait « qu’on a donné des milliards aux banques alors que le pouvoir d’achat se détériore et que le risque de chômage augmente ». On peut comprendre que le salarié ne soit sensible qu’à l’apparence provocatrice des faits. Pourtant, la vérité est ailleurs. Ce n’est pas parce que le pompier pyromane a mis le feu qu’il ne faut pas tenter d’essayer d’éteindre l’incendie ! Les banques, les organismes financiers, les spéculateurs ont mis le feu à l’économie et, jamais, les responsables ne paieront assez cher leur forfaiture. La recherche d’une rentabilité du capital hors de toute raison, la mise sur le marché financier de produits tellement complexes et risqués que plus personne n’y comprenait rien, ajouté à une dilution du risque qui relève de comportements mafieux, sont les raisons de la faillite du système financier mondial et de la faillite de grands organismes financiers. Mais l’économie réelle ne peut pas fonctionner sans ces organismes. Il était donc vital d’éviter une faillite systémique généralisée de ces organismes. Le pompier a mis le feu, mais il faut éteindre l’incendie à tout prix. Le prêt aux entreprises, c’est-à-dire à l’économie réelle, est le nerf de la guerre. Mais les banques ne peuvent prêter que si, elles-mêmes, peuvent emprunter. Pour obtenir des prêts, ces organismes doivent avoir des fonds propres suffisamment importants. Or la capitalisation boursière des banques a été divisée par plus de deux depuis Septembre 2008. La nécessité d’augmenter les fonds propres de ces banques est donc une nécessité vitale, puisque c’est la condition incontournable pour qu’elles-mêmes puissent prêter aux entreprises. Voilà pour l’indignation.
L’inquiétude se manifeste quant à elle par le fait « qu’on continue de distribuer des dividendes aux actionnaires alors qu’on risque de perdre son travail ». Certes, les actionnaires des entreprises du CAC 40 ont perdu plus de 50% de leur capital avec la chute de la bourse. Il n’en reste pas moins vrai que leurs exigences démesurées portant sur des taux de rentabilité à deux chiffres depuis des décennies sont une des principales causes de l’expansion de cette économie-casino qui vient de s’effondrer. Ces responsables de la crise actuelle sont aussi coupables. L’économie-casino entraîne dans son effondrement la véritable économie, c’est-à-dire celle qui fait vivre le plus grand nombre. L’activité des industries automobiles a chuté de plus de 16% en France et de 50% aux USA depuis Septembre 2008. Quant aux équipementiers, certains ont vu leur activité s’arrêtait purement et simplement. On attend une augmentation du nombre de chômeurs de l’ordre de 300.000 durant 2009. Les spéculateurs sont vraiment coupables… et restent impunis. Là est le vrai scandale.
Un dernier mot concernant le programme alternatif de relance proposé par les socialistes. Ce programme diffère de celui du gouvernement essentiellement par son volet de relance de la consommation. Or, l’inquiétude ressentie par la population et qui s’est manifestée dans les défilés d’aujourd’hui est telle qu’elle va inévitablement pousser le salarié à épargner plutôt qu’à consommer. Il n’y aura donc pas de relance. Le Parti Socialiste, enfourchant une proposition démagogique, se trompe une fois de plus. Est-ce vraiment surprenant ?

28 janvier 2009

Où se niche la bêtise ?

Au journal de 13 h. d’aujourd’hui sur France Inter, à propos des manifestations de demain Jeudi 29 Janvier, la station de radio, dans le cadre d’un micro-trottoir, a sélectionné un certain nombre de déclarations dont celle d’un homme en colère qui disait : « J’ai du mal à boucler le mois avec mon enfant et pendant ce temps-là, Sarkozy n’arrête pas de faire des voyages ! C’est inadmissible ! ». On est confondu par autant de bêtise et l’on a envie de dire à ce monsieur :
« …Mais d’esprit, ô le plus lamentable des êtres,
Vous n’en eûtes jamais un atome, et de lettres
Vous n’avez que les trois qui forment le mot : sot ! »
Mais, à y réfléchir un instant, on peut se demander où se cache la véritable bêtise. Cet homme se bât avec les difficultés grandissantes de la vie et on peut comprendre que la colère altère son jugement. Mais quels sont les critères utilisés par la station de radio pour sélectionner cette déclaration au milieu de tous les micro-trottoirs réalisés pour cette émission ? Ce n’est certes pas la pertinence ni l’intelligence de la dite déclaration. Alors ? Il reste l’envie de la provocation pour alimenter l’audience à tout prix. Aurait-on les médias les plus bêtes du monde ?

26 janvier 2009

Le paravent des moyens

Une convergence des mécontentements semble se dessiner dans la société française. Les chercheurs, les médecins des hôpitaux, les enseignants, les magistrats, les psychiatres, les fonctionnaires du système pénitenciers se retrouvent dans une protestation commune contre les réformes engagées ou envisagées par le gouvernement. On pourrait s’étonner de cette communauté de récriminations, compte tenu de la diversité des critiques exprimées. Pourtant, en y regardant d’un peu plus près, la logique de ce regroupement apparaît facilement. Toutes ces corporations s’insurgent contre le fait que les réformes veulent battre en brèche ce qui leur sert de paravent à la prise de responsabilité : le manque de moyens. Tous les dysfonctionnements sont « expliqués » sinon justifiés par ces corporations par un soi-disant manque de moyens. La Recherche veut davantage de subsides, les médecins réclament davantage de moyens financiers pour les hôpitaux, les enseignants réclament toujours davantage de postes en refusant depuis des décennies toute réforme, les magistrats expliquent les dysfonctionnements de la justice par le manque de moyens de celle-ci, les psychiatres enfourchent le même train revendicatif, les gardiens de prison expliquent les suicides par le manque de moyens. Si la justice commet de graves erreurs, si l’Éducation Nationale échoue à éviter l’échec scolaire et social, si les psychiatres commettent des erreurs de diagnostics qui conduisent les juges à l’erreur judiciaire, si les hôpitaux sont le siège d’erreurs fatales pour les patients, si les gardiens de prisons ne s’aperçoivent pas des tentatives répétées de suicide, tout cela n’a, aux yeux de ceux qui récriminent, qu’une seule cause : le manque de moyens. Quelle explication commode pour éviter de mettre en cause la moindre responsabilité personnelle ou collective ! Au nom de ce manque de moyens, ces corporations refusent alors violemment tout changement, toute évolution. La résistance au changement n’est plus un handicap, mais devient une valeur et un drapeau. La société court ainsi le risque majeur de la sclérose pendant que le reste du monde change plus rapidement que jamais. Les faillites d’entreprises se multiplient, le pays s’enfonce dans une dette qui devient abyssale mais cela ne fait naître aucune réflexion au sein des syndicats qui continuent à clamer leur seule et sempiternelle réclamation : l’augmentation des salaires et des moyens. L’aveuglement promet un réveil douloureux, voire un cauchemar éveillé.

22 janvier 2009

La Bourse ou la vie

L’activité économique n’est autre que celle des hommes. Il est donc étonnant de constater que nous subissons la crise économique actuelle comme si nous n’y pouvions rien. Si nous subissons les méfaits de ce que nous faisons, pourquoi ne suffit-il pas de faire différemment pour que tout reparte et que la crise disparaisse ? Pourquoi ? Parce qu’il est trop tard. Pendant plus de vingt ans, nous avons fait semblant. En effet, nous avons laissé se développer une activité qui n’avait rien à voir avec le travail des hommes. Je veux parler de l’activité financière où certains acteurs ont inventé des jeux subtils et complexes pour eux seuls et qu’ils étaient seuls capables de pratiquer. Ils ont été les seuls joueurs d’un jeu illusoire, créant de soi-disant richesses fictives par la simple circulation d’une monnaie fictive et entièrement dématérialisée qui s’est multipliée comme un cancer mortel. De plus, cette activité empoisonnée a supprimé ce qui est la source naturelle de tout ce qui est vivant, à savoir le temps. La conséquence immédiate de cette suppression a été la prolifération incontrôlée d’une monnaie cancérigène et le développement de comportements voyous et immoraux des acteurs de ce jeu mortifère. Un monde factice s’est ainsi créé dont le seul avenir possible était de s’effondrer lorsque la réalité aurait enfin repris ses droits. C’est ce qui se passe aujourd’hui. Les richesses créées par cette activité factice disparaissent comme neige au soleil. La crise que nous subissons est un simple réajustement au niveau des activités et des productions réelles. C’est donc un recul incontournable et il est à craindre que les plans dits de relance n’y pourront rien. Que constate-t-on ? Que les (ir)responsables de cet effondrement, qui commence à provoquer des ravages chez les plus faibles et les plus démunis, restent impunis de ce crime contre l’humanité entière. Le système bancaire est responsable de la circulation monétaire comme le cœur est responsable de la circulation sanguine. L’un et l’autre sont indispensables, celui-ci à la vie biologique, celui-là à l’économie et à la vie sociale. Alors, pourquoi ceux qui ont provoqué l’infarctus du système bancaire n’ont-ils aucun compte à rendre et pourquoi ne sont-ils pas derrière les barreaux ? Un médecin qui est responsable d’un arrêt cardiaque chez un de ses patients est traîné en justice et doit réparation. Pourquoi tous ces irresponsables de la finance mondiale échappent-ils au jugement des hommes qu’ils ont plongés dans des difficultés sans nom ? De plus, cette crise relève du phénomène de prophétie auto-réalisatrice comme il existe à la Bourse. Les acteurs, anticipant la venue de difficultés, prennent des décisions qui aggravent les effets de la crise et poussent ainsi les décideurs à renforcer encore leurs mesures restrictives. C’est le même phénomène bien connu de la Bourse. La critique systématique et violente des actions du gouvernement crée un manque généralisé de confiance dans l’avenir et participe ainsi au comportement autodestructeur des acteurs économiques. Alors, la Bourse ou la vie ?

21 janvier 2009

Le ridicule ne tue plus

Après avoir clamé que le plan de relance du gouvernement était insuffisant, voire inadéquat, le Premier Secrétaire du Parti Socialiste vient de proposer une alternative « révolutionnaire » à ce plan. Il s’agit d’injecter dans l’économie 50 milliards d’Euros, dans l’investissement et le pouvoir d’achat. De qui se moque-t-on ? Qui trouvera d’une imagination sans borne le fait de doubler le montant proposé par le gouvernement ? Rappelez-vous que les socialistes ont sévèrement critiqué, en son temps, le déficit budgétaire. Voilà maintenant que ce déficit, non seulement ne pose plus de problème, mais que,par un raisonnement bancroche, son aggravation est la solution miracle proposée. Savez-vous que j’ai un plan encore plus révolutionnaire ? Je propose de porter ce montant à 75 milliards d’Euros !! Et d’ailleurs, pourquoi s’arrêter là ? Décidément, il est évident que le Parti Socialiste n’a absolument rien de crédible à proposer et que son seul moyen d’exister est d’empêcher le fonctionnement normal du Parlement en inondant les débats d’un déluge d’amendements tous plus ridicules les uns que les autres et en se drapant dans le drapeau de la démocratie pour justifier cette attitude parfaitement irresponsable. Les socialistes sombrent dans le ridicule et la calembredaine et ils s’imaginent que personne ne s’en aperçoit !

20 janvier 2009

Obamania

Le monde, essentiellement les mondes occidental et africain, est envahi par une hystérie irréfléchie due à l’arrivée à la Maison Blanche du nouveau président américain. À écouter les commentaires, le nouveau messie est arrivé ! Le monde, en pleine déconfiture et angoissé par la crise sans précédent qui s’amorce, cherche désespérément à se rassurer avec l’arrivée d’un homme providentiel. Certes, Barak Obama a fait de très beaux et importants discours. Mais des discours restent des discours. Et nous devrions savoir, ô combien, qu’il y a toujours loin des discours à l’action. Cet homme, certes premier président américain noir, est avant tout américain. Ses priorités seront donc essentiellement américaines. De plus, les contingences du moment vont nécessairement s’imposer à lui comme au reste du monde et elles vont mettre un frein sérieux aux rêves un peu fous qu’Obama a suscités. Les Européens espèrent que la crise économique va disparaître par enchantement grâce à un redémarrage miraculeux de l’industrie américaine. Les Africains rêvent que leur continent va enfin sortir de l’impasse et de la déréliction dans lesquelles il est plongé depuis toujours par la seule volonté du Président américain. Le monde est malade et espérer sa sédation par la seule action de Barak Obama est une pure utopie. Il se préoccupe du sort de Guantanamo, réfléchit au retrait de l’Iraq, envisage de rénover les relations entre les USA et le reste du monde, toutes ces préoccupations sont essentiellement tournées vers l’Amérique. Certes, lorsque l’Amérique éternue, le monde s’enrhume. Lorsque l’Amérique retrouvera une économie prospère, le monde ira mieux. Mais, tout en étant certain qu’il essaiera, absolument rien ne garantit qu’Obama réussisse. Le monde espère un renouveau miraculeux américain, alors que l’état de l’industrie est absolument catastrophique et qu’il faudra longtemps avant que la situation s’améliore. Certes, nous allons assister à un « new New Deal », semblable à celui que Roosevelt a mis en œuvre en 1933. Mais, à cette époque, le monde était encore cloisonné et l’Amérique relativement à l’abri des convulsions du monde. Il faudra attendre 1940 pour que Roosevelt se tourne enfin vers l’Europe. Aujourd’hui, le monde est ouvert et la métaphore du papillon a toute sa valeur. Il est à craindre que la déception soit à la hauteur du rêve. Le pire n’est jamais sûr, mais comme disait Nietzsche : « Votre situation est difficile, mais rassurez-vous, le pire est à venir ».

18 janvier 2009

Einstein a raison

Einstein disait : « Il y a deux infinis : l’Univers et la bêtise humaine ; et encore, pour l’Univers, je n’en suis pas sûr ». Le monde vient de nous donner la preuve de la profonde vérité de cet aphorisme. Le conflit du Moyen-Orient entre les Palestiniens et Israél trouve ses racines dans des motivations parfaitement imbéciles. D’une part, la permanence de l’envoi de rockets sur les villages israéliens tombant au hasard au sein de la population civile est, évidemment insupportable pour n’importe quel pays et ne peut que provoquer une réaction. Qui supporterait d’avoir ses enfants en permanence sous une telle menace. Le Hamas savait donc pertinemment que son action devait provoquer une réaction violente d’Israél qui n’est pas vraiment connu pour subir sans réagir. Il n’y a donc aucun doute sur le fait que le Hamas a voulu ce sanglant épisode et ceci pour des motifs qui viennent d’ailleurs, c’est-à-dire de l’Iran. Dans le bras de fer qui oppose l’Iran aux USA et, donc à Israél, le Hamas est le supplétif docile d’un président iranien totalement irresponsable. C’est ainsi la folie (au sens propre) d’un homme qui a conduit aux drames que les palestiniens viennent de vivre … et vivront encore. De son côté, Israél a trouvé dans cette nouvelle guerre le prétexte pour essayer d’effacer des mémoires son échec au Liban face au Hezbollah. Peut-il y avoir justification plus stupide qu’un amour-propre qui fait bon marché des vies humaines ?
Moins grave mais encore plus grotesque, la seconde démonstration de cette stupidité humaine est le conflit gazier qui oppose l’Ukraine et la Russie. Le monde ne fonctionne et les populations ne vivent que par la consommation (d’ailleurs non maîtrisée) d’énergie. Les pas de clercs du Premier Ministre russe et du Président Ukrainien pour trouver une solution à un conflit soi-disant commercial ont sombré dans le ridicule le plus grand. Qui ne sait que la Russie a trouvé là le moyen de manifester sa mauvaise humeur devant le rapprochement de l’Ukraine, ancien vassal de l’URSS, et de l’Europe ? Pendant que les plus hauts responsables de ces deux pays jouent une pièce de théâtre absurde, les pays d’Europe de l’Est en subissent sans raison les conséquences. Les usines s’arrêtent, l’économie vacille, les populations souffrent sans moyen de se protéger des effets climatiques rigoureux.
Toute une partie du monde construit des châteaux en Espagne sur l'arrivée du nouveau Président des Etats-Unis. Il est à craindre que les grandes et belles idées, l'idéalisme de B.Obama ne s'écrasent bientôt sur les contingences incontournables que sont la bêtise et la violence, caractéristiques génétiques de l'espèce humaine !
Einstein a raison : l’Univers est fini !

14 janvier 2009

Le syndicat voyou

La CGT est connue du public pour être un syndicat nourri à la géviculture. Mais le progrès ne s’arrête pas. Il y a maintenant le syndicat voyou. SUD-RAIL, non content de semer perpétuellement le désordre à Marseille, vient de se livrer à un véritable acte de vandalisme à la Gare Saint-Lazare de Paris obligeant la direction de la SNCF à fermer le bâtiment– ce qui est une première dans l’histoire des chemins de fer – pour éviter un drame dû à l’exaspération des voyageurs après un mois de grève, si tant est que ce mot est encore un sens pour ce syndicat qui ne rêve que de trains à l’arrêt ! La loi impose un service dit minimum. Peut-être y a-t-il un défaut de compréhension de la part de ces syndicalistes qui ont dû comprendre que le minimum était le "zéro-train" ! La proximité des élections syndicales plonge SUD-RAIL dans l'hystérie et l'entraîne dans des voies inadmissibles. La CGT a longtemps été la courroie de transmission du parti communiste. Aujourd'hui, SUD-RAIL est la courroie de transmission de l'extrème gauche et d'Olivier Besancenot. Ce sont des pratiques d'un autre âge. La société ne peut accepter de tels comportements qu’aucune argutie ne peut justifier. La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres, dit-on. Ainsi, la liberté des syndicalistes doit s’arrêter là où commence l’obligation de déplacement des utilisateurs de la SNCF. Le jusqu’au-boutisme et la surenchère n’ont jamais été payants et l’on peut espérer que ce qui vient de se passer est le premier pas vers la disparition d’un syndicat indigne. Las ! Il ne faut pas rêver !

Ce qui vous attend !!

Le temps est une notion pleine d’ambiguïté et de mystère. Sa nature, sa naissance sont autant de questions sans réponse pour les physiciens. Étroitement imbriqué avec les dimensions d’espace dans l’espace-temps qui est le nôtre, sa particularité de n’avoir qu’une direction le rend étrange. Les physiciens utilisent le concept de temps pour décrire le monde, encore que leur temps est assez particulier puisqu’il est réversible, ce qui leur permet de le manipuler de la même façon que les coordonnées spatiales. Mais nous-même en sommes le jouet. Nous subissons le passage d’un temps physique alors que nous ressentons un écoulement différent d’un temps psychique avec un décalage de plus en plus grand entre ces deux concepts. Le temps physique est un voyou ; il passe pendant qu’on a le dos tourné. Depuis un siècle, l’espérance de vie augmente de façon considérable et le sentiment du vieillissement devient de plus en plus ténu. Le décalage entre le réel et le ressenti s’accroît et nous avons l’impression d’être adolescent au mitant de la vie et de devenir majeur lorsque nous sommes déjà vieux et que les souvenirs deviennent plus nombreux que les projets. Ce décalage se paye avec le sentiment grandissant et nostalgique de n’avoir pas su mesurer correctement la valeur des évènements passés au moment où ils se sont produits. De plus, l’âge physique sait se rappeler à notre attention en nous accablant de multiples déboires comme les acouphènes et les ASB, la vue qui baisse et la DMLA, l’arthrose et l’abandon de la course avant celle de la marche, le diabète, le cholestérol et l’hypertension, les dents douloureuses, les nuits perturbées par l’hypnagogisme et de plus en plus courtes et les jours de plus en plus fatigants, les AVC, l’impuissance inquiétante, la mémoire qui flanche et les noms qui s’effacent, le souffle qui s’accourcit, le cœur qui fatigue, l’alopécie sournoise, l’abasie, l’astasie, l’adipsie, l’anosmie ou l’agueusie, sans oublier l'apopathodiaphulatophobie … Ces incidents de la vie mature et les handicaps dont ils sont la cause rendent encore plus démesuré et décourageant l’écart ressenti entre le physique et le psychique. Peut-être faut-il attendre de perdre la mémoire pour retrouver l’apaisement ?

12 janvier 2009

L’instantanéité, une erreur ?

La formidable crise systémique que connaît actuellement le monde entier (des USA à la Chine en passant par l’Europe) a eu comme origine une faillite du système financier. Or, quelle est la caractéristique de ce système ? L’instantanéité. Le système bancaire est indispensable au système économique de la même manière que le système sanguin est indispensable au corps humain. Sans lui, l’économie est en état létal. Or, depuis le milieu du XXème siècle, les hommes se sont efforcés, dans toutes leurs activités, non pas de supprimer le temps, ce qui est hors de portée, mais de raccourcir la « durée ». Tout doit aller de plus en plus vite. Les hommes ont ainsi inventé le juste-à-temps, le temps réel, la grande vitesse et ont appliqué ces principes et concepts à toutes leurs activités : industrielles, de déplacement, de traitement de l’information. Même dans le domaine de l’alimentation, ils ont inventé le « fast-food » ! Mais c’est dans le domaine du traitement de l’information que la réduction drastique de la durée a été portée à son apogée. Le traitement informatique de l’information a supprimé totalement le concept de durée pour le remplacer par celui d’instantanéité. Et c’est dans le monde de la finance que cette instantanéité est utilisée de façon permanente. Les flux monétaires circulent autour du monde sans aucun délai. En rapprochant ce fait avec la quasi-faillite généralisée du système à laquelle nous avons échappé de justesse (mais non sans en subir les conséquences), on peut se demander si l’instantanéité est un concept qui n’induit pas obligatoirement l’écroulement du système. Nous vivons dans un monde systémique, puisque globalisé et interconnecté. Si donc un dysfonctionnement se produit dans ce système, l’instantanéité induit un écroulement immédiat de l’ensemble. L’instantanéité a mis le monde en état d’équilibre dangereusement instable. Et un équilibre instable se caractérise par le fait qu’une cause infiniment petite provoque le collapsus généralisé du système.
L’évolution a mis 4 milliards d’années pour « inventer » le vivant et 7 millions d’années pour construire un système aussi complexe que le corps humain. La nature, dans son fonctionnement, a besoin de durée pour assurer une succession des saisons qui permettent à la nature de croître et d’évoluer. Le corps humain (comme celui des autres organismes vivants) a besoin de temps pour fonctionner normalement. La croissance, le sommeil, la digestion, le développement cérébral, la gestation sont autant d’activités des organismes vivants pour lesquelles la durée est une obligation vitale. Comment ne pas penser alors que l’instantanéité conduit inéluctablement à la catastrophe car contraire à l’essence même de la vie ? La véritable rénovation que les politiques nous promettent ne devrait-elle pas être de réintroduire la durée dans les activités humaines ? Cela permettrait, au moins, de réfléchir avant d’agir !! Le temps c’est de l’argent, dit-on en voulant dire que le temps est coûteux. Ne devrait-on pas dire : le temps c’est la vie ?

09 janvier 2009

Un débat factice

Le débat sur la suppression de la publicité à partir de 20 heures sur les chaînes publiques ne passionne que deux populations bien définies : les hommes politiques de l’opposition et les journalistes des médias. Les plus concernés, c’est-à-dire les consommateurs de la télévision, restent complètement indifférents au problème.Peut-être même, sont-ils assez satisfaits. Les politiques ne voient dans ce débat qu’une occasion de plus pour s’opposer frontalement au Président de la République, et les journalistes sont, comme toujours, farouchement nombrilistes. Les premiers s’inquiètent (noble sentiment) du financement des chaînes publiques malgré l’engagement du gouvernement et s’indignent de la nomination, mais plus encore de la révocation possible, des présidents de chaînes par le Président de la République. Faute d’avoir la volonté ou la capacité de réfléchir au devenir de la société française, ils s’emparent avec soulagement d’un sujet qui leur permet, tant bien que mal, d’exister médiatiquement. Qui peut croire un seul instant que l’hypocrisie actuelle du fonctionnement du CSA est une meilleure solution ? Qui a oublié les pressions que F. Mitterrand a exercées sur ce Conseil pour la nomination et la révocation des présidents de chaînes ? Pourquoi la nomination d’un président de chaîne par le Président de la République serait-elle plus scandaleuse que celle des procureurs généraux et serait-elle plus attentatoire aux libertés que le fait que le Président de la République assume la présidence du Conseil Supérieur de la Magistrature ? Il est logique que les actionnaires que nous sommes soient, non seulement représentés au sein du conseil d’administration des chaînes publiques, mais y exercent notre pouvoir de nomination et de contrôle. Or, les actionnaires sont aussi des citoyens. Qui peut représenter les citoyens ? Quelle est la solution la moins hypocrite, tant est qu’en la matière il ne faille pas rêver ?
La télévision est médiocre, quoiqu’en disent les animateurs et journalistes. Les programmes sont majoritairement indigents, tournés pour la plus grande part vers le monde factice et éphémère du spectacle, ce dernier étant fabriqué de toutes pièces par les groupes industriels médiatiques qui fabriquent leurs « produits » médiatiques comme une collection de prêts-à-porter. Le nombrilisme et le narcissisme étant les deux plus grandes vertus du monde télévisuel, on ne compte plus les émissions de télévision qui parlent … de la télévision. La multiplicité des chaînes n’a, en aucune façon, renouvelé l’offre télévisuelle, les mêmes feuilletons ou émissions de soi-disant divertissement passant d’une chaîne à l’autre sans vergogne. La diminution (car il ne s’agit nullement de sa suppression) de la publicité envahissante et, presque toujours parfaitement imbécile, ne peut être que bénéfique pour le plus grand nombre … à condition qu’une drogue abêtissante ne soit pas remplacée par une autre ! Il faut bien admettre que la stupidité est le trait commun à toutes ces publicités. Supporter pendant des demi-heures entières des problèmes d’odeurs corporelles, de tignasses en tout genre, de problèmes de transit intestinaux et de maladies diverses, de dentiers ayant une fâcheuse tendance fugueuse, d’oreilles pleines de cochonneries, de yaourts qui soignent, de margarines qui permettent de devenir champion de ping-pong, etc…, etc… est-il le meilleur moyen de communiquer avec le citoyen ? Est-on à ce point intoxiqué que l’on ne pourrait plus se passer de ces idioties ?
Plutôt que de chercher des arguties sur le financement, les gens de la télévision et les hommes politiques devraient réfléchir aux conditions nécessaires à la production d’émissions de qualité. Et en ce domaine, le travail est immense !

02 janvier 2009

Suicide et liberté

Le suicide est-il l’ultime liberté de l’homme, comme le disent les tenants du droit à mourir ? Dès que posée, cette question en soulève une autre, complémentaire et indissociable : Est-on vraiment libre lorsque l’on décide de se suicider ? Assommé par une douleur insupportable, l’esprit centré en permanence sur la souffrance, l’homme n’exerce plus vraiment son libre-arbitre. Il est devenu l’esclave de la douleur, et un esclave n’est jamais libre. Pour lutter contre cet esclavage, tout doit être fait pour anesthésier la douleur. Là est la véritable mission du médecin. Si tout est fait dans ce sens, il devient justifié que les soins palliatifs conduisent, sans souffrance, à la mort. L’euthanasie est un cas de conscience pour tout médecin confronté à une demande de mourir. Par contre, la lutte contre la souffrance devrait être une ardente obligation et se substituer à « l’obstination déraisonnable » (loi Leonetti). C’est le chemin qui évite au médecin une aporie douloureuse. Les membres de l’ADMD (Droit à mourir dans la dignité) devraient se battrent, non pour obtenir la légalisation de l’euthanasie, mais pour obtenir l’obligation de dispenser des soins palliatifs adaptés à toute personne dans la souffrance.
Il reste le cas de la déchéance inconsciente et indolore. Devant une personne chère dont l’état mental et physique défie le bon sens, qui ne jure de ne jamais se retrouver dans un tel état de déchéance inconsciente ? Qui ne dit « plutôt mourir que de devenir ainsi ! ». La première question que l’on doit se poser (mais qui reste sans réponse) est de savoir si la souffrance morale est vraiment absente dans de tels cas. Quelqu’un qui ne reconnaît plus ses proches reste-t-il indifférent à cet effacement de sa mémoire ou lui reste-t-il suffisamment de conscience pour se rendre compte de cet état de choses et en souffre-t-il ? La formulation de l’idée, voire la parole claire, peut manquer pour exprimer cette souffrance. Sans manifestation évidente de la souffrance du malade, il reste toujours celle des proches devant la déchéance progressive d’un être aimé, qui peut être parfaitement insupportable. Mais ce domaine est totalement étranger à celui du médecin qui ne trouvera jamais la justification d’un acte d’euthanasie demandé par les proches du malade en dehors du cadre législatif actuel. La loi Leonetti ouvre en effet une voie partielle à ces douloureux problèmes en donnant au malade conscient le droit de demander l’interruption des soins, soit directement soit par l’intermédiaire d’un proche mandaté par lui-même pour cette demande.
Pour qui le spectacle de la déchéance d’un être cher n’est-il insupportable ? Chacun veut, à juste titre, préserver l’image de lui-même laissée à ses proches et tous, nous voulons leur éviter la souffrance d’une lente attente avant une fin libératrice pour tous. Lorsque ceux-ci demandent au médecin un acte d’euthanasie, est-ce au nom de cette volonté supposée du malade ou pour supprimer leur propre souffrance ?

22 décembre 2008

La controverse climatique

L’élévation de la température moyenne n’a fluctué que de 0,2 degré entre l'an mille et la fin du XIXe siècle, alors qu’elle est en augmentation de 0,6 degré depuis la fin du XIXe siècle. La Terre se réchauffe donc et comme la température de la Terre est beaucoup plus basse que celle du Soleil, notre planète réémet cette énergie sous forme de rayonnement infrarouge. Or, certains gaz de l'atmosphère comme le dioxyde de carbone, le méthane et le protoxyde d'azote, bien que transparents dans le domaine visible, sont opaques à la lumière infrarouge, ce qui empêche la diffusion de cette énergie thermique dans l’espace et la confine en dessous de l’atmosphère terrestre, provoquant cette augmentation de la température. La concentration du dioxyde de carbone dans l'atmosphère a augmenté de 30% depuis le début de l'ère industrielle. Si tout le monde s’accorde pour dire que réchauffement climatique est une réalité, la controverse existe sur les causes de ce réchauffement et parfois même sur les conséquences. L’essentiel du problème vient du fait que le processus est systémique, c’est-à-dire qu’il est pratiquement impossible d’isoler un effet particulier pour en étudier les effets directs. Il est impossible de comprendre le fonctionnement du corps humain sans prendre en compte la totalité des différents sous-systèmes dont il est composé : système nerveux, système sanguin, système musculaire, système respiratoire, etc …
Le système climatique comporte un très grand nombre de variables et de paramètres, ce qui le rend complexe (ne pas confondre complexe et compliqué). La complexité d’un système se mesure globalement, non seulement au nombre de paramètres entrant en jeu mais aussi, et surtout, au nombre d’interactions entre ces paramètres. Tout le monde est à peu près d’accord pour dire que l’industrialisation entraîne une augmentation de la teneur en CO2 de l’atmosphère qui provoque ainsi une augmentation de l’effet de serre, c’est-à-dire une augmentation de la température moyenne. Ce réchauffement de l’atmosphère est la cause de celui des océans dont le niveau augmente par simple effet de dilatation thermique d’une dizaine de centimètres. Ce chiffre peut sembler bien faible, mais il est suffisant pour, dés aujourd’hui, mettre en danger les populations des îles du Pacifique et des régions de deltas fluviaux. Des mouvements de population sont donc prévisibles sans que l’on en connaisse vraiment toutes les conséquences. Il existe bien d’autres exemples de ces cycles systémiques intérieurs au système climatique. Par exemple, la cupidité humaine et l’augmentation de la population mondiale sont les causes partielles de la déforestation galopante entraînant une diminution de l’absorption carbonique de la végétation et donc une augmentation de la teneur en CO2 de l’atmosphère aggravée par la combustion des bois. L’augmentation de la température atmosphérique résultante provoque un réchauffement des permafrosts, pièges de l’hydrate de méthane instable au réchauffement, dont le dégazage du méthane (CH4) produit un gaz à effet de serre beaucoup plus important que celui du gaz carbonique. De même, l’augmentation de la température provoquant celle des océans est la cause de la fonte des calottes glaciaires aggravant la montée de leur niveau moyen, diminuant la réflexion thermique (l’albédo) vers la haute atmosphère ce qui renforce encore l’effet de serre. La quantité de glace d’eau douce de l'Antarctique, déversée dans les mers, a augmenté de 75% durant les dix dernières années. L’augmentation de la température des océans est vraisemblablement la cause de l’aggravation du phénomène El Nino qui provoque à la fois la perturbation des vents alizés, sécheresses et inondations alternativement en Australie et au Pérou, phénomènes qui entraînent une réduction de la production agricole dans certaines zones de la planète, cause de famine grave. La sécheresse de plus en plus prononcée de zones peuplées entraîne une surconsommation des eaux souterraines pour les besoins d’une irrigation qui s’accompagne d’une utilisation intensive d’intrants chimiques accentuant ainsi la pollution des nappes phréatiques. Cette augmentation de la température des océans est aussi la cause de la mort des coraux formant barrière de certains atolls contre l’assaut des vagues océanes, menaçant ces îlots dont certains sont peuplés de disparition totale. Elle entraîne également celle de l’évaporation des eaux océanes d’où une amplification des précipitations qui provoque un ravinement des terres arables aggravant la réduction de certaines productions agricoles et l’apparition des famines. L’océan est un très important absorbeur de gaz carbonique, mais à condition que la température des couches d’eau superficielles ne soit pas trop élevée. Le réchauffement océanique provoque donc une diminution de cette absorption de CO2 qui se concentre donc dans l’atmosphère.Ce même réchauffement, associé à la fonte de la glace d’eau douce de la calotte glaciaire du Groenland, a une autre conséquence : celle du ralentissement de la circulation thermoaline, c’est-à-dire de la circulation des eaux froides profondes des océans, cause principale de la circulation générale des courants marins. Le risque encouru est un ralentissement de ces courants, donc du Gulf Stream qui en fait partie, avec toutes les conséquences climatiques que l’on peut imaginer sur la partie occidentale de l’Europe dont le climat est tempéré grâce à ce courant. Certains pays, en Amérique latine, ne doivent leur eau potable qu’aux glaciers. Le recul de ceux-ci est une grave menace pour ces populations. Enfin, ce réchauffement des eaux océanes provoque la disparition du phytoplancton, donc celle du zooplancton et, par conséquent, a des répercussions importantes sur l’ensemble de la chaîne alimentaire halieutique (comme les requins ou la morue) et terrestre (comme l’ours blanc). La désertification de certaines zones de pêche a déjà provoqué des confrontations entre les flottes de pêche nationales. Ceci ira en s’aggravant.
Tous ces exemples d’interactions ne couvrent pas la totalité du problème. Il faut également tenir compte de paramètres telles l’augmentation de la population urbaine, l’imperméabilisation des sols, l’augmentation des précipitations et des phénomènes cycloniques, de l’effet du gaz carbonique sur la croissance de la végétation, l’activité solaire, etc… Enfin, ce qui complique encore la situation est l’existence de rétroactions positives comme l’abaissement possible des températures de l’Europe de l’Ouest dû au ralentissement du Gulf Stream, la croissance accrue des végétaux par absorption de gaz carbonique abondant, augmentant ainsi l’importance du puit de carbone que représente la forêt. La déforestation accroît les surfaces cultivables, permettant de réduire les risques de famine. L’ensemble du processus est donc extrêmement complexe et les avis tranchés en la matière sont parfaitement présomptueux.
Les experts péremptoires devraient faire preuve de davantage de modestie et s’imbiber de la science systémique.
Un oranger sur le sol irlandais, on ne le verra jamais.
Un jour de neige embaumé de lilas, jamais on ne le verra.
C’est ce que dit la chanson, mais rien n’est moins sûr…

18 décembre 2008

Disqualifié !

Monsieur N. Mamère appelle à la désobéissance civile à propos de la réforme de la télévision publique. On peut se demander si Monsieur N. Mamère a bien le sens des mots … ou de la morale. Monsieur N. Mamère est (hélas) un élu de la République et siège dans le saint des saints de la démocratie, l’Assemblée Nationale. La démocratie est le règne de la majorité, et l’Assemblée tout entière est responsable des lois votées par cette majorité. Nous sommes dans un État de droit, grâce à Dieu ! Peut-il y avoir pire crime, pour un représentant de la nation, que d’appeler au non respect des lois ? C’est ce que vient de faire Monsieur N. Mamère en appelant à la désobéissance civile sur les antennes publiques de Radio France. Voilà donc un parlementaire qui vient, douillettement, poser son arrière-train dans son fauteuil de député, qui accepte sans barguigner ses émoluments d’élu de la Nation et qui se permet d’appeler à la désobéissance civile ! Le prenant au mot, j’appelle donc les contribuables de la commune de Bègles à la désobéissance civile et à refuser de payer leurs impôts locaux ! Une telle attitude est parfaitement irresponsable et montre un dysfonctionnement grave des fonctions intellectuelles de Monsieur N. Mamère. Avec un tel handicap, est-il raisonnable que ce monsieur siège à l’Assemblée Nationale ? Pour justifier son appel, ce monsieur fait référence aux actions de José Bové dans sa lutte contre les OGM. Aussi critiquable que soient ces actions, la différence essentielle est que José Bové a pris ses risques et a payé en conséquence en répondant de ses actes devant la loi. Monsieur N. Mamère incite les autres à la désobéissance civile, se gardant bien de prendre aucun risque personnel. Décidément, ce monsieur est totalement disqualifié.

13 décembre 2008

Ce sont des terroristes

Madoff, vous connaissez sûrement. Le patron de la bourse des valeurs technologiques de Wall Street a escroqué le monde entier de 50 milliards de dollars. Pendant des années, le mode de la finance a porté aux nues cet escroc pendant qu’il dépouillait ceux qui lui faisaient confiance. Si vous aviez encore un doute, celui-ci n’est plus permis : tous les acteurs du monde de la finance sont des criminels. On en vient à regretter que les gouvernements de la planète se soient portés au secours d’un système aussi corrompu à coup de milliards de dollars que les contribuables devront rembourser un jour ou l’autre. Cela donne envie de crier « vive Besancenot ! ». Et que croyez-vous qu’il se passe au sein des organismes financiers américains ? Les prêts dits « subprimes » ont déjà repris des couleurs et sont toujours mis sur le marché préparant la prochaine tempête financière et économique. Nous n’aurons pas le temps de sortir de la crise actuelle dans laquelle ils nous ont plongé qu’ils nous noieront dans la suivante. Ces gens-là sont de véritables terroristes. Bernard Madoff a été arrêté puis libéré par le versement d’une caution de 10 millions de dollars. Si ses victimes ont tout perdu, cette caution immédiatement payée montre que ce voyou n’est pas à la rue ! Décidément, non seulement le système capitaliste financier a perdu la boule, mais il fonctionne grâce à une armada d’escrocs internationaux… comme la mafia !

09 décembre 2008

A chacun son Tibet

Le Tibet est à la Chine ce que le pays Basque est à l’Espagne ou la Corse à la France. C’est, avant toute chose, une partie inséparable du territoire. Ensuite, c’est une culture, une langue et une religion. Au Pays basque espagnol, c’est aussi une culture, une langue et une histoire religieuse différentes de celle de l’Espagne. En Corse existent aussi une culture et une langue vernaculaires vivaces. Pour autant, l’Espagne et la France rejettent totalement l’idée d’une indépendance de ces territoires (même si, parfois, laisser les Corses prendre leur indépendance est une idée qui « titille » certains métropolitains !). La Chine n’envisage pas, non plus, l’indépendance et la séparation du Tibet, d’autant plus que ce pays représente environ 30% du territoire chinois. Imagine-t-on possible que la France se sépare du tiers de son territoire ? Jamais la Chine n’acceptera l’indépendance du Tibet. On reproche au gouvernement chinois de mettre en place une sinisation du Tibet par l’implantation de chinois de plus en plus nombreux au Tibet. Reproche-t-on à la France de laisser ses métropolitains s’installer en Corse ? Abandonnant l’idée d’indépendance, on pourrait croire que l’autonomie est une voie pour le Tibet. Le Pays Basque espagnol nous donne un exemple de ce statut. Tout est dans le degré d’autonomie accordé, c’est-à-dire des domaines dans lesquels peut s’exercer l’autorité locale sans intervention du niveau central. N’oublions pas, afin de ne pas bâtir des châteaux en Espagne (!), que la Chine est une dictature qui ne conçoit le pouvoir que centralisé. Donc, même une autonomie restreinte du Tibet semble une parfaite utopie. Il n’en reste pas moins que le Dalaï Lama est, avant tout, une autorité religieuse, même si le bouddhisme est, selon les points de vue, plus une philosophie qu’une religion. Le gouvernement italien s’insurge-t-il si un chef d’État vient saluer le Pape au Vatican en prétextant que le Pape est un individu dangereux ? Il n’est donc pas supportable que les chinois brandissent des menaces parce que des chefs d’État viennent saluer un leader spirituel, prix Nobel de la Paix qui plus est. Je n’ai pas entendu que des gouvernants occidentaux aient émis des critiques appuyées concernant les relations de la Chine avec la junte militaire birmane, les dictatures nord-coréenne et soudanaise. C’est pourquoi les diatribes injurieuses chinoises au sujet de la rencontre entre le Dalaï Lame et le Président de la République Française sont absolument insupportables. Avez-vous entendu la moindre indignation en provenance de l’opposition ?

08 décembre 2008

Mal partis !

J’ai toujours pensé et dit que la science économique était tout sauf une science. Le spectacle que nous donne, depuis quelques semaines, la gente experte en économie convaincrait de cette affirmation les plus sceptiques. En écoutant les analyses formulées par ces experts, on entend absolument tout et son contraire. D’abord constatons que, comme toujours, aucun d’entre eux n’a été capable de prévoir cette crise grave et profonde avant qu’elle ne se produise. Ils ont maintenant beau jeu de nous expliquer, en termes savants, que cette crise était inévitable ! La moitié d’entre eux nous démontrent que cette crise est absolument sans précédent, qu’elle sera extrêmement profonde, qu’elle risque de nous conduire à une terrible récession avec effondrement du dollar, déflation généralisée et un chômage atteignant des sommets vertigineux tutoyant des ordres de grandeur de 25 %, que les sommes investies dans les plans de relance et plombant gravement la dette nous conduisent à une inflation record ! L’autre moitié nous affirment que cette crise n’a rien à voir avec celle de 1939 (elle aussi provoquée par les USA !), que nous en sortiront à la fin de l’année prochaine et au plus tard au milieu de l’année 2010 car les plans de relance prévus seront efficaces, qu’elle est au contraire une véritable opportunité qui va conduire à une rénovation industrielle. C’est tout juste s’ils ne nous conseillent pas de nous réjouir ! Lorsqu’on sait que ces experts en économie peuplent les couloirs du pouvoir, que ce soit à l’Élysée ou à Matignon ainsi qu’au sein des gouvernements européens, il n’est pas étonnant que l’on assiste à une cacophonie européenne. Or, si l’incertitude est la loi d’aujourd’hui et de demain, il nous reste quand même quelques certitudes. Tout d’abord, la crise étant profonde (c’est bien le seul point sur lequel on peut croire les économistes !), les mesures à prendre doivent être d’envergure. C’est ce que font les USA, c’est ce que fait la Chine. L’Europe est le seul échelon crédible pour que ce continent prenne des mesures à l’échelle du problème. Or, la cacophonie des explications économiques se traduit par un éparpillement des mesures nationales, voire nationalistes, ce qui rend l’efficacité de ces mesures parfaitement aléatoires et surement pas à l’échelle adéquate. Ensuite, le seul point sur lequel tous les économistes sont d’accord c’est de reconnaître que le moteur essentiel du fonctionnement économique est la confiance des acteurs. Ceux-ci sont au nombre de trois entre lesquels se nouent des échanges basés sur la confiance réciproque. Le banquier doit avoir confiance en l’entrepreneur pour lui accorder les prêts à moyen et long terme nécessaires à l’investissement. L’entrepreneur doit avoir confiance, non seulement dans son banquier, mais également dans le consommateur qui représente son marché de développement et la raison de ses investissements. Le consommateur, quant à lui, doit avoir confiance dans l’entrepreneur, surtout s’il est salarié, pour dépenser son salaire et faire fonctionner le marché plutôt que de l’épargner car il croit en la pérennité de son entreprise. Comment ces acteurs peuvent-ils avoir confiance en entendant autant de discours discordants et devant les mesures dispersées et sans cohérence prises par les gouvernements européens ? Décidément, nous sommes mal partis !

05 décembre 2008

L’aveuglement polémique

Un point sur lequel il semble y avoir consensus est que la crise dans laquelle nous entrons est tellement grave qu’il faut absolument prendre des mesures économiques urgentes et fortes. Mais quelles mesures ? Comme souvent, en économie, deux visions s’affrontent : le développement par la consommation ou par l’investissement. La première consiste à prendre des mesures qui accroissent le pouvoir d’achat, essentiellement par des augmentations de salaires, dans l’espoir que la relance de la consommation ait un effet important sur la demande, provoquant ainsi une relance de la production et de l’économie dans son ensemble. C’est le crédo de la gauche et des syndicats depuis des décennies. Tout développement économique ne peut se faire que par l’augmentation des salaires. C’est le discours que l’on entend à l’envi depuis que la gauche est dans l'opposition. Certes, c’est une attitude qui satisfait le plus grand nombre, donc assez démagogique, car quel salarié refuserait une augmentation de salaire ? Encore une fois, cette attitude évoque le cas de l’épicier qui, pour accroître son pouvoir d’achat, se vend à lui-même davantage de ses propres produits. Il en est de même pour le pays tout entier. Comment la France pourrait-elle s’enrichir globalement si elle se contente de se vendre à elle-même ce qu’elle produit ? De plus, l’état actuel de la balance des paiements montre que les importations l’emportent fortement sur les exportations, c’est-à-dire qu’une partie du pouvoir d’achat des Français sert à enrichir les pays étrangers en achetant leurs produits. Qui ne voit pas que les rayons des magasins sont envahis par des produits estampillés « made in Taïwan » ou « made in China » ? La relance par la consommation intérieure revient à améliorer la balance commerciale de ces pays. Pour que l’état économique de la France s’améliore, il faut nécessairement que les exportations surpassent les importations, comme pour l’épicier qui ne peut s’enrichir que s’il a davantage de clients. Et que faut-il pour revitaliser les exportations ? Il faut que ce que le monde achète ce que fabrique la France. C’est ce que l’on nomme l’amélioration de la compétitivité de l’économie française. Améliorer cette compétitivité impose que les produits français soient attractifs par leur nouveauté, leur qualité, leurs performances beaucoup plus que par leur prix, terrain sur lequel la France n’a aucune chance de l’emporter en face des pays émergents. Il faut donc que l’offre des entreprises françaises s’améliore de façon importante dans de nombreux domaines, c’est-à-dire qu’elles investissent largement dans la recherche et le développement. Sans cet effort important d’investissement, les faillites vont inexorablement se multiplier, faisant exploser le chômage car, n’en déplaise aux syndicats, il n’y a pas d’emplois sans entreprises. La relance par la consommation a, certes, un impact immédiat mais rapidement annulé par l’inflation. La relance par l’investissement est durable, mais il faut du temps pour que l’effet en soit visible. C’est là le nœud du problème actuel car la crise est tellement profonde que l’urgence des mesures à prendre est devenue manifeste. Comment sortir de cette aporie et concilier la nécessité de mettre en œuvre des mesures à effet rapide mais qui perdure suffisamment longtemps pour asseoir l’économie française sur des bases pérennes ?
On va donc entendre la droite réclamer à grands cris des mesures pour les entreprises et la gauche clamer qu’il n’y a pas de salut sans augmentation immédiate des salaires. Il est à craindre que l’imagination constructive n’ait abandonné le monde politique.

L’hormone du miracle

Connaissez-vous la déhydroépiandrostérone ? Ce nom ne vous dit rien et cependant vous savez ce dont il s’agit. Ce mot barbare est celui d’une hormone, bien connue depuis les années 1930 sous le nom de DHEA. Vous voyez que vous connaissiez ce nom ! La pilule-miracle qui empêche le vieillissement. Si vous faites un petit tour sur Internet, vous trouverez des sites de vente de ce produit sous forme de gélules plus ou moins dosées qui, pour cinquante Euros, promettent une amélioration importante et rapide de la vitalité et une stimulation importante du système immunitaire. Comme elle a, semble-t-il, une action sur la production naturelle des hormones sexuelles, la DHEA a été surnommée le nouveau Viagra. Mais rien n’est certain. Ce qui l’est, par contre, ce sont les effets secondaires comme la stimulation du développement de cancers ou l’augmentation des risques cardiovasculaires.
Mais supposons un instant que cette pilule ait un effet positif et retarde le vieillissement. Que peut-on en attendre ? La population vieillit naturellement et la proportion de gens âgés augmente de façon significative. Si cette pilule est efficace, alors les « vieux-jeunes » vont être le plus en plus nombreux. Donc, soumis à l’addiction à la DHEA, ces vieux-jeunes vont consommer cet anti-vieillissement en quantités grandissantes. Comme toutes les autres pilules miracles, le prix de la DHEA n’est pas mince. Aussi, de deux choses l’une. Ou bien la Sécurité Sociale rembourse ce médicament et l’augmentation de son déficit risque bien de devenir abyssal, jusqu’à mettre en péril sa survie. Ou bien, considéré comme un médicament de confort, ce dernier n’est pas remboursé et, compte tenu de son prix, seuls les « vieux-jeunes-riches » pourront en bénéficier. Les « vieux-pauves » resteront vieux … et pauvres.

29 novembre 2008

Merci Monsieur Bush !

Il s’est entouré de fondamentalistes protestants qui ont ranimé les guerres de religion ; merci Monsieur Bush !
Il a refusé toute action en faveur du climat, alors que les USA représentent la plus grande part de la pollution de la planète ; merci Monsieur Bush !
Il s’est complètement désintéressé du Moyen-Orient, laissant cette région du monde s’enfoncer dans une impasse mortelle ; merci Monsieur Bush !
Il a laissé les organismes financiers américains désorganiser le système financier mondial et provoquer une récession planétaire ; merci Monsieur Bush !
Il a provoqué une crise économique mondiale qui conduit à une explosion du chômage ; merci Monsieur Bush !
Après la débâcle financière mondiale, il a refusé de moraliser le système ; merci Monsieur Bush !
Il a menti au monde entier en tentant de faire croire que l’Irak fabriquait une bombe atomique ; merci Monsieur Bush !
Il a apporté la guerre en Afghanistan et en Irak, en renforçant le terrorisme mondial ; merci Monsieur Bush !
Après la destruction du mur de Berlin pour laquelle il n’y est pour rien, il a construit le mur du Mexique ; merci Monsieur Bush !
Il a relancé un début de guerre froide avec la Russie en voulant implanter des missiles anti-missiles en Europe de l’Est ; merci Monsieur Bush !
Vous partez ? Mille fois merci, Monsieur Bush !

26 novembre 2008

Une histoire édifiante

Ayant hérité de sa famille une petite fortune, plein d’idées et d’esprit d’entreprise, Jean Treprand créa un petit atelier où il fabriquait, avec deux employés, un grille-pain ingénieux sur une idée qu’il possédait depuis qu’enfant, il regardait sa mère faire griller les tranches de pain sur la cuisinière. Son produit trouva rapidement une clientèle locale dans sa petite ville et sur les marchés locaux. Devant le succès de son grille-pain, il décida alors d’augmenter sa production et, quittant son atelier, il ouvrit une petite usine où il embaucha une dizaine d’ouvriers venant du village et de ses environs. Inventif et entrepreneur dans l’âme, il décida d’élargir la gamme de ses produits, acheta quelques machines-outils allemandes et accrut son personnel. Il lui fallut alors un chef d’atelier et un comptable. Ses ouvriers venaient de beaucoup plus loin et il réfléchit à la meilleure façon d’améliorer leur vie. Il décida de franchir un grand pas et fit construire une série de petites maisons pour les loger à proximité de l’usine. L’arrivée de toutes ces familles eut un gros impact sur la ville. Des commerces s’ouvrirent, des classes supplémentaires se créèrent à l’école qui se transforma bientôt en collège. La ville s’enrichit et les travaux d’aménagement se multiplièrent. Comme la production demandait de faire venir à l’usine des matières premières et des composants, quelques-uns des fournisseurs de l’usine ouvrirent une succursale dans la ville. Lui, soucieux de ses ouvriers, fit construire une cantine puis une garderie pour les enfants, car les femmes venaient maintenant travailler à l’usine. Les années passèrent, l’usine s’agrandit, la ville s’enrichit. Le banquier se frottait les mains car les bénéfices de l’usine venaient alimenter son compte bancaire le plus important. Lui aussi, bien sûr. Le nombre des salariés augmentait de plus en plus. L’ambiance à l’usine était sereine. Jean Treprand avait maintenant à ses côtés deux collaborateurs pour l’aider dans les taches de gestion. Les ouvriers appelaient leur patron Monsieur Jean. Et puis, un jour, les salariés créèrent une cellule syndicale afin de défendre leurs intérêts, disaient-ils. Ils ont dit que le patron était paternaliste et que c’était une injure à la classe ouvrière parce que c’était un management méprisant. Ils firent grève pour obtenir des augmentations de salaire et la prise en charge de leurs frais de déplacement. Tout en cherchant à ne pas mettre l’usine en danger, Jean Treprand accepta en partie ces revendications. Mais les relations avec les ouvriers devinrent plus difficiles. Il y eut même des manifestations violentes avec blocage de l’usine et piquets de grève devant le portail d’entrée. Ils enfermèrent même Monsieur Jean pendant tout un week-end dans son bureau. Une angoisse obsidionale régnait alors parmi les ouvriers.
Cependant, malgré ces difficultés, tout allait à peu près bien jusqu’au jour où des produits concurrents provenant de l’étranger commencèrent à envahir le marché. Des produits moins bons, certes, moins fiables mais beaucoup moins chers. Ils étaient fabriqués dans des pays où le coût du travail était beaucoup plus faible car les salaires étaient ridiculement bas. Les ventes se firent alors difficiles. Et puis, le prix des matières premières s’accrut considérablement. Les bénéfices s’évaporèrent comme neige au soleil. Il fallut envisager de licencier un certain nombre de salariés. L’atmosphère, à l’usine, devint de plus en plus lourde. Le bilan annuel vira au rouge et Jean Treprand se trouva dans l’obligation de négocier avec la banque des prêts et des découverts que le banquier, oublieux du passé, lui accordait de plus en plus difficilement. Et puis, un jour, il fallut se rendre à l’évidence : la faillite n’était plus très loin. Jean Treprand s’enquit alors d’un repreneur. Et il en trouva un. C’était un groupe industriel important qui, implanté dans plusieurs pays, pensait se servir de ses différentes implantations pour agrandir le marché des produits de l’usine. Jean Treprand, la mort dans l’âme, vendit son usine. Les nouveaux managers rachetèrent la totalité du capital et ils nommèrent Jean Treprand président d’honneur, mais c’était là une nomination honorifique et sans aucun pouvoir. Les salariés, un instant inquiets, se rassurèrent rapidement en constatant que la faillite avait été évitée. Mais, rapidement, ils constatèrent aussi que le mode de management avait radicalement changé. Il n’était plus du tout question de paternalisme, mais de performances, d’objectifs, de polyvalence, de productivité. Les nouveaux managers, au prétexte de recentrer les activités sur le cœur de métier, arrêtèrent un certain nombre de fabrications pour les confier à des sous-traitants et se séparèrent des ouvriers concernés. Il fallait que la rémunération des actionnaires augmente fortement. C’était le seul moyen pour que le fond de pension, actionnaire majoritaire, ne revende pas la totalité de ses actions en se retirant du capital. Pour soutenir leur cours et préserver les dividendes des actionnaires, les managers utilisèrent les bénéfices pour racheter les actions détenus par les actionnaires minoritaires plutôt que d’investir. Le nombre d’ouvriers diminua fortement car le chiffre d’affaires s’effondrait. Un peu forcé et sans recevoir de parachute doré, Jean Treprand pris sa retraite, poussé dehors par le nouveau PDG. L’inquiétude revint parmi les salariés. Les grèves se multiplièrent. La concurrence étrangère devint féroce. Et puis un jour, les salariés reçurent une lettre à leur domicile parlant de mondialisation, de globalisation des marchés et leur apprenant que leur usine allait être délocalisée dans un pays d’Europe de l’Est. Il leur était proposé de suivre l’usine dans ce pays en acceptant une forte réduction de salaire pour être à peu près au niveau des salaires moyens locaux. En cas de refus de leur part, le management se verrait dans la pénible obligation de les licencier. Ce fut un grand choc chez les ouvriers qui se mirent immédiatement en grève. Les réunions se multiplièrent. Un petit nombre d’entre eux accepta les conditions proposées, mais le plus grand nombre se révolta et refusa tout net. Ils se réunirent tout un week-end dans la salle polyvalente de la ville pour décider de la conduite à tenir. Ils décidèrent d’occuper l’usine dès le Lundi suivant à l’aube. Mais, lorsqu’ils se présentèrent sur leur lieu de travail, ils constatèrent, consternés, que l’usine était cadenassée. Après avoir forcé l’ouverture, la stupeur fut à son comble quand ils s’aperçurent que les machines et les stocks avaient disparu. Les bureaux étaient vides, les locaux silencieux. Ce fut un choc violent. Certains ouvriers pleuraient. Ils organisèrent une manifestation en ville. Des personnalités politiques vinrent les soutenir tout en leur faisant comprendre qu’ils ne pouvaient rien faire pour eux. Petit à petit, après une période de grands désordres, le calme se rétablit et les anciens salariés se retrouvèrent au chômage ainsi que ceux des anciens fournisseurs qui firent rapidement faillite. Une antenne de l’ANPE vint même ouvrir un bureau en ville. Le syndicat entama une action en justice et les propriétaires de l’usine furent condamnés à verser de lourdes indemnités aux anciens salariés. Mais, comme ils avaient quitté la France, cette action en justice n’eut aucune suite et aucune indemnité ne fut jamais versée. L’usine fermée, les ouvriers dispersés, toute la ville se trouva en situation difficile. Au collège, deux classes furent fermées car le nombre des élèves avaient fortement diminué. La ville devint triste et grise et sa jeunesse partit pour chercher du travail ailleurs.
Une histoire, dites-vous ?

22 novembre 2008

Le propre de l’homme

Henri Bergson disait que le rire est le propre de l’homme. Cette faculté d’extérioriser la joie serait ce qui nous différencie des autres êtres vivants, spécialement des animaux. Est-ce bien certain ? Ce qui rend le rire humain perceptible est la juxtaposition d’une expression du visage associée à un son particulier. Encore que ce dernier point n’est pas juste : les muets ou les opérés de la gorge ne seraient-ils plus capables de rire ? Et, dans ce cas, selon Bergson, ne seraient-ils plus des humains ? L’aspect sonore du rire n’est donc pas un critère d’humanité. Reste l’expression. Mais certains grands singes sont tout aussi capables que nous d’afficher une expression visuelle démontrant le contentement. Sommes-nous des singes ou sont-ils des hommes ? Et que sait-on de la signification des trilles des oiseaux ou du feulement des félidés ? Rien qui nous permette de dire qu’il ne s’agit pas d’un rire animal. Le rire n’est donc pas le propre de l’homme. Alors, où chercher la différence ? La conscience de soi ? Des expériences ont montré que les grands singes et les dauphins savaient très bien se reconnaître dans un miroir. La mémoire n’est pas, non plus, une spécificité humaine. Les éléphants sont reconnus pour posséder une mémoire performante qui les pousse à montrer une attitude vindicative envers ceux qui les ont agressés dans le passé. Ils sont susceptibles de présenter, comme les humains, les symptômes du stress post-traumatique, signe qu’ils gardent en mémoire la trace d’évènements violents antérieurs. Bien entendu, la capacité meurtrière n’est pas l’apanage du genre humain. Le lion qui tue les lionceaux qui ne sont pas de lui en est la preuve, s’il en fallait une. La guerre, alors ? C’est-à-dire le meurtre en groupe ? La chasse organisée par les lionnes ou par la meute de loups nous montre un exemple de meurtre organisé en groupe. Faut-il alors rechercher la différence dans l’existence de sentiments plus intimes ? La tristesse, le désir, la vanité, la cupidité, l’esprit de vengeance, le chagrin ou la tristesse ? La dépression du vieux lion chassé de sa parentèle ou du singe dominant ayant perdu son statut nous montre l’exemple d’animaux frappés d’une grande tristesse qui peut les amener à se laisser mourir. Les larmes du crocodile sont célèbres. La parade anacréontique des oiseaux de paradis est un bel exemple de vanité et l’écureuil qui amasse et cache sa nourriture jusqu’à l’oublier ne nous montre-t-il pas un exemple de cupidité ? Quant à l’esprit de vengeance, les éléphants nous ont déjà montré qu’il existait dans le monde animal. N’a-t-on pas vu les éléphants chassés et blessés par les Massaïs se venger sur leurs troupeaux de bovins ? Lorsqu’un éléphant se trouve en face des dépouilles d’un membre de son groupe, ne le voit-on pas montrer les signes d’une évidente tristesse et d’une sorte de culte des morts ? L’esprit parental et la capacité d’éduquer sont manifestes dans le monde animal et ne sont donc pas non plus caractéristiques du genre humain. L’esprit de groupe, dont se vantent bien des hommes, existe manifestement dans le monde animal, chez les fourmis, les termites, les singes, les suricates, les loups ou les lémuriens. Alors, que reste-t-il ? Le rêve ? Il existe manifestement chez le chien ou l’éléphant et l’on ne sait rien des autres. La capacité d’avoir un projet immédiat ? La transhumance africaine des gnous, la longue marche des manchots empereurs, le vol d’un pôle à l’autre des sternes, la préparation de l’hibernation chez l’ours ou la marmotte sont des exemples de projets guidant le comportement vers un objectif précis. Bien entendu, il est facile de dire que la pensée est intrinsèque au genre humain. Mais cette fausse certitude ne s’appuie que sur notre totale ignorance de ce qui se passe dans le cerveau animal, bien que tous les exemples cités plus haut laissent fortement soupçonner l’existence d’une pensée.

Il reste la conscience du temps, c’est-à-dire la capacité de se poser des questions du genre : que ferai-je demain (la prévision), pourquoi ai-je fait cela hier (le regret, le remords) ?
Il reste aussi le mensonge, la dissimulation et l’hypocrisie. Pour faire bonne mesure, j’ajouterai que l’homme se caractérise aussi par sa capacité à torturer.

17 novembre 2008

De la nécessité du leader

Le Parti Socialiste vient de nous offrir le spectacle que l’on redoutait, à savoir une pantalonnade tragi-comique. Éventuel prodrome de son éclatement, le congrès de Reims a été le champ clos où se sont affrontées des ambitions égoïstes et effrénées, où se sont multipliés complots et intrigues. Le processus propre au Parti Socialiste qui se définit essentiellement par le dépôt de motions dont l’une est censée recueillir une majorité de voix s’est enrayé en mettant les trois motions principales pratiquement à égalité sans atteindre la majorité. Comment aurait-il pu en être autrement lorsque les différences entre ces motions se mesurent à l’aune de l’épaisseur d’un papier de cigarette ? Les seules différences visibles ont porté sur le ton des discours, allant de l'envolée évangélique à la vindicte gauchiste en passant par l’indignation feinte. Qu’est-ce que cela montre ? Que le Parti Socialiste est peut-être riche de personnalités mais qu’il est en manque cruel d’un leader. Si celui-ci avait existé, même en présence de motions quasiment identiques, son seul nom aurait suffi à recueillir la majorité des votants. La Vème République impose sa logique qui veut que le futur secrétaire du Parti devienne, quoi que l’on ait entendu dire par des éléphants vieillissants dans leurs tentatives d’éliminer telle ou telle personnalité jugée gênante, le candidat naturel à la Présidence de la République. Imagine-t-on l’un des candidats actuels au Secrétariat du Parti occuper la fonction suprême ? Quoique minoritaire au congrès qui l’a porté au Secrétariat du Parti, F. Mitterrand s’est imposé comme le seul présidentiable du Parti … et tout le monde s’est finalement rangé derrière lui. Qui, aujourd’hui, peut prétendre à cela au sein du Parti ? Absolument personne. Ce Parti est, certes, riche de personnalités, mais ne possède aucun homme ou femme ayant l’envergure d’un chef d’État. Qui peut imaginer la France dirigée par une mystique maternisante et, donc, infantilisante et faisant le faux-sens historique de rattacher le socialisme à la Révolution de 1789 ou par une pasionaria des 35 heures aux accents des mineurs de Carmaux et qui se trompe de siècle ? On en frémit d’avance !!

12 novembre 2008

L’homme est fait comme un rat

Le cerveau humain est composé de trois étages. Le premier étage, le cerveau reptilien, est le siège des besoins primaires, comme manger pour vivre, se reproduire, fuir ou se battre. Seul, il fonctionne de façon purement instinctive. C’est à ce niveau profond que se situe l’amygdale que l’on sait aujourd’hui être le siège de l’agressivité. Le second étage, le cerveau mammalien, est le siège de la mémoire. C'est le cerveau des mammifères. Il permet de conserver l'histoire des expériences et de guider ainsi les fonctions du cerveau reptilien. Enfin, le troisième étage est le cortex. C'est l'apanage de l'homme. Il permet de faire des associations, il guide l'intuition, il organise les processus du comportement. Il serait faux de croire que nous ne fonctionnons que grâce à ce troisième étage. Ecoutez cette expérience instructive du professeur Laborit, professeur à l’hôpital du Val de Grace dans les années 1950.

Première partie : prenez un rat, blanc de préférence. En fait, la couleur a peu d'importance, mais les rats blancs sont moins répugnants à manipuler. Mettez-le dans une cage à deux compartiments, séparés par une cloison comportant une ouverture. Le sol de la cage est fait de lattes métalliques, de sorte qu'il vous est possible d'envoyer un courant électrique dans le plancher d'un compartiment ou de l'autre et que le rat ressentira.
Faites retentir une sonnerie avant de faire passer le courant. Recevant le choc électrique, le rat s'agite et finit par passer de l'autre coté de la cloison. Son cerveau reptilien réagit à la punition et à la douleur par la fuite. Recommencez l'expérience autant de fois que nécessaire et ne vous laissez pas attendrir pas les pleurs du rat qui ne sont que des larmes de crocodile. Au bout d'un certain nombre d'expériences, le rat finit par comprendre qu'il faut passer de l'autre coté de la cloison au moment où il entend la sonnerie, avant de recevoir la décharge. Si vous faites l'expérience en respectant un rythme constant, vous verrez bientôt le rat changer de côté juste avant la sonnerie. C'est son cerveau mammalien qui guide son comportement. De plus, le rat reste en parfaite santé physique et morale, si tant est qu'on puisse parler de moralité du rat.

Deuxième partie : fermez l'ouverture entre les deux cotés de la boîte. Le rat ne peut plus s'enfuir comme un lâche pour éviter la punition du courant électrique. Il ne peut rien faire, il doit subir. Vous allez le voir entrer peu à peu dans un état léthargique, dû à une inhibition totale. Il reste prostré comme un imbécile. Et puis, il va tomber malade. Son poil ternit, il va faire de l'hypertension, développer un ulcère à l'estomac, tomber en neurasthénie, montrer des signes d'astrasie ; tout ce que son organisme peut faire contre lui-même.

Troisième partie : recommencez l'expérience avec deux rats en bonne santé et fermez l'ouverture entre les deux parties de la boîte. Les deux rats subissent les chocs électriques. Mais, au lieu de rester prostrés, comme ils ont un congénère sous la patte, ils vont se battre comme des chiffonniers. Et alors, direz-vous ? Et bien, le fait de pouvoir décharger leur hargne de ne pouvoir se défendre contre l'électrocution, de pouvoir répondre aux sollicitations du cerveau reptilien et aux sollicitations d’agressivité des zones amygdaliennes, va les conserver en parfaite santé ! Pas d'hypertension ni de neurasthénie. La forme, quoi !

Qu'en conclure, vous demanderez-vous ? Remplacez les rats par les humains, qui ne sont pas nécessairement blancs, et vous comprendrez pourquoi un homme agressé, qui n'a pas la possibilité de fuir, cherche d'abord à se retourner contre un semblable en répondant à l'agression par une autre, en répondant à une attaque par la guerre. C'est son cerveau reptilien qui le pousse à agir de la sorte. Et vous comprendrez aussi pourquoi il développe des maladies psychosomatiques, de l'hypertension, des ulcères à l'estomac, des coliques néphrétiques, si les règles de la société, imprimées dans son cerveau tout au long de sa vie, lui interdisent toute action violente envers un congénère !!! Il est comme le rat dans sa cage, sans possibilité de fuite. L'homme possède, par malheur, ce cerveau supplémentaire, le cortex que ne possède pas (ou si peu) le rat. C'est là que s'incrustent, dès le premier jour et peut-être même avant, les influences externes qui vont façonner les liaisons nerveuses et créer les interdits qui vont fermer la porte de la cloison. Le cortex va créer lui-même les conditions qui vont interdire au cerveau reptilien d'imposer ses décisions.

Le choix est simple : la guerre ou le suicide, telle est la question. L'homme est fait comme un rat.

08 novembre 2008

Le nouveau péril jaune

La guerre entre les grandes puissances a changé de protagonistes et de nature. Ce n’est plus à la guerre froide entre les États-Unis et l’URSS à laquelle nous assistons, mais à une confrontation d’une autre nature, tout aussi réelle, entre les mêmes États-Unis et la Chine. Sur le plan politique, ces deux États sont en opposition sur les relations avec le Soudan (le Darfour), l’Iran, la Corée du Nord, autant de pays soutenus par la Chine et combattus par les USA. Certains courants conservateurs américains tentent de mettre en place une stratégie d’endiguement (le containment) de la Chine pour empêcher que celle-ci ne devienne une puissance concurrente des États-Unis menaçant de mettre fin leur l’hégémonie. La confrontation politique est soutendue par une lutte sans merci pour l’accès aux matières premières. La Chine, sans aucun scrupule, alimente et soutient tout pays ou toute dictature susceptible de lui fournir les matières premières dont elle a un besoin vital. Elle devient peu à peu le principal concurrent des Américains en ce qui concerne l’approvisionnement pétrolier. C’est pourquoi chacun des deux pays est en train de mettre en place une stratégie destinée à lui permettre de sécuriser et diversifier ses sources d’approvisionnement pétrolier. Ainsi l’Afrique est devenue le champs-clos d’un affrontement sino-américain dont on parle peu mais qui est sans pitié. La Chine est, en effet, en train de prendre pieds au Soudan, en Angola ou au Gabon. On assiste également à un spectaculaire rapprochement avec les pays d’Amérique latine, sphère d’influence privilégiée et historique des États-Unis.
Chaque pays cherche à développer ses atouts concurrentiels. Celui de la Chine est essentiellement les bas coûts de fabrication. Tout est bon pour maintenir ces coûts au niveau le plus faible possible afin d’envahir les marchés occidentaux et notamment américains (pour compenser les engagements de rachat de la dette extravagante des USA que la crise économique actuelle ne fera qu’aggraver), d’où des manipulations monétaires, des pratiques frauduleuses et dangereuses, comme l’a démontré l’affaire du lait contaminé (et d’autres produits alimentaires) et des faux médicaments qui inondent l’Afrique. Mais, comme des frères ennemis, ces deux pays sont indissociables, chacun d’eux ayant un besoin vital de l’autre. Les USA ont besoin de la Chine pour faire perdurer leur formidable déficit et racheter leur dette colossale en lui vendant des bons du Trésor. La Chine a besoin du marché américain pour obtenir les devises nécessaires à ce rachat et à son développement. Sur le plan économique, on peut dire que les relations Chine/ États-Unis sont tellement imbriquées les unes dans les autres qu’on peut aujourd’hui parler d’interdépendance. Nous allons assister, durant les prochaines années, à un rattrapage économique de la Chine qui va profiter du déclin relatif, mais déjà en cours, des USA. C’est, en effet, la première fois depuis la crise de 1929 que les USA entrent en récession économique. Compte tenu de l’interdépendance objective des deux pays, il faut s’attendre à ce que la Chine connaisse également de fortes difficultés économiques et sociales dans le court et moyen terme. Le monde entier en sera fragilisé.

05 novembre 2008

Il est 5 heures, Paris s’éveille

Il est cinq heures, ce 5 Novembre 2008.
Le monde se réveille différent de ce qu’il était hier. Un noir vient d’être élu Président des États-Unis. La nouvelle est trop récente pour mesurer entièrement la signification de cet événement. Mais une chose est certaine : les américains sont un grand peuple. Quelle preuve plus éclatante peut-on donner d’une démocratie vivante que d’élire au poste suprême du pouvoir un homme dont le père devait subir, il y a cinquante ans à peine, l’infamie de la ségrégation ? Cette élection est une délivrance pour les noirs du monde entier car elle apporte la preuve que tout leur devient possible, sinon facile. Peut-on imaginer la même chose en Europe et en France, alors que nous regardons encore comme une curiosité la présence discrète de représentants des minorités dites « visibles » au sein du gouvernement ? Quelle leçon pour ceux qui manifestent un anti-américanisme viscéral et irréfléchi !
Mais l’avenir n’est pas écrit. Ce Président noir va devoir convaincre ceux qui ont réagi non par adhésion mais par rejet d’une administration républicaine qui a mené l’Amérique et le monde au désastre économique et qui a semé le désordre sur la planète. Il va devoir gérer les contraintes qu’impose la situation américaine et mondiale et faire accepter, comme toujours, qu’il peut y avoir une grande différence entre l’espoir et les rêves qu’il a suscités et l’incontournable réalité. La réaction peut alors être d’autant plus violente qu’il s’agit d’un noir. Croisons les doigts pour qu’il n’en soit pas ainsi.

01 novembre 2008

La conscience du monde en physique

La physique possède un Graal : l’équation « du tout » qui permettrait d’expliquer le monde depuis ses origines jusqu’à sa fin en passant par ce qu’il est aujourd’hui. La tâche est extrêmement complexe et difficile, mais elle repose sur une conviction : le monde est un objet logique dont l’évolution relève d’une loi unique. Cette quête a conduit les plus illustres physiciens à élaborer des théories, à la fois révolutionnaires à leur époque et généralisant les connaissances antérieures, comme la théorie de l’électromagnétisme de Maxwell ou la théorie de la Relativité Générale d’Einstein. Chacune de ces théories a élaboré des équations les plus compactes, et donc les plus belles, pour expliquer un aspect du monde. Les équations de Maxwell sont mathématiquement trop complexes pour être écrites ici, mais qui ne connaît pas la célébrissime équation d’Einstein E = mc2 ? Au début du siècle précédent, âge d’or de la physique théorique, est née une nouvelle théorie dont l’ambition était d’expliquer le fonctionnement du monde des particules élémentaires : la physique quantique. Cette théorie est devenue un paradigme et possède, elle aussi, son équation étendard : l’équation de Schrödinger ou fonction d’onde. La grande différence entre cette équation et les autres tient dans le fait que les équations de la physique classique proposent des certitudes, alors que la physique quantique ne propose plus que des probabilités. C’est-à-dire que cette physique nous dit qu’il est impossible d’avoir des certitudes sur le monde qui nous entoure. Tout ce que l’on peut espérer est de savoir que le monde a des chances de se trouver dans tel ou tel état. Voilà qui heurte le sens commun, puisque le monde que nous voyons nous apparaît dans un état déterminé, sans aucun doute possible. La fonction d’onde nous dit qu’on ne peut pas savoir où se situe l’électron d’un atome ni dans quel état se trouve cet atome. On ne dispose plus que de probabilités pour que cet atome soit dans tel ou tel état. De la même façon, il est impossible de savoir si l’électron est une onde ou une particule. Une expérience célèbre a démontré ce fait. Si l’on fait passer un faisceau d’électron à travers un écran possédant deux fines fentes proches l’une de l’autre, on obtient sur un écran placé à la suite du premier ce que l’on appelle un réseau d’interférences, caractéristique indiscutable d’une onde. Mais, si l’on place un appareillage permettant de savoir par laquelle des deux fentes passent les électrons, les interférences disparaissent pour donner des impacts distincts sur l’écran de lecture, caratéristiques d’un faisceau de particules. Onde ou particule ? Les deux à la fois. Mais dans sa conformation ondulatoire, il est impossible de localiser précisément l’électron. On ne possède plus que des probabilités de localiser l’électron à tel ou tel endroit. En termes plus scientifiques, on dit que la causalité déterministe est remplacée par une causalité probabiliste. Une autre expérience, dite de pensée car fictive, est celle du célèbre chat de Schrödinger. Le système expérimental imaginé est constitué d’une boîte contenant une source radioactive, un détecteur de particules comme un compteur Geiger, une fiole contenant du cyanure et un chat vivant. Si le détecteur enregistre une particule issue de la désintégration de l’atome, la fiole se brise, le poison se répand et le chat meurt. Vous comprenez pourquoi l’expérience est fictive !! Que nous dit la fonction d’onde ? Tant que l’on ne regarde pas dans la boîte, la fonction d’onde du système est une superposition des possibilités (l’atome se désintègre, l’atome ne se désintègre pas), donc une superposition des états. Tant qu’on ne regarde pas dans la boîte, cette superposition est réelle : il y a un échantillon radioactif qui, à la fois, se désintègre ET ne se désintègre pas, une fiole de poison qui, à la fois, se brise ET reste intacte, un chat qui, à la fois, est mort ET vivant. Invraisemblable ? Non, car il reste heureusement vrai que, dès que l’on ouvre la boîte, on constate l’état vital du chat. Mais, ce faisant, la fonction d’onde se modifie et les probabilités fournies changent, donnant une probabilité de cent pour cent à l’état constaté. Cette expérience montre la discontinuité fondamentale et l’aporie entre le monde subatomique et le monde macroscopique qui est le nôtre. Devant cette incompatibilité apparente, certains physiciens ont fini par accepter le fait qu’il nous sera toujours impossible de connaître l’état du monde en dehors de nos observations. C’est l’interprétation dite de Copenhague. D’autres sont allés encore plus loin en affirmant que le monde tel que nous le connaissons n’existe que parce que nous le regardons, et que c’est la prise de conscience du résultat qui modifie la fonction d’onde ! L’onde de Schrödinger devient une « onde de conscience ». Il est impossible de parler du monde mais, uniquement, de ce que nous percevons, renonçant à jamais à la connaissance intrinsèque de ce monde. Vous qui lisez ce texte (avec intérêt, j’espère !), vous avez la certitude qu’il existe mais vous ne pouvez pas avoir la certitude que j’existe tant que vous ne m’avez pas vu ! Actuellement, la fonction d’onde qui décrit le système composé de vous-même en train de lire et de l’auteur de ce texte me décrit comme étant, à la fois, existant ET non existant. Il faut vous y faire !! La réciproque est d’ailleurs vraie. La fonction d’onde qui décrit le système me contenant en train d’écrire cet article et vous-même, lecteur attentif, m’indique que vous avez une chance sur deux d’exister ET une chance sur deux de ne pas exister. Nous verrons bien ce qu’il en est lorsque nous nous rencontrerons !!
Tout ceci a l’air quelque peu ésotérique. Pour ma part, je suis de ceux qui pensent que la physique quantique est incomplète et que viendra un jour le physicien qui restaurera dans sa plénitude le principe de causalité objective. Pourtant, êtes-vous certain que le monde que vous regardez est exactement le même que celui que, moi, je vois ? Et comment en apporter la preuve ? Voilà une question qui me hante depuis toujours. Le bleu que vous percevez est-il, en tous points, identique à celui que je vois ? Comment le savoir ?