20 novembre 2005

Incertitude

L'incertitude -
J'ai acquis, au cours de mes études, des certitudes qui se sont évaporées avec le temps. Je veux dire que les vérités d'antan sont devenues aujourd'hui des approximations grossières, voire des erreurs. J'ai appris, par exemple, (on m'a enseigné) que le monde était constitué d'atomes, eux-mêmes fabriqués comme des systèmes solaires en miniature, les électrons tournant sagement en orbite autour de leur noyau-soleil. Cette vision du monde est fausse, on le sait maintenant. Nous sommes imprégnés de ce que nous savons, et ce savoir devient la référence à partir de laquelle nous cherchons à expliquer ce que nous ne comprenons pas encore. Il n'est donc pas étonnant que l'image du monde macroscopique se soit imposé pour décrire le fonctionnement du monde microscopique. De la même manière, j'ai appris, pendant l'exercice de mon métier, que le fonctionnement des systèmes ne s'expliquait que par les échanges entre ses composants et entre le système et l'environnement dans lequel il est plongé. Là encore, il s'agit d'une généralisation du connu. Une machine à vapeur fonctionne par l'échange de chaleur entre le feu et l'eau, mais surtout parce qu'elle reçoit de son environnement le charbon nécessaire au foyer. Elle restitue à cet environnement le travail qui permet à l'engin de se déplacer. Il en est de même pour un programme informatique qui fonctionne grâce aux échanges de valeurs entre les variables et, surtout, grâce aux données qu'il reçoit de son environnement et des résultats qu'il lui restitue. Cette vision devait permettre d'expliquer le monde. Ainsi, le système social fonctionne par les échanges monétaires avec le système marchand, lequel, en contrepartie, fournit des échanges de produits. De même, le système social reçoit du système de production des flux monétaires en contrepartie du travail. Le système de production, quant à lui, fournit des flux de produits au système commercial en échange de flux monétaires. Ces trois systèmes forment un système économique national bouclé. Cependant, ce dernier ne peut fonctionner que s'il existe des échanges avec un environnement plus vaste, constitué des autres systèmes économiques internationaux.

Mais identifier les échanges entre un système et son environnement veut dire que l'on est capable de prendre un point de vue extérieur au système. Il faut, en quelque sorte, le regarder du dehors. C'est grâce à ce point de vue que l'on est capable de décrire ces échanges externes et, donc, de comprendre le "pourquoi" du système, sa raison d'être, sa finalité. Il faut sortir du cadre. Ainsi, la finalité de la machine à vapeur est de transformer le charbon en travail (en déplacement), c'est ce que l'on peut constater en regardant, du bord du quai, la machine se déplacer. De même, la finalité du programme est de transformer les données d'entrée en résultats finaux. De l'intérieur du système, on ne distingue que les échanges entre les composants internes du système, sans en comprendre la finalité ultime. À l'intérieur de la chaudière de la machine, on voit l'eau bouillir et se transformer en vapeur sans comprendre pourquoi. À l'intérieur du programme informatique, on voit les variables s'échanger des valeurs sans comprendre où tout cela mène. Le point de vue extérieur est obligatoire pour comprendre le sens et la finalité d'un système. Or l'Univers est un système qui a une particularité unique : il est impossible de le regarder de l'extérieur puisqu'il est refermé sur lui-même (c'est un système infini qui n'a pas de bords). Tout observateur qui prétendrait regarder l'Univers de l'extérieur ferait nécessairement partie de cet Univers, car il est impossible de se situer dans un environnement inaccessible ou inexistant. Il est ainsi impossible de discerner les échanges entre l'Univers et ce qui serait son environnement. Il est donc également impossible d'en comprendre la finalité. En d'autres termes, si la recherche fondamentale essaie (et y parvient parfois) de trouver une réponse au
"Comment ?", il sera toujours impossible d'apporter une réponse au "Pourquoi" et donc à la question célèbre : "Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?" Les progrès de la science permettent, et permettront, de comprendre "comment" fonctionne l'Univers en cherchant à comprendre la nature des échanges entre ses composants, mais sa finalité ultime nous sera toujours inaccessible. Il existe ainsi une question qui n'aura jamais de réponse, comme le stipule le théorème de Gödel qui énonce que, dans tout système axiomatique, il existe toujours une proposition indécidable, c'est-à-dire non démontrable à l'intérieur du système considéré (par exemple, dans le corps axiomatique de l'arithmétique, il est impossible de démontrer que tout nombre pair est la somme de deux nombres premiers tels 8 = 5+3 ou 26 = 13+13 ou encore 124 = 11 +113).

S'il est impossible de comprendre la finalité d'un système, il est, par conséquent, impossible de comprendre le rôle de ses composants dans le grand jeu du système. Si je ne comprends pas pourquoi un programme informatique existe, je ne comprends pas plus à quoi servent ses différents sous-programmes. Si je ne peux pas comprendre la finalité de l'Univers, je suis incapable de discerner les finalités de ses composants. Et nous faisons partie de ces composants…Le sens de l'existence des hommes échappera toujours à leur interrogation.

L'Univers est la globalisation de tous les systèmes, de toutes choses. Sa globalisation interdit le point de vue extérieur. La mondialisation commerciale est, également, une globalisation de tous les systèmes commerciaux. Cette globalisation interdira tout point de vue (commercial) externe. Ceci conduira, inévitablement, à faire perdre toute signification et toute finalité au commerce mondial. Ce qui ouvre la porte à tous les arbitraires, car lorsque le sens se perd, la morale se perd également. Elle perd aussi sa finalité.

1 commentaire:

lisemi a dit…

un vrai journal du temps ! bravo ! lisemi