23 décembre 2010

Les agences de notation

La crise financière majeure qui secoue le monde entier depuis des mois est comme un opéra tragique guidé par un chef d’orchestre, véritable monstre à trois têtes : les agences de notation que sont Fitch Ratings, Moody’s et Standard & Poor’s. Ces organismes, s’érigeant en deus ex machina et hissant haut le drapeau de la transparence et de l’information objective, donnent leur avis (le fameux AAA) sur la confiance que les investisseurs et les spéculateurs peuvent avoir envers des entreprises, des produits financiers, des capacités des États à rembourser leur dette. Le problème est que ces agences sont rémunérées (achetées ?) par ceux-là même qu’elles évaluent. Leur objectivité peut alors être sérieusement mise en doute. Le fâcheux et scandaleux précédent d’Eron est là pour nous rappeler à la prudence, ces agences ayant maintenu une bonne notation de l’entreprise jusque quatre jours avant la faillite ! Avec leur bénédiction, les organismes financiers et les banques ont développé une économie de casino s’appuyant sur des produits structurés complexes utilisant les concepts de titrisation et de dérivés de crédit qui ont tenu un rôle central dans l'accélération des effets de la crise. Dans cette véritable catastrophe, les agences ont joué un rôle majeur dans le développement du marché, à tel point que les banques ont utilisé les modèles développés par les agences elles-mêmes pour faire leurs montages financiers douteux, ce qui a permis à Moody's de donner la notation la plus haute à ces produits structurés. Après la déconfiture tragique des « subprimes », Moody’s et Standard & Poor’s ont conseillé la banque Goldman Sachs, principal responsable de la crise, afin de trouver les meilleures voies pour tirer profit de la débâcle ! S’abritant derrière l’argument que leurs notations ne sont que des opinions, les agences ne garantissent rien à personne et se disent non responsables des conséquences de décisions prises d'après ces opinions. Mais la malfaisance de ces organismes ne s’arrête pas là. En effet, les pays endettés empruntent sur les marchés financiers pour rembourser (ou essayer de rembourser) leur dette, extravagante pour certains d’entre eux. Les organismes emprunteurs décident alors du taux de remboursement en tenant compte de l’avis des agences de notation. Or, celles-ci viennent d’appliquer le principe de la double peine. En effet, après avoir pénaliser les États pour cause de dette excessive, elles pénalisent ces mêmes États pour avoir pris des mesures tendant à réduire leur dette au prétexte que ces mesures risquent d’entraver la croissance. Quelle confiance peut-on avoir dans ces organismes qui manient de façon aussi virtuose et sans vergogne mensonge et hypocrisie ? Quelle crédibilité ont-elles encore ? Le monde ne se porterait-il pas mieux si ces agences n’existaient pas ? On peut le croire.

11 décembre 2010

Où sont les hommes d’État ?

Y a-t-il des pilotes responsables dans l’avion Terre ? Après les réunions de Kyoto en Décembre 1997 et de Copenhague en Décembre 2009, la conférence de Cancun qui a lieu en Décembre 2010, désertée par les chefs d’État, ne débouchera que sur des déclarations d’intention assez vagues pour que tout le monde puisse renter tranquillement chez lui sans se sentir engagé à quoi que se soit de sérieux. Encore une fois, les égoïsmes nationaux et les préoccupations électorales de court terme auront prévalu sur l’intérêt général. Peut-il en être autrement lorsque les plus grands pollueurs de la planète ne veulent s’engager sur la moindre mesure concrète que se soit ? Les catastrophes climatiques se multiplient avec une cadence alarmante depuis 1998, année des plus grandes inondations que le Bengladesh ait connues. En 1999, un cyclone a fait 30.000 victimes en Inde, une tempête exceptionnelle a accompagné la France dans son passage au vingt et unième siècle, des glissements de terrain gigantesques font 30.000 morts au Venezuela. C’est au Printemps 2000 que l’on assiste au détachement du plus grand iceberg antarctique jamais vu (une superficie équivalent à la Belgique), à une sécheresse meurtrière en Afrique de l’Est. En 2001, la Sibérie connaît des crues cataclysmiques obligeant à l’évacuation de 25.000 personnes, le Texas et la Louisiane sont sous les eaux, pendant qu’une sécheresse sans précédent s’abat sur la Corée, le Honduras, le Nicaragua, le Guatemala et le Salvador, alors que l’Inde connaît également la sécheresse durant l’été 2002. Toujours en 2002, des inondations exceptionnelles s’abattent sur l’Europe centrale. Qui ne se souvient de la canicule qui a sévi en France durant l’été 2003 ? Des incendies gigantesques surviennent en l’an 2000 aux USA, en 2009 en Australie et en 2010 en Russie (qui ne sont d’ailleurs peut-être pas terminés). En 2005, Katrina détruit La Nouvelle Orléans et fait 1800 morts. Les glaciers reculent partout dans le monde, le phénomène El Nino prend des proportions de plus en plus importantes, la banquise arctique disparaît presque totalement en été. Etc, etc … Qui peut nier que nous assistons à un changement climatique majeur aux conséquences déjà visibles et imprévisibles dans le futur proche ? Ne peut-on attendre d’un véritable homme d’État que l’intérêt général l’emporte sur tout autre considération ? Où sont donc passés les véritables hommes d’État ? Une certitude : ils ne sont pas à Cancun !

08 décembre 2010

Pauvre Afrique

Décidément, les Africains sont soumis à une malédiction épouvantable. Après avoir été pillés de leurs ressources, réduits en esclavage, subissant famine et sécheresse, avoir servis de poubelle pour les industries occidentales,les voilà soumis à la folie destructrice de leurs dirigeants. La démocratie reste un rêve inaccessible. Le pouvoir, l’enrichissement personnel sont des drogues auxquelles succombent leurs gouvernants et leurs affidés. La caricature d’élection présidentielle qui vient de se dérouler en Côte d’Ivoire en est une illustration paradigmatique. Détournant les profits de la filière du cacao à son profit par l’intermédiaire de sa femme, faisant assassiner par l’armée Guy André Kieffer pour s’être intéressé de trop prêt aux détournements de ces profits, Laurent Gbagbo, dont le quinquennat aura duré dix ans en reportant pour de mauvaises raisons et par cinq fois les élections, vient de réaliser un véritable coup d’État en s’auto-proclamant vainqueur des élections présidentielles malgré sa défaite électorale. L’Afrique se meurt du comportement de ses dirigeants assoiffés de pouvoir, conduisant les peuples de coups d’état en coups d’état menés par des militaires de seconde zone, plus proche de chef de guerre et de tribus que de chef d’État. Le détournement des richesses par les nervis du pouvoir laisse les Africains dans une pauvreté sans issue qui fait naître des révoltes débouchant sur des guerres civiles, des massacres ou utilisant les seuls moyens terroristes qui leur restent. Certains de ces dirigeants, comme Robert Mugabe au Zimbabwe, prospèrent sur la famine du peuple. La colonisation a découpé arbitrairement ce continent en fonction des ambitions territoriales des colonisateurs, sans se préoccuper des espaces ethniques et des répartitions culturelles existantes. Le départ inorganisé de ces derniers a laissé derrière eux des populations déchirées qui ont sombré dans des luttes ethniques tournant parfois aux massacres épouvantables comme ceux du Rwanda ou de la République Démocratique du Congo, aux guerres civiles récurrentes comme en Angola. Dans l’Afrique francophone, sous un faux-nez démocratique, se cachent des dictateurs sans scrupule qui manipulent leur loi constitutionnelle pour conserver un pouvoir à vie. Les faits sont sensiblement différents dans les pays africains anglophones où une véritable démocratie existe chez certains d’entre eux. Pourquoi cette différence ?

03 décembre 2010

La Transparitude

La publication dans les médias des informations piratées par Wikileaks a ouvert une vive polémique sur la « transparence ». Ceux qui soutiennent l’action de Wikileaks justifient leur avis au prétexte que tout doit se savoir, que démocratie et transparence sont inséparables, que cette action doit se juger comme un juste contre-pouvoir nécessaire en démocratie. Ce point de vue fait donc du secret un lourd défaut de la société, suggère que tout a vocation à être mis sur la place publique. Exit donc la protection de la vie privée et de ses secrets d’alcôve, exit la confidentialité des négociations politiques, commerciales et économiques, vive l’espionnage dans tous les domaines de la vie publique et privée ! Qui peut sérieusement soutenir un tel point de vue ? Par une étrange coïncidence, cette « fuite » monstrueuse, dont les sources sont anonymes même si l’on soupçonne aujourd’hui l’identité de l’auteur, s’est produite dans un pays dont on ne peut soupçonner un seul instant qu’il ne soit pas démocratique. Rien de semblable ne risque de se produire en Chine ou en Iran !! Ainsi donc, au nom d’une soi-disant défense de la démocratie, on cherche à porter un coup potentiellement dangereux à la plus grande démocratie mondiale. Un parfum d’anti-américanisme primaire se dégage d’un tel comportement. De plus, lorsque l’on examine le contenu des « révélations » de Wikileaks, on ne peut que constater qu’il s’agit beaucoup plus de rumeurs de comptoirs de bar que d’informations sérieuses et utiles, même si leur diffusion peut créer ici ou là quelques difficultés. Qu’apprend-on de vraiment nouveau sur l’américanisme de Nicola Sarkozy ou sur l’existence d’une corruption généralisée en Russie ? La seule leçon à retenir de cet épisode est que l’administration américaine a sérieusement besoin de reconsidérer la protection de ses services. Le journalisme d’investigation a, certes, la mission de rendre publiques des informations qui permettent de comprendre et de juger les faits. Le monde aurait grandement gagné si des informations avaient circulé sur les pratiques bancaires scandaleuses des banques américaines avant que n’éclate la bulle des subprimes ! Nous serions tous plus protégés si des informations étaient fournies sur les pratiques actuelles de Goldman Sachs qui conduisent à nouveau le monde vers d’énormes difficultés. Mais, comme tout acteur, le journaliste doit posséder une déontologie qui lui interdise de confondre information et délation. Les magistrats et avocats devraient bien réfléchir à cela et de respecter davantage le secret de l’instruction si souvent violé ; la justice y gagnerait en sérénité. Le secret défense actuellement opposé par le Gouvernement aux demandes d’informations des juges sur l’affaire de Karachi ou des frégates de Taiwan aurait tendance à faire regretter un manque de transparence et un Wikileaks à la française ! Aucun système n’est et ne sera jamais parfait et un compromis sera toujours obligatoire. Imaginons ce qui pourrait se passer si le secret défense n’existait pas et si tout ce qui touche réellement à la sécurité du pays était public ? Ne confondons pas transparence et transparitude !

30 novembre 2010

L’affaire Karachi-enlit

« L’incompréhension du présent naît de l’ignorance du passé » disait Marc Bloch. Pour éviter qu’il en soit ainsi de « l’affaire » Karachi, il est bon de rappeler les faits qui tiennent en seize points.
1 – En 1988, a lieu la réélection de François Mitterrand à la Présidence de la République.
2 – En Mai 1989 débute l’affaire des frégates de Taiwan.
3 – En Août 1991, signature du contrat de vente de 6 frégates militaires pour 16 milliards de Francs.
4 – En 1994, sévit la cohabitation. Édouard Balladur est alors Premier Ministre et Nicolas Sarkozy est Ministre du Budget. La signature d’un contrat de vente de 3 sous-marins au Pakistan a lieu en Septembre. Alors que le contrat semble bouclé, E.Balladur impose deux intermédiaires, Ziad Takieddine et Abdulrahman El Assir, avec versement de 33 millions de Francs de commission. Il est impossible de croire que cela s’est fait sans l’aval de François Mitterrand.
5 – En Mai 1995, pendant la campagne électorale qui verra l’élection de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy est porte-parole d’Édouard Balladur tandis que Nicolas Basile est son directeur de campagne. Après l’élection de J. Chirac, Dominique de Villepin est nommé Secrétaire Général à l’Élysée. Le Conseil Constitutionnel, avec la voix prépondérante de Roland Dumas alors Président du Conseil, valide les comptes de campagne des deux candidats, malgré l’opposition des quatre membres de gauche et la présence de 13 millions de Francs en espèces et d’origine inconnue sur les comptes d’E. Balladur.
6 – En 1996, Jacques Chirac suspend le versement des commissions. La véritable raison n’en est pas connue.
7 – En Mai 2001 s’ouvre le procès des frégates de Taiwan à la suite d’une enquête entreprise par le juge Éva Joly.
8 – En Juin 2001, la France vend 3 sous-marins à l’Inde, au moment de tensions fortes entre ce pays et le Pakistan.
9 – En Mai 2002 a lieu la réélection de Jacques Chirac et le 8 Mai se produit l’attentat de Karachi, provoquant la mort de onze français appartenant à la DCN.
10 – En Janvier 2004, Dominique de Villepin demande au juge Van Ruymbeck le lancement d’une enquête sur la vente des frégates de Taiwan pour connaître les détails des conditions de cette vente.
11 – Au mois de Mai 2004, le juge Van Ruymbeck reçoit anonymement des listings de comptes secrets de Clearstream sur lesquels apparaissent des personnalités politiques dont Nicolas Sarkozy qui sont soupçonnées d’avoir reçu des rétro commissions.
12 – En 2006, Nicolas Sarkozy se porte partie civile et porte plainte au mois de Décembre.
13 – En Mai 2007, Nicolas Sarkozy est élu Président de la République.
14 – En Juillet 2007, Dominique de Villepin est mis en examen.
15 – En Septembre 2009, débute le procès Clearstream au cours duquel il est démontré que les listings Clearstream sont des faux. En Octobre, Dominique de Villepin est relaxé, mais le procureur fait appel du jugement.
16 – En Novembre 2010, Villepin, Million, Giscard d’Estaing font état de fortes suspicions portant sur des rétro commissions dans la vente des sous-marins au Pakistan.

À l’examen de ces faits, On peut alors identifier deux affaires distinctes. La première porte sur l’existence de rétro commissions ayant servi, peut-être, à financer des partis politiques, voire la campagne d’Édouard Balladur en 1995. Cette affaire pourrait alors être l’occasion saisie par Dominique de Villepin pour assouvir sa haine viscérale et se venger de Nicolas Sarkozy, à la suite du procès Clearstream associé lui aussi à des soupçons de rétro commissions. Pour l’instant, tous les accusateurs, politiques ou médiatiques, ne parlent que de fortes suspicions sans apporter la moindre preuve.
La seconde affaire porte sur les raisons de l’attentat de Karachi. Sur celle-ci on peut alors faire quelques hypothèses, sans qu’aucune d’elles ne puisse également être étayée par des preuves. Première hypothèse : l’attentat est la conséquence de l’arrêt du versement des commissions dues au contrat des sous-marins. Cela suppose que les intermédiaires aient des accointances avec le terrorisme. Dans ce cas, on peut s’interroger sur les raisons qui ont poussé Édouard Balladur à les mettre dans le circuit. Seconde hypothèse : l’attentat est l’œuvre d’Al Qaida, mais cette organisation ne l’a jamais revendiqué, ce qui est en contradiction avec tous les autres attentats dont elle est l’instigatrice. Troisième hypothèse : l’attentat est l’œuvre des services secrets pakistanais en répression de la vente de trois sous-marins à l’Inde, ce qui, compte tenu de l’attitude pour le moins ambiguë du Pakistan vis-à-vis du terrorisme, est plausible.
Reste à comprendre l’attitude du gouvernement et de l’Administration au sujet du secret Défense dont ils ont entouré tout ce qui touche à la vente des frégates de Taiwan, des sous-marins au Pakistan et à l’attentat de Karachi. Que chacun se fasse une opinion sans oublier que des suspicions n’ont jamais fait une preuve.

26 novembre 2010

Incertitude ?

Les grandes manœuvres se déploient au sein du Parti Socialiste qui veut nous faire croire que, pour les élections présidentielles de 2012, les jeux sont démocratiquement ouverts. L’écran de fumée des primaires cherche à nous aveugler et nous faire croire que les choix ne sont pas arrêtés. À y regarder de plus près, on s’aperçoit qu’il n’en est rien. Les candidats à la candidature se multiplient qui pourraient nous faire accroire que la démocratie règne au sein du parti alors qu’en fait les jeux sont (pratiquement) faits. On peut, en effet classer toutes ces candidatures en deux catégories. La première regroupe les trois candidats « poids lourds », à savoir DSK, Martine Aubry et Ségolène Royal. La seconde agglomère tous les autres candidats, déclarés ou non. En ce qui concerne le trio de tête, l’entente est manifeste (et déclarée) pour que le candidat officiel soit DSK. Celui-ci ne peut actuellement se déclarer officiellement candidat sans démissionner aussitôt de son poste de directeur du FMI. Or, cette fonction participe de façon primordiale à sa crédibilité. Il doit donc la préserver le plus longtemps possible. Il ne se déclarera officiellement qu’au second trimestre 2011, c’est-à-dire un an avant la fin de son mandat au FMI. Il se peut même que Martine Aubry se déclare candidate au début des primaires pour conserver la place « au chaud » et démissionner afin de laisser la pace à DSK trois mois avant les élections présidentielles, ce qui permettrait ainsi à DSK de conserver sa position internationale presque jusqu’à la fin de son mandat. Quant aux autres candidats, leur seule ambition est de « se placer » pour les élections suivantes, à savoir celles de 2017. L’indignation qu’ils manifestent devant l’entente de fait entre les trois premiers n’est que pure façade. Ils savent pertinemment qu’ils doivent se construire une crédibilité et une visibilité nationales pour avoir la moindre chance d’être élu. Les primaires leur offrent cette possibilité, du moins l’espèrent-ils. Tous ne gagneront pas à ce jeu. Il n’y a, dans tous les cas, aucune incertitude réelle sur le nom du candidat officiel du Parti Socialiste.

22 novembre 2010

L’Univers a-t-il une origine ?

Le grand problème actuel de la Cosmologie est d’expliquer l’origine de l’Univers. Le chemin suivi est d’utiliser les outils de la mécanique quantique pour chercher à établir une « Théorie du Tout », Graal de la physique contemporaine, capable d’expliquer la naissance et l’évolution de notre Univers. La Relativité Générale prédit un Univers en expansion, ce qu’a confirmé les observations d’Edwin Hubble en 1929 : les galaxies s’éloignent les unes des autres à une vitesse d’autant plus grande qu’elles sont plus éloignées, signe d’une expansion de la géométrie de l’Univers dans toutes les directions de l’espace (ce qui est différent du déplacement des galaxies les unes par rapport aux autres). Comme les équations de la physique sont symétriques par rapport au temps, il est possible de mettre en évidence un monde de plus en plus petit, dense et chaud en remontant le temps. C’est de cette façon que l’on démontre qu’il y a environ 13,7 milliards d’années, l’Univers se réduisait à une singularité, c’est-à-dire un point infiniment dense et chaud. Mais la physique a toujours eu horreur des infinis, ce qui fait soupçonner qu’il se passe autre chose à l’instant zéro. De plus, ce point « zéro » se trouve nécessairement situé dans le « néant » (qui n’est pas le « vide »), ce qui pose quelques problèmes métaphysiques : en effet, dès que l’on cherche à concevoir ce « néant », on donne lui donne une réalité qui exige que l’on se pose la question de savoir « dans quoi » est situé ce néant.
La théorie quantique décrit les phénomènes du monde de l’infiniment petit, la relativité générale décrit les phénomènes gravitationnels de l’infiniment grand. La mécanique quantique définit les interactions par échange de particules (bosons) entre les particules constituant la matière (fermions). La relativité générale, quant à elle, attribue la force de gravité à une déformation géométrique de l’espace due à la présence de la matière, ce qui fait disparaître le paradoxe d’une interaction qui se propagerait instantanément, c’est-à-dire plus vite que la lumière. Il s’agit de deux visions incompatibles du monde. Le modèle standard du monde des particules élémentaires décrit trois des quatre interactions fondamentales (électromagnétique, nucléaire faible, nucléaire forte) en délaissant la gravité. Dans le monde qui est le nôtre, ces deux domaines sont bien distincts, ce qui permet de les traiter séparément. Mais il n’en est pas de même lorsque les dimensions spatiales de l’Univers sont de l’ordre de la longueur de Planck (10 puissance (-35) cm), la matière et l’espace-temps étant alors tellement enchevêtrés qu’aucune méthode de calcul ne sait traduire cette situation qui consisterait à prendre en compte simultanément les quatre interactions fondamentales. Lorsque l’Univers est réduit à ces dimensions, c’est-à-dire à 10 puissance (-43) seconde avant le « temps » zéro (temps de Planck), les équations dégénèrent, l’espace-temps se dissout. Tant que l’Univers n’a pas atteint l’âge du temps de Planck, le temps et l’espace tels que nous les connaissons n’existent pas. En deçà du temps de Planck, la Relativité Générale et la physique quantique deviennent incompatibles car les quatre forces fondamentales sont du même ordre de grandeur et il n’est plus possible d’en négliger une seule. Donc, en-deça du temps de Planck, on ne sait pas ce qui se passe, le prétendu temps zéro n’a pas de sens. Pour essayer de mettre en équation cette « durée » de Planck, les physiciens ont essayé d’élaborer des hypothèses. D’où une floraison de théories (les supercordes, les branes, les multivers, …) , débouchant sur un « événement » initial donnant naissance à notre Univers, qui font disparaître la singularité et, du même coup, l’instant zéro ce qui signifie que l’Univers n’a pas d’origine, au sens temporel du mot. L’inconvénient majeur de ces théories est qu’elles sont invérifiables (au sens de Karl Popper) et qu’elles ne sont donc, à ce jour, que des conjectures et risquent bien de le rester. De plus, aucune théorie n’est et ne sera capable de répondre à l’ultime question : POURQUOI y a-t-il quelque chose plutôt que rien.
Cf. l’ouvrage d’E. Klein : Discours sur l’origine de l’Univers (Éditeur Flammarion)

17 novembre 2010

Colère

Certes, il ne s’agit pas d’un événement considérable. La prestation du Président de la République à la télévision ne porte pas, en elle-même, une révolution ni une révélation. Qui d’ailleurs s’y attendait ? Cependant, il faut constater avec tristesse, que la prévisibilité de ce qui s’est passé est absolument consternante. Le discours pro domo du Président s’est déroulé devant un trio de journalistes pratiquement au garde-à-vous qui, dans un réflexe corporatiste attendu, n’ont trouvé un peu de pugnacité que sur le sujet des journalistes. Le sujet le plus important du moment,à savoir la dette colossale du pays n'a été abordé que pendant 3 minutes. Les commentaires sont aussi d’une navrante prévisibilité et d’une répétitivité consternante. Les commentaires de la majorité parlementaire se contentent de navrantes louanges qui se ressemblent à chaque intervention du Président. Quant aux commentaires de l’opposition de tous bords, ils sont encore plus répétitifs et creux que d’habitude : le président ne parle pas des vrais problèmes, il ne dit pas la vérité, il n’a pas de vision. Combien de fois n’a-t-on entendu cette antienne ? On pourrait croire qu’il s’agit d’un copier-coller des commentaires des interventions de Jacques Chirac. Il y a de quoi hurler de colère !

16 novembre 2010

Continuité

Décidément, rien ne changera jamais au Parti Socialiste. Rappelez-vous quelques morceaux choisis. Pendant deux ans, nous avons été bercé par la critique de l’hyper-présidence et l’omnipotence de Nicolas Sarkozy (président omnipotent, omniprésent, omniscient !). Les ministres « d’ouverture » ont été immédiatement traités de traîtres et leur nomination de manœuvre grossière. Les injures ont plu sur Bernard Kouchner et Éric Besson. La nomination des ministres de « la diversité » a été jugée comme une simple opération de communication. Pendant les quelques heures qui ont séparé la démission du Premier Ministre et sa nouvelle nomination, le Parti Socialiste s’est écrié, de façon ridicule, « à la carence du pouvoir ». À la présentation des nouveaux ministres, le gouvernement a été jugé immédiatement « clanique », les anciens ministres d’ouverture n’ayant pas été reconduits. La reconduite de François Fillon a été le prétexte pour, soudainement, traiter le Président de la République d’hypo-président ! Après l’avoir tant vilipendé, Ségolène Royal ouvre maintenant ses bras à Bernard Kouchner. Tout cela est la marque d’une attitude pavlovienne qui cherche à cacher, sans succès hélas, que le Parti Socialiste n’arrive pas à incarner un parti de gouvernement. Pourquoi crier au retour de la « droite dure », c’est-à-dire faire semblant de s’étonner du fait que N. Sarkozy soit de droite ? À force de vouloir s’opposer à toute force, sans même craindre les contradictions les plus criantes, les hommes du Parti Socialiste en paraissent puérils. Confondre la critique systématique et immédiate avec une attitude politique responsable est une profonde erreur dont ce parti n’est pas sorti. Le parti présidentiel s’est mis en ordre de marche pour les futures élections, les centristes vont s’agiter pour le faire à leur tour, les écologistes se préparent. Il serait temps que le Parti Socialiste en fasse de même et cesse de cacher ses querelles internes sous le tapis de ses soi-disant et fallacieuses primaires dont la véritable raison est de retarder le plus possible le choix de leur candidat. Il est temps qu’il accepte le fait que c’est au candidat d’avoir un projet et non pas au parti d’imposer un carnet de route au futur Président. Il est temps que la vie politique prenne un peu de hauteur et que nous sortions de ces attitudes récurrentes et préfabriquées qui lassent le citoyen.

15 novembre 2010

La différence

Le quarantième anniversaire de la mort de Charles de Gaulle a été l’occasion d’une commémoration médiatique de sa vie et un rappel de tout ce qui a fait la grandeur exceptionnelle de cet homme qui a vécu imprégné « d’une certaine idée de la France ». Animé d’une immense ambition pour son pays qui trouvait ses racines dans l’Histoire, il fut pratiquement le seul chef d’État de la Cinquième République ayant eu une action qui a changé profondément le pays. Tant à la Libération (droit de vote aux femmes, sécurité sociale, nationalisation de grandes entreprises stratégiques) que pendant ses septennats (la Constitution, l’assainissement des finances, la reconnaissance internationale, la décolonisation, l’indépendance nucléaire civile et militaire, le Concorde prodrome d’Airbus, la réconciliation franco-allemande, l’entrée de la Chine sur la scène internationale, le TGV, les autoroutes…), le Général De Gaulle, animé d’une véritable vision pour son pays, a toujours recherché avec succès les voies de la grandeur de la France. Il n’a jamais eu besoin d’un cénacle bavard pour lui bâtir un programme de développement nécessaire au pays. Toujours conscient du rôle éminent du Président de la République, son attitude a été faite de droiture pointilleuse, de grandeur prise souvent pour de la froideur mais conforme à ce qu’il avait écrit sur « le rôle du chef » et d’autorité incontestée. Le rapprochement avec la présidence actuelle fait cruellement ressortir la médiocrité de l’époque. L’inconsistance des discours et la vulgarité des attitudes des politiques actuels qui, en lieu et place d’une certaine idée de la France, n’ont qu’une idée certaine de leurs ambitions personnelles, nous dressent un contraste saisissant avec « l’homme du 18 Juin ». À la recherche permanente de la dignité collective, se sont substitués l’état et l’image actuels déplorables de la présidence, le manque de vision des politiques, un discours des acteurs de tous bords toujours tentés par le populisme, les petites phrases en lieu et place d’idées et de volonté, une image internationale dégradée de la France. De Gaulle parlait de la France lorsque les politiques d’aujourd’hui parlent de « ce pays ». Cela fait toute la différence.

12 novembre 2010

La guerre monétaire

Au début était le troc. Puis est venu l’étalon or. Dans ce système, toute émission de monnaie se fait avec une contrepartie et une garantie d'échange en or. Les parités de deux monnaies différentes sont donc fixées par rapport à l'or, et les taux de change sont stables entre pays participants.
La seconde guerre mondiale a fait naître les accords de Bretton Woods qui ont organisé le système monétaire mondial autour du dollar américain, mais avec un rattachement nominal à l'or. Toutes les monnaies sont définies en dollar et seul le dollar est défini en or. Ce système servira de cadre aux Trente Glorieuses de 1945 jusqu’au premier choc pétrolier de 1974. Aucun contrôle n’ayant été instauré sur la quantité de dollars américains émis par rapport à la quantité d’or possédée, les États-Unis ont la possibilité de ne pas respecter leurs engagements envers les comptes extérieurs. La République Fédérale d’Allemagne, très sensible en matière d'inflation depuis l’hyper-inflation conséquence de la première guerre mondiale (en 1923, les prix doublaient toutes les 48 heures !), mettra fin aux accords de Bretton Woods en cessant de mettre en œuvre ses dispositions provoquant des demandes de remboursements des dollars excédentaires en or. Les États-Unis, qui ne veulent pas voir disparaître leur encaisse-or, suspendent la convertibilité du dollar en or le 15 Août 1971. Le système des taux de change fixes s'écroule définitivement en Mars 1973 avec l'adoption du régime de changes flottants, c'est-à-dire que les monnaies deviennent des marchandises comme les autres, créant un marché monétaire sans régulation. L’économiste Milton Friedman s’est fait le chantre de ce système des changes flottants. Les États européens chercheront cependant à maintenir une certaine stabilité entre leurs monnaies en inventant le Serpent Monétaire Européen dans les années 1970. De leur côté et depuis les années 1950, les pays asiatiques, dont la Chine, maintiennent leurs taux de change sous-évalués, afin d’encourager la croissance par les exportations, au détriment de la demande intérieure. La Banque Centrale Européenne est une institution indépendante (ne relevant pas de l’autorité des gouvernements) qui a pour mission d’éviter l’inflation dans la zone Euro, ce qui l’incite à maintenir des taux d’intérêt élevés. À l’inverse la Fed, banque centrale américaine, joue la dévaluation du dollar en injectant de la monnaie papier pour relancer la consommation intérieure en augmentant la masse monétaire et en dopant les exportations par la dévaluation du dollar. C’est ainsi qu’elle vient de faire fonctionner la planche à billets à hauteur de 600 milliards de dollars, provoquant une dévaluation de fait de la monnaie américaine entraînant à sa suite celle de la monnaie chinoise. Il s’agit d’un dumping financier qui ne dit pas son nom et l’Europe en est la première victime. Ainsi, les deux plus grandes puissances économiques actuelles ont lancé une guerre monétaire dont l’Europe et les pays en développement seront les victimes. Il est à craindre que naissent des tentations protectionnistes dont les conséquences seront dévastatrices. Comme prévu, hélas, le G20 (vain ?) se termine sur un communiqué ronflant et creux, sans aucune mesure réelle et renvoyant à plus tard (aux Calendes Grecques ?) toute évolution en matière de régulation financière et monétaire. Les égoïsmes nationaux sortent sans surprise grands vainqueurs de ce sommet (de la médiocrité).

10 novembre 2010

Un monde incompréhensible

Dans un passé récent, les scientifiques s’émerveillaient que l’on puisse expliquer le comportement du monde physique. Einstein disait : « Ce qui est le plus incompréhensible est que l’Univers soit compréhensible ». Toutes les sciences avaient une loi commune et incontournable : celle de la vérification. Une théorie, pour être crédible, devait impérativement être vérifiable et falsifiable. Cela veut dire qu’une théorie doit pouvoir permettre de tirer des conséquences qui soient expérimentalement vérifiables et qu’il soit possible de réaliser des expériences permettant de mettre éventuellement cette théorie en défaut. Ainsi, par exemple, la théorie de la Relativité Générale prévoit la courbure de l’espace sous l’influence de la matière. Cette courbure permet de prévoir, comme conséquence, qu’un rayon lumineux doit être courbé par la matière. L’alignement de la Terre, d’une galaxie lointaine et d’une étoile massive a pu permettre, grâce aux télescopes modernes, de vérifier cette assertion en constatant que la masse de la galaxie courbait effectivement les rayons lumineux en provenance de l’étoile, celle-ci restant visible malgré la présence de la galaxie (lentille gravitationnelle). Il en est de même avec l’équivalence entre la matière et l’énergie dont l’éclatante vérification se nomme bombe atomique ! Mais, depuis les succès de la mécanique quantique et le développement de la cosmologie, la physique s’est aventurée dans des terrains mouvants pour essayer d’expliquer l’infiniment petit et l’infiniment grand. Par exemple, la notion de localité a disparu de la mécanique quantique sans pouvoir expliquer pourquoi la réalité globale des particules élémentaires se transforme en réalité locale du monde macroscopique qui nous entoure. C’est ainsi également que sont nées les théories des supercordes, des multivers, des branes, toutes hypothèses invérifiables à jamais. La vérification expérimentale de l’existence des cordes, particules élémentaires ultimes supposées, demanderait des accélérateurs de particules accédant à des niveaux d’énergie inaccessibles et de dimensions équivalentes au système solaire. La théorie des multivers, cherchant à expliquer pourquoi la quinzaine de constantes physiques fondamentales possède les valeurs constatées, stipule l’existence d’Univers multiples et inaccessibles, possédant toutes les valeurs possibles pour ces constantes. La théorie des branes cherche à expliquer l’origine de l’Univers par le « choc » entre deux univers différents, ce qui restera à jamais invérifiable. Qui plus est, pour pouvoir développer ces hypothèses, les physiciens, ne trouvant pas les outils mathématiques nécessaires, ont « inventé » de nouveaux outils, ce qui se produit pour la première fois dans l’histoire des sciences. A-t-on le droit de parler encore de théories scientifiques sous prétexte de les avoir habillées de mathématiques idoines ? Mais la physique n’est pas la seule à chercher dans l’invérifiable l’explication de l’inexplicable. En biologie, par exemple, un des grands mystères est la morphogenèse, c’est-à-dire la capacité d’une cellule à se transformer en cellule spécifique d’un organe et à trouver sa place dans l’organisme vivant. Pour tenter d’expliquer cet extraordinaire phénomène, Jacques Monod a « inventé » la téléonomie, c’est-à-dire la capacité qu’aurait une cellule d’avoir un « projet » qui la guide dans la totalité de son évolution. Bien entendu, cette propriété supposée restera à jamais invérifiable. Elle relève de ce que la systémique appelle « les propriétés émergentes », concept permettant de justifier une propriété possédée par un organisme et qu’il est impossible d’expliquer à partir des propriétés de ses composants. Le cerveau humain comporte cent milliards de neurones (autant que d’étoiles dans la Galaxie) et chaque neurone possède entre mille et dix mille connexions. Dans l’impossibilité de comprendre, et encore moins d’expliquer, le fonctionnement d’un organe aussi complexe, le neurologue « invente » l’existence de mémoires spécialisées par type de problèmes. C’est ainsi que l’on parle de mémoire procédurale, mémoire à court terme, mémoire à long terme, mémoire visuelle, mémoire auditive, etc …. Il est, aujourd’hui, impossible d’expliquer le fonctionnement de ces mémoires et, donc, leur réelle existence. Après la physique et la biologie, voici l’économie. L’économie est cette science où l’on ne sait pas de quoi l’on parle et où l’on ne sait pas non plus si ce qu’on dit est vrai ! Dans cette discipline, qui ne manque pas de théories, il n’en est pas une qui n’ait été mise en défaut. Certes, des explications à posteriori ont été données par les experts en économie pour justifier pourquoi ils s’étaient trompés ou avaient été incapables de prévoir. Dans cette « science », en dehors des évidences, aucune théorie n’est capable de fournir des hypothèses aux conséquences reproductibles. C’est pourquoi l’économie n’est pas une science. Nous vivons dans un mode devenu incompréhensible, le comble de l’incompréhension étant le comportement humain même si, dans ce domaine, il est certain que le pire est toujours sûr. Einstein peut être rassuré.

06 novembre 2010

L’argent et les principes

On a le droit de manifester et celui d’exprimer ses opinions et ses convictions. La venue en France du Président chinois a poussé certains défenseurs des droits de l’homme à demander une protestation officielle et publique du Président de la République Française, c’est-à-dire une humiliation publique du Premier ministre chinois. Pourquoi devrait-on faire subir à ce dernier ce que nous ne supportons pas lorsque la même protestation nous vise ? Rappelons-nous la réaction française indignée après la comparaison douteuse d’une commissaire européenne entre l’évacuation des roms en situation illégale et les comportements nazis envers les juifs. D’autre part, l’attitude de donneur de leçons en matière de droits de l’homme que la France aime tant afficher est-elle compatible avec l’état des prisons françaises, la situation des gens du voyage et des exclus dans le pays ? N’oublions pas, non plus, l’histoire et gardons en mémoire, avant de condamner les autres, l’attitude de certains Français pendant la seconde guerre mondiale qui ont piétiné scandaleusement les droits de certains hommes, au seul prétexte de leur appartenance à une minorité. N’ayons pas, non plus, des indignations sélectives. Donne-t-on des leçons aux USA devant leur comportement envers les populations noire et mexicaine et la persistance de la peine de mort dans ce pays ? La nature de nos relations de toutes nature et particulièrement commerciales nous en empêche et explique notre retenue. Peut-on croire qu’une humiliation publique de la Chine n’aurait pas immédiatement des conséquences ? Autrement dit, le gouvernement peut-il renoncer à commercer avec la Chine au nom des principes ? Ceux qui réclament à grands cris une position de matamore sont ceux qui ne risquent pas de perdre leur métier du fait d’une réaction chinoise violente. Les intellectuels s’indignent, mais qu’en est-il des chômeurs, des précaires, des exclus ? Au nom de quels principes peut-on refuser d’avoir des relations économiques avec la puissance en passe de devenir à court terme la première puissance mondiale ? Déjà aujourd’hui la Chine crée tous les ans plus d’ingénieurs que l’Europe et les USA réunis. La France importe tous les ans 30 milliards de dollars de produits chinois dont beaucoup sont fabriqués par des entreprises européennes implantées sur place. L'énorme dette de la France se nourrit chaque année du déficit budgétaire annuel qui, lui-même s'alimente à la balance commerciale déficitaire. Tout ce qui peut favoriser les exportations est donc indispensable. Encore une fois, le réalisme politique gouvernemental n’empêche pas la liberté d’expression du citoyen mais l’efficacité est, parfois, plus grande dans la discrétion. Entre hétaïre et rodomont, il existe une juste attitude.

02 novembre 2010

Le Port de Marseille se meurt

Les activités de transit portuaire ont subi une double révolution vers les années 1970 dans les ports de fret : l’arrivée du conteneur et l’informatisation de la manutention. Cette révolution a eu évidemment des conséquences sur la gestion des ports par son impact très fort sur le coût du transit. Une réforme était devenue indispensable. Cette réforme, qui a fait l’objet d’une loi en Juillet 2008 seulement, prévoit que les ports abandonnent leurs activités de manutention des marchandises, des conteneurs et du pétrole, à des entreprises privées. Mais, exception à la généralité, les terminaux pétroliers de Marseille ont été classés « activités d’intérêt stratégique » ce qui permet au Grand Port Maritime de Marseille (GPMM) de créer une filiale, Fluxel, détenue à 60% par GPMM et à 40% par des partenaires privés, où doivent être transférés les 220 salariés des terminaux, avec une garantie de salaire (même en cas de baisse de l’activité de raffinage) et d’emploi à vie, garantie de retour au sein du port en cas où Fluxel connaîtrait des difficultés économiques et financières. Mais la CGT a toujours refusé cette réforme. Comme, contrairement à toutes les règles, la CGT Marseille a un monopôle syndical qui s’impose aux dockers, elle profite de cette position abusive pour imposer ses revendications par tous les moyens. Il s’est installé, dans la population des dockers, une ambiance mafieuse, dont le chef d’orchestre est le représentant local de la CGT, où le métier se transmet par cooptation voire de père en fils et où le docker ne reconnaît aucune autorité autre que celle du syndicat. L’action négative de la CGT Marseille qui perdure depuis des années et déjà conduit la SNCM au bord de la faillite, a donné au port de Marseille une réputation détestable due aux grèves et aux conflits sociaux répétitifs. Une partie de la clientèle est allée chercher ailleurs une meilleure fiabilité de manutention. Ceci a eu un impact très fort sur l’activité du port qui, comparé aux autres ports méditerranéens, a perdu depuis 1980 le tiers de sa part de marché en termes de trafic global et la moitié en termes de trafic de conteneurs. La dernière entreprise Marseillaise de réparation navale a été liquidée en Mars 2009. La dernière grève de 36 dockers a duré 33 jours, obligé 78 navires de fret à attendre en rade de Marseille (combien d’entre eux iront maintenant à Anvers ou Gènes plutôt qu’à Marseille ?) et coûté de 20.000 à 30.000 Euros par jour à chaque affréteur et plus de 600 millions d’Euros au pays. Elle s’est terminée après que la CGT a obtenu le versement d’une « prime de stress » (sic !) de 150 Euros à chaque docker avec, comme d’habitude, un étalement dans le temps des retenues sur salaire pour fait de grève. Comme la mafia en Calabre, la CGT Marseille impose sa loi par la force en faisant fi de l’intérêt général. Il est vrai que rien ne l’arrête, ayant déjà pratiqué la piraterie en 2005 !

31 octobre 2010

N’oublions pas l’Histoire

« L’incompréhension du présent naît de l’ignorance du passé » disait Marc Bloch. Cette citation prend aujourd’hui tout son sens lorsque l’on écoute les revendications des manifestants et des syndicats depuis plusieurs semaines. La vie des Français devient difficile, ces derniers protestent pour préserver leur niveau de vie et leurs avantages acquis. La question qui se pose est de savoir si cette revendication, aussi naturelle soit-elle, est raisonnable voire légitime. Il faudrait rappeler aux citoyens français que ces avantages et leur niveau de vie ont été rendus possibles parce que les états développés ont construit depuis longtemps leur richesse en exploitant le reste du monde. N’oublions pas que la traite des noirs a fourni depuis le XVème siècle une main d’œuvre corvéable à merci. N’oublions pas que l’abolition de l’esclavage n’a été promulguée en France qu’en 1817, en Angleterre en 1807, aux USA en 1808, au Brésil en 1850 et n’a définitivement disparu qu’en 1867. L’empire colonial français qui a perduré de 1546 à 1962 a permis au pays d’approvisionner à bon compte les ressources nécessaires à son développement (personnel, pétrole, minerais divers, ressources alimentaires). L’industrialisation de la France date du début du XIXème siècle comme dans beaucoup d’autres pays développés. Mais, aujourd’hui, les pays dont les ressources ont permis le développement des sociétés industrielles occidentales se font une place de plus en plus grande dans le monde. Ils consomment eux-mêmes leurs ressources et deviennent des compétiteurs des pays développés pour celles qu’ils ne possèdent pas. Le transfert de richesses est inéluctable et les pays développés ne devraient pas oublier qu’ils doivent leur niveau de vie actuel à l’exploitation de pays qui, aujourd’hui, revendiquent leur place dans le monde moderne. Le Monde étant un système fermé à ressources limitées, ce transfert se fait obligatoirement au détriment de ces pays développés. La France n’y échappe pas. La désindustrialisation du pays en est un signe évident. Entre 1980 et 2007, la France a perdu 36% de ses emplois industriels et la part de l’industrie dans le PIB est passée de 24% à 14% durant la même période. Certes, la désindustrialisation a plusieurs causes et les délocalisations sont, quant à elles, dues le plus souvent à la recherche d’une proximité avec de nouveaux marchés. Il n’en reste pas moins vrai que la concurrence des pays émergents est une cause importante de cette désindustrialisation. Le pays s’appauvrit et l’activité financière et spéculative ne peut que cacher un temps cette vérité en nous conduisant de crise en désastre. La seule façon de résister à ce tsunami est d’innover et d’augmenter notre quantité de travail. Courage et imagination sont nos seules armes. Depuis un demi-siècle, nous vivons au-dessus de nos moyens en empruntant et en laissant aux générations futures le soin de régler une dette qui s’élève actuellement à 1900 milliards de dollars (les lycéens et étudiants qui manifestent feraient bien de ne pas l’oublier). Nos systèmes sociaux dont nous sommes si fiers ne fonctionnent que grâce à l’emprunt. Ne pas accepter cette évidence relève du suicide collectif. « L’obligation de subir donne le droit de savoir » a dit Jean Rostand. La pédagogie semble manquer en France.

26 octobre 2010

Le retour de manivelle


Rappelez-vous Dunkerque ! C’est une raffinerie que Total voulait fermer. Les syndicats, dans leur rôle, ont réussi à obtenir une décision judiciaire qui a exigé la reprise du fonctionnement de la raffinerie. En Mars 2010, Total a réaffirmé sa volonté de fermer la raffinerie, la France important de plus en plus de pétrole raffiné. Et puis, les mouvements de grèves sont arrivés et certains leaders syndicaux locaux ont organisé le blocage des raffineries. La conséquence est double : la France a augmenté ses importations de pétrole raffiné et Total profite de ce mouvement pour fermer définitivement quelques unes de ses raffineries, en confirmant celle de Dunkerque et en annonçant celle de Reichstett. Quel retour de manivelle ! Au bout du compte, les grévistes ont scié leur branche ! La culture économique est décidément ce qui manque le plus aux Français. Pendant ce temps, 36 dockers à Marseille bloquent le port qui meurt à petit feu depuis des dizaines d’années, ce qui coûte 36 millions d’Euros par jour à la Ville. Qui va payer ? Le conflit a déjà coûté à la ville 600 millions d’Euros. Le combat des travailleurs pour leurs conditions de travail est légitime et le droit de grève est constitutionnel. Mais le recours systématique à ce dernier le rend inopérant. En France, contrairement à bien des pays européens, le mot « consensus », qui veut dire réelle négociation, est une injure et est traduit comme étant une « compromission » inadmissible. Ceci mesure le chemin à parcourir pour obtenir une gestion du pays où existe une réelle volonté de négociation entre les acteurs économiques.

20 octobre 2010

Indigne ou ridicule ?

L’indignité des comportements se répand comme une traînée de poudre.
Entendre des (ir)responsables syndicaux « jusqu’au-boutistes » appeler au blocage de l’activité économique du pays par des salariés protégés, sachant pertinemment que cela provoquera la fermeture d’entreprises petites et moyennes et donc du chômage pour des salariés non protégés, est absolument stupéfiant et révoltant.
Faire descendre les lycéens dans la rue pour pouvoir claironner que le nombre de manifestants est en augmentation, tout en sachant pertinemment que c’est un appel d’air pour les casseurs et les voyous, est indigne.
Avoir refusé de signer le décret d’application de la loi sur le CPE rend J. Chirac responsable de cette propension des politiques de l’opposition et des syndicats d’en appeler au dictat de la rue, piétinant ainsi sans vergogne la démocratie représentative.
Quoi de plus indigne que d’incendier un établissement scolaire ?
Quoi de plus ridicule que de voir l’agitation déclenchée par ceux qui ne sont pas concernés par la réforme des retraites ?
Quoi de plus indigne que de voir des leaders syndicaux irresponsables avoir fait de Marseille un port de seconde zone pour longtemps, alors que cette ville a été pendant longtemps le second port européen ?
Quoi de plus ridicule que d’entendre tous les syndicats de branches faire de la surenchère et courir après la notion de pénibilité pour leur métier, afin de se mettre à l’abri d’une modification de l’âge du départ en retraite ? N’entend-on pas les salariés du secteur bancaire, toute honte bue, parler de la pénibilité « morale » de leur métier !!!
Quoi de plus ridicule que de voir des lycéens, à l’inculture économique abyssale, reprendre, sans comprendre, des slogans qui portent en eux une contradiction complète avec leurs propres intérêts ?
Quoi de plus indigne que d’entendre les lycéens reprendre les mêmes slogans utilisés contre l’extrême droite lors de la dernière élection de J. Chirac !
Quoi de plus ridicule que cette référence à Mai 1968 ?
Quoi de plus ridicule que cette guerre picrocholine des chiffres entre les syndicats et le ministère de l’Intérieur !
Quoi de plus attristant que de voir un peuple regarder le travail comme un asservissement ?
Quoi de plus consternant que de voir les acteurs responsables de cette situation dangereuse pour tous n’avoir plus qu’une seule préoccupation : comment sortit de là sans « perdre la face » !!
Quoi de plus indigne pour des responsables que le déni de réalité ?
Dans un moment d’accablement, Einstein s’est écrié : « Il n’y a que deux infinis : l’Univers et la bêtise humaine … Et encore, pour l’Univers, je n’en suis pas sûr » !!!

19 octobre 2010

Une société malade

La société industrielle traditionnelle est remplacée peu à peu par une société qui se « tertiarise » dans la production de biens immatériels (recherche, communication, aides à la personne, coaching plus ou moins fantaisistes, expertises plus ou moins sérieuse, etc…). Le résultat de cette transformation est double : une prédominance des activités financières des entreprises permises par la dérégulation et la liberté de circulation des capitaux, une répartition nouvelle des activités de production par leur délocalisation dans des zones à moindres coûts. Une société capitaliste classique se caractérise par une activité industrielle qui transforme les ressources disponibles et qui se gère par les conflits attachés à la distribution de ces ressources générés par des acteurs sociaux partageant la même vision du monde économique. Dans une telle société, le travail conserve sa valeur positive. Aujourd’hui, depuis quelques années, s’est développé un capitalisme purement financier qui ne produit aucun bien matériel et dans lequel la recherche frénétique des acteurs de ce capitalisme (spéculateurs et managers financiers internationaux) met à mal les économies réelles avec la complicité active des agences de notation, ce qui nous a conduit à la crise profonde que nous connaissons. Dans cette société naissante, les riches sont devenus plus riches et les pauvres plus pauvres, la crise ayant accentué la différenciation des situations sociales et économiques. On assiste, impuissant (impuissance partagée par l’État), à une séparation croissante entre l’économie financière et l’économie réelle guidée par la volonté d’enrichissement personnel des dirigeants et de leurs affidés. Ce qui conduit à une rupture entre le monde économique globalisé et le monde social, rupture dont la conséquence est la volonté grandissante des salariés de diminuer la part du travail dans leur vie (d’où les révoltes contre le recul des dates de départ à la retraite), écœurés par leur incapacité d’assurer le moindre contrôle sur le monde économique globalisé et financiarisé et par l’incapacité de l’État de s’opposer à cette dérive. On assiste aux effets nuisibles de l’économie financière dans le monde des salariés (suicides, maladies, stress, violences…). Tout se passe comme si le monde social, désorienté et angoissé, ne trouvait plus la force de réagir et de se défendre. Il est surprenant que l’opinion, malgré le nombre impressionnant des victimes, ne se soit pas mobilisée pour éradiquer les ressorts de la crise, que se soit aux USA ou en Europe. La crise n’a pas suscité de réactions massives de la part des victimes (le silence des victimes), qui ont abandonné leur plainte devant l’intervention massive des États dont ils attendaient une contrepartie permettant de réprimer les excès de la spéculation, ce qui ne s’est pas produit. Ces effets sont amplifiés par le fait que, dans un monde en évolution rapide, les avantages acquis sont perdus d’avance. Désorientés, les individus recherchent leur défense dans un égoïsme et un communautarisme grandissants qui mettent à mal la société tout entière et l’Europe dans son ensemble.

12 octobre 2010

Les lycéens et la retraite


Les lycéens et les étudiants sont « descendus » (de quoi, au fait ?) dans la rue pour manifester contre le projet de réforme des retraites. Caressés dans le sens du poil par les organisations syndicales traditionnelles, ils pensent renouveler l’aventure du CPE. Ce mouvement est consternant. Il montre un manque de réflexion objective et un amateurisme atterrant. Et ceci, pour plusieurs raisons.
Tout d’abord, ces lycéens se sont laissé entraîner par les sirènes syndicales, préoccupées par le succès de la participation aux défilés. Afin d’augmenter le nombre des manifestants, un bon moyen a été de débaucher des jeunes qui demandaient que ça.
Puis ce mouvement montre un amateurisme et une méconnaissance du dossier préoccupant. Le slogan adopté sans réflexion par ces « jeunes » est de combattre une réforme qui, disent-ils en reprenant sans réfléchir un slogan syndical, prolongent des seniors au travail alors que les jeunes sont au chômage. Or, il suffit de regarder un peu plus loin que son nombril pour s’apercevoir que, dans tous les pays occidentaux où le taux d’emploi des seniors est meilleur qu’en France, le taux de chômage des jeunes est aussi plus faible. Ce n’est pas au système de retraite de pallier à un mauvais fonctionnement de l’économie au taux de croissance trop faible et aux comportements condamnables des managers d’entreprises.
Ensuite, il est navrant d’entendre des citoyens d’une vingtaine d’années, encore accaparés par leurs études (ou qui devraient l’être), se dire préoccupés par leur retraite qui aura lieu dans quarante ans. Il est d’une évidence aveuglante que le système des retraites subira bien d’autres modifications d’ici là. Qui peut dire aujourd’hui ce que sera le monde et la place du pays dans ce monde, dans quarante ans ?
Enfin, nous avons l’énorme privilège de vivre dans un pays démocratique. C’est-à-dire un pays dans lequel une majorité de citoyens a confié à des parlementaires le soin d’organiser la vie sociale pendant la durée de leur mandat. Tous les cinq ans, chacun a le droit de remettre en question cette gestion en envoyant au Parlement une majorité différente. Or, le Parti Socialiste a explicitement dit qu’il remettrait sur le tapis des négociations le système des retraites en prenant le pouvoir dans deux ans. Donc, dans deux ans, chacun aura la possibilité de remettre en question ce qui a été aujourd’hui voté par le Parlement. Les jeunes devraient comprendre cela. Mais il faut bien dire que le mauvais exemple vient d’en haut. En effet, les syndicats de la SNCF, des transports urbains, des dockers et autres professions protégées, appellent à cette manifestation pour obtenir le retrait d’un projet gouvernemental démocratiquement voté, alors que la remise en question des systèmes spéciaux de retraite ne sera abordée qu’en 2017, c’est-à-dire après l’échéance électorale majeure de 2012. Il est donc difficile de reprocher aux lycéens la mauvaise action des syndicats.
À quand des syndicats se battant pour l’amélioration de la situation économique ? A-t-on vu un seul syndicat s’indigner des pratiques bancaires et financières avant et pendant la crise qui a plongé le pays dans une crise économique sans précédent ?
Un pays dont les jeunes de vingt ans rêvent de leur retraite est un pays malade.

10 octobre 2010

Pénibilité


Les jeux sont (pratiquement) faits, la date légale de départ à la retraite est repoussée de 60 à 62 ans. Rien ne pourra changer ce fait. Tout le monde en est convaincu, malgré les discours rodomonts des syndicats ou des hommes politiques de l’opposition. Les acteurs jouent donc le dernier acte d’une pièce bien connue : comment faire pour ne pas perdre la face ? Comment peut-on imaginer un seul instant que le gouvernement puisse abandonner son projet comme le demandent ces acteurs sans perdre totalement sa crédibilité ? Bien entendu, les syndicats s’engagent dans la seule voie qui leur est ouverte aujourd’hui, celle de la grève, qu’elle soit ponctuelle, reconductible ou générale. La situation économique du pays est grave. Donc, conscients de la gravité de ce choix, ils s’empressent, sans vergogne ni pudeur, de clamer que le gouvernement est le seul responsable, étant eux-mêmes ni coupables ni responsables ! Nous sommes spectateurs d’une pièce jouée maintes fois : trouver un prétexte pour crier victoire malgré tout. Les salariés sont parfaitement conscients que les jeux sont faits et ils s’agrippent à la seule opportunité qu’il leur reste : l’exception pour les travaux pénibles. On assiste ainsi à une course effrénée de chaque salarié aux arguments, plus ou moins fallacieux, pour convaincre que son travail est objectivement pénible. La chaleur, la répétitivité, la pression du management, les intempéries, les charges, les horaires, le stress, le risque d’agression, la pression des objectifs, la dangerosité, les conditions de travail (un vrai fourre-tout) tout est bon pour démontrer la pénibilité de son activité (si son travail est pénible, pourquoi pas le mien ?). On en arrive à se demander s’il existe un emploi quelconque qui ne puisse être qualifié de pénible. Sur ce chapitre également, tout le monde sait parfaitement ce qui va se passer. Il est impossible que le gouvernement enclenche une mécanique infernale en classant les métiers en catégories pénibles ou supportables. Il ne peut que renvoyer aux conventions collectives ou proposer des critères individuels, ce qui veut dire qu’il y aura nécessairement des frustrés. Pour sortir du blocage, il n’y a qu’un seul scénario, dans lequel le gouvernement fait une exception du report de 65 à 67 ans pour une retraite à taux plein pour les femmes ayant eu des interruptions de carrière et pour les salariés entrés dans le monde du travail très tôt. Cela permettra aux syndicats de crier victoire, au gouvernement d’affirmer qu’il n’a pas céder sur l’essentiel … et tout le monde sera content.

06 octobre 2010

Dérive

La France n’a pas le Président qu’elle mérite. De ceci, la grande majorité des Français est convaincue. Les sondages, les uns après les autres, le confirment à l’envi.
« Surfant » sur cette vague contestataire, les médias, courant après l’audience et utilisant toutes les ficelles du populisme, sombrent aujourd’hui dans la vulgarité. Faisant appel à des « amuseurs » qui s’intitulent humoristes, on entend sur les ondes, on voit à la télévision, on lit dans les journaux des propos dont la provocation tombe dans l’obscénité. C’est ainsi que l’on entend, sur une radio du Service Public, un humoriste (?) répéter plusieurs fois « j’encule Sarkozy », c’est ainsi qu’on laisse sur une chaîne de télévision du Service Public une chroniqueuse (?) s’exclamer « je souhaite voir crever Sarkozy », c’est ainsi que l’on voit des couvertures de périodiques afficher en gros titre « Sarkozy, un voyou ? », c’est ainsi que les journalistes et hommes politiques font assaut de formules affublant N. Sarkozy de tous les défauts du monde et capable de toutes les vilenies. Les analyses politiques se limitent le plus souvent à la critique systématique se résumant souvent à la « petite phrase » qui caresse l’auditoire dans le sens du poil et s’attirant ainsi l’approbation des contempteurs rigolards. Tout cela ressemble à des signaux faibles d’une société à la dérive où la violence se banalise et se répand et où chacun trouve dans le rejet de l’autre les raisons de sa violence. Violence professionnelle où le salarié devient une variable d’ajustement de l’entreprise ; violence économique où la rapacité au gain pousse les financiers à précipiter la ruine de leurs propres clients, violence judiciaire qui disculpe le banquier Société Générale pour condamner le lampiste Kerviel, c’est-à-dire qui punit la conséquence et absout la cause, qui relâche le récidiviste qui, bien entendu, récidive ; violence terroriste, la plus abjecte, aveugle, monstrueuse, animale, exercée par des individus qui ne méritent pas le nom d’hommes. Cette société de la communication isole plus qu’elle ne rapproche, laissant chacun seul en face de ses angoisses dont certains nourrissent leur violence. La société tout entière, civile, politique, médiatique, a un besoin urgent d’une véritable sédation.

04 octobre 2010

Homicide et spectacle

Tous les deux à trois jours une femme succombe sous les coups d’un homme en France (157 en 2009). Toujours en France, près de 2 millions de femmes subissent des violences, des humiliations, des oppressions imposées par des hommes. Les conséquences sont à chaque fois dramatiques. Les femmes victimes souffrent de troubles émotionnels (dépression, boulimie, anorexie …), certaines se suicident. Et une partie meurt carrément sous les coups de leur conjoint. Parmi les victimes, environ 30 % ont été poignardées, 30 % ont été abattues par arme à feu, 20 % ont été étranglées et 10 % ont été rouées de coups jusqu'à la mort. Pour le pays qui s’entête à se dire « Patrie des Droits de l’homme » il s’agit non seulement d’un scandale, mais d’un crime national. Et pourtant, le silence des politiques de tous bords continue de rester assourdissant. Il existe bien, depuis Février 2010, une loi de plus sur le sujet dont le décret d’application est enfin sorti depuis quelques semaines. Mais cette loi ne porte que sur des mesures d’éloignement du conjoint violent et il est à craindre qu’elle ne soit pas plus efficace que ses précédentes. Bertrand Cantat a tué sa femme en 2003 à coups de poings. Il vient de sortir de prison au bout de quatre ans en bénéficiant d’une remise de peine, comme le prévoit la législation. Il a donc « payé sa dette », comme dit le discours populaire. Des hommes politiques sans conscience, comme Arnaud Montebourg (qui préfère réserver ses indignations à TF1) ou Noël Mamère (qui n'en est pas à une provocation près), trouvent d’ailleurs naturel que cet homme, qui a commis un homicide, puisse à nouveau se donner publiquement en spectacle. Bien qu’ayant effectivement « payé » sa dette, avec réduction, il n’en reste pas moins que cet homme a commis un homicide et que la discrétion était ce que l’on aurait pu attendre de lui. Mais il faut croire que c’est un sentiment qui n’existe pas chez ce genre d’individu qui ne comprend pas que sa présence sur scène est une injure à toutes les femmes victimes de violences masculines.

30 septembre 2010

Un monde dérisoire

La société dans laquelle nous vivons – de plus en plus mal pour de plus en plus d’individus – est marquée par la perte de sens des mots, des actes et des idées. Nous sommes entrés dans un monde du dérisoire. Les exemples de cette dérive sont nombreux. Pour en évoquer quelques-uns, du plus caricatural au plus grave :
• Le marketing et la publicité nous abreuvent de discours qui se teintent artificiellement d’un vernis scientifique en affichant des pourcentages s’appliquant à n’importe quoi, qui ne veulent absolument rien dire et qui, de toute façon, sont invérifiables mais qui permettent d’échapper à la publicité mensongère en affirmant que les résultats ventés sont « scientifiquement prouvés ». L’apparente neutralité du chiffre renvoie à une fausse autorité scientifique faite, non pas pour démontrer mais pour endormir et tromper. Les messages portant sur les soi-disant effets bénéfiques sur la santé du consommateur sont tout aussi ridicules, car accompagnés de phrases sibyllines, comme « … dans le cadre d’un régime adapté », qui protègent sournoisement leurs auteurs de toute poursuite judiciaire en cas de contestation. Le marketing fonctionne sur le slogan « arnaquer plus pour gagner plus ».
• Le monde du show-biz est envahi par de soi-disant artistes éphémères, encombrant les ondes et la télévision de prestations vocales construites sur des paroles débiles, voire une diarrhée verbale, accompagnées d’un semblant de mélodie construite sur deux notes et un accord. Le paradigme en la matière est le rap, dont la production délirante inonde le marché du disque d’une logorrhée insupportable
• La production télévisuelle est, de plus en plus, encombrée de séries débiles faisant intervenir de jeunes acteurs (?) totalement inconnus et lamentables qui disparaissent de la scène aussi rapidement qu’ils y sont venus. La télé-réalité, qui est tout ce qu’on veut sauf la réalité, est la vulgarité même offerte en pâture aux téléspectateurs voyeuristes.
• Qu’est-ce qu’un monde où la radio diffuse 4 à 5 fois par jour les cours de la Bourse, comme si l’information était d’une importance capitale aux oreilles des millions de chômeurs, des travailleurs précaires et des sans-logis ?
• Il n’y a pas que la production audio-visuelle qui s’étouffe lentement dans le dérisoire. La production littéraire (?) n’est pas à l’abri du phénomène. Les rayons des libraires sont envahis de livres (mal) écrits (ou commandés) par des individus qui n’ont strictement rien à dire, sinon de raconter leur vie qui n’intéresse personne.
• La société est gangrenée par les experts, les gourous, les coachs, les consultants qui assènent dans un jargon abscons leurs vérités du genre « si vous êtes malade, c’est que vous êtes en mauvaise santé » !
• La crise, les guerres, le terrorisme, les catastrophes font fleurir les « experts » de tout poil dans les médias qui viennent étaler leur incompétence et leur ignorance avec aplomb et suffisance. Les champions en la matière sont les experts économistes (ou qui se disent tels) qui assènent avec assurance leurs prévisions associées immédiatement de l’hypothèse contraire (les poules font des œufs ou, peut-être, l’inverse !). Ils utilisent avec dextérité des statistiques leur permettant de prouver tout et son contraire. Ils auront ainsi toujours raison, mais ils ne servent à rien. N’a-t-on pas vu un « spécialiste » des cours de Bourse faire appel à un « voyant » (sic !) pour crédibiliser ses prévisions !! Les aruspices boursiers ont remplacé la lecture des entrailles par l’interprétation des cours de Bourse. Disraeli disait, à juste titre : « Il y a trois sortes de mensonges : le mensonge, le sacré mensonge et les statistiques ». C’est toujours après une crise que pullulent les experts qui disent l’avoir prévue, alors qu’ils sont restés totalement aveugles, allant même jusqu’à assurer qu’elle ne se produirait pas. Le discours des experts varie sans vergogne (et sans excuse) au gré des fluctuations du monde et penche toujours dans le sens de la tautologie. Les experts se comportent comme un banc de sardines dont les individus changent de cap dans un parfait ensemble. Ils se parent des plumes du paon. Ne voit-on pas un ancien présentateur de jeux télévisés se présenter aujourd’hui comme un expert météorologique et contester les travaux du GIEC à la télévision ?! Pourquoi la télévision offre-t-elle une telle audience au dérisoire si ce n’est que parce qu’elle vit du dérisoire ?
• La langue de bois des politiques se pare, elle aussi, d’une apparence de sérieux en utilisant les statistiques et les pourcentages. Il est plus facile de parler d’un taux de chômage que de la souffrance des chômeurs, de l’angoisse de tous ceux qui craignent de perdre leur emploi et de tomber dans la précarité. Qui peut vérifier le chiffre ? … alors que la souffrance se voit jusque dans la rue ! C’est ainsi que le chiffre montre que la richesse du monde s’accroît alors qu’il y a toujours plus de pauvres, de morts de faim et de soif, de pauvres de plus en plus pauvres. Le chiffre permet le « politiquement correct ». Quel homme (ou femme) politique parle de la France ? Aucun. Ils sont tous plus préoccupés de leur destinée que du destin du pays.
• Dans un monde aussi dérisoire, dans un monde où il devient impossible de croire ou d’espérer, la vie sociale se structure par le refus, ce qui fabrique une société où les antagonismes, voire la violence, font flores et prospèrent sur le terreau du mensonge. Cette société du refus est conduite par des meneurs (les riches, les patrons, les financiers, les dictateurs,…) qui perdent tout sens de la moralité et renforcent ainsi le rejet des autres et leur révolte. Le nationalisme et l’égoïsme sont devenus des vertus nationales dans le monde entier. Chaque pays se préserve, coûte que coûte, des autres nations et, dans chaque pays, chaque citoyen se préserve de ses compatriotes.

25 septembre 2010

Le modèle suédois

Les hommes politiques vivent un véritable cauchemar. En effet, depuis toujours, la référence au modèle suédois fait flores dans les discours politiques de tous bords. Dès qu’il s’agit de démontrer qu’il fait meilleur ailleurs, la Suède est citée en exemple. Ce pays est toujours présenté comme le parangon de l’État providence et de l’intégration réussie, un pays où les négociations syndicales sont toujours conclues dans le consensus, où le prélèvement fiscal élevé (55% du PIB) est accepté en échange d’une protection sociale importante. Et voilà que les dernières élections font entrer au Parlement une vingtaine de députés néo-nazis (sous le nom de Parti Démocrate !). Tout d’un coup, le voile tombe et l’on s’aperçoit que, comme tout le monde, la Suède est confrontée à la mondialisation qui pousse le citoyen à détester le plombier polonais. Les hommes politiques français décontenancés sont, soudainement, privés de leur alibi préféré. Comment porter aux nues un des rares pays européens où l’extrême droite siège au Parlement ? Au-delà de l’embarras de nos politiciens, il ne faut pas se cacher le fait que c’est le signe qu’il se passe quelque chose de grave en Europe, parce que cette consécration de l’extrême droite se produit aujourd’hui dans un pays de bonne gouvernance qui a su faire notablement reculer les injustices sociales. La Suède a toujours été un pays où l’immigration s’est déroulée dans les meilleures conditions pour les immigrants. Elle a accepté, par exemple, plus de réfugiés irakiens que les USA et le Canada réunis. Malgré cela, l’intégration des immigrants, tant vantée, n’a pas empêché l’exaspération du citoyen suédois. La peste brune, après avoir conquis l’Autriche, la Hongrie, le Danemark, la Hollande, la Norvège, (faut-il ajouter à cette liste la France et l’Italie ?) investit aujourd’hui la Suède. C’est cette pandémie qui est grave et qui s’épanouit sur le terreau de la peur et de la xénophobie. C’est pourquoi la campagne sécuritaire dans laquelle est entrée la France est dangereuse, voire menaçante. Gardons-nous de nous laisser entraîner par ces réflexes xénophobes qui ont vite fait de virer au racisme. La période de la Seconde Guerre Mondiale a montré qu’il sommeillait au fond de beaucoup de Français une xénophobie capable de mener certains d’entre eux aux pires exactions. Dans une situation faite de difficultés, voire de peur, il est tellement facile de rechercher dans un bouc émissaire la cause de nos angoisses.

22 septembre 2010

Neuroéconomie

J’ai souvent écrit, dans ces lignes, que l’Économie n’était pas une science, incapable qu’elle est de faire des prédictions (et non pas des hypothèses) vérifiables et falsifiables. Forte d’explications sur le passé, l’Économie n’a jamais su anticiper les évolutions économiques de la société et du monde. Bien entendu, les formulations « scientifiques » des économistes s’appuient sur des hypothèses, comme les mathématiques s’articulent sur des axiomes. Or, parmi ces hypothèses, l’une d’entre elles est l’existence d’un consommateur ou d’un producteur type agissant rationnellement dans ses choix. Tout le monde sait bien que l’acteur type est un fantasme et que la rationalité du choix est un leurre. Conscients de cette défaillance dans la théorie, les économistes se lancent aujourd’hui dans une nouvelle voie, celle qui s’intitule neuroéconomie. La neuroéconomie se veut au croisement de l’économie et des sciences cognitives, en voulant prendre en compte les facteurs cognitifs et émotionnels dans les mécanismes de prises de décision concernant les choix d’investissements, de placements et d’emprunts, d’achat, de production, de stratégie d’entreprise. Cette neuroéconomie a la prétention de prendre en compte les réactions et le fonctionnement du cerveau, en utilisant les résultats de l’imagerie médicale qui permet de repérer les zones cérébrales activées au moment des prises de décision (sic !!). L’objectif est d’obtenir un hypothétique modèle du comportement des acteurs. C’est-à-dire que les économistes, conscients de la faiblesse du principe de rationalité de comportement d’un acteur type, cherchent à le remplacer par un modèle de comportement d’un cerveau type ! Peut-on parler d’un progrès ? Ne passe-t-on pas d’une utopie à un mirage ? Il y a une explication à ce subit intérêt des économistes pour les neurosciences. Nous ne sommes pas prêts d’oublier les conséquences des comportements inqualifiables des acteurs financiers qui ont conduit le monde dans une crise dont nous n’avons pas fini de payer les conséquences. Or, parmi ces acteurs, il y a les traders, dont Jérôme Kerviel est devenu l’emblématique représentant. Les économistes focalisent leurs recherches en essayant de créer un trader type, en s’interrogeant sur les motivations conduisant aux choix réalisés par cet acteur. Lorsqu'on mesure l'activité cérébrale d'un individu qui doit décider de vendre ou d'acheter un titre en Bourse, on observe la mise en jeu de différentes zones du cerveau actives également lors d'autres circonstances émotionnelles de la vie. Ce sont ces observations que les économistes veulent utiliser pour, une fois de plus, expliquer le passé ! Je parie, sans risque, que cette entreprise est vouée à l’échec. Et cela pour une raison simple. Remplacer 6 milliards d’individus par un individu type était déjà une gageure. Remplacer 100 milliards de neurones par individu par un cerveau type est une utopie sans issue. À la simplification outrancière des processus économiques va s’ajouter une schématisation grossière du fonctionnement cérébral.

11 septembre 2010

Le théâtre et la retraite

La politique consiste à présenter aux citoyens une pièce de théâtre parfaitement organisée tout en lui faisant croire que les acteurs improvisent leurs rôles face aux évènements. Le débat sur les retraites qui secoue la société depuis des mois en est un parfait exemple. Tous les acteurs connaissent leur rôle sur le bout des doigts et le jouent avec maîtrise. Les syndicats jouent les révoltés en face « d’un recul social » et « d’une absence de concertation », les parlementaires de l’opposition jouent l’indignation devant « une injustice insupportable », les parlementaires de la majorité s’enthousiasment devant « le courage » du gouvernement, ce dernier prend la posture de la résolution courageuse, distillant les amendements à son projet, prévus de longue date, au fur et à mesure des manifestations pour montrer son « écoute du peuple ». Et tous connaissent depuis longtemps l’aboutissement de ce mélodrame : l’âge légal de la retraite passera de 60 à 62 ans et l’âge d’une retraite à taux plein de 65 à 67 ans. Les manifestants eux-mêmes savent pertinemment que, malgré leurs slogans protestataires, cela ne changera pas. Toutes les amodiations distillées à mesure des évènements font partie d’une partition jouée d’un commun accord par l’ensemble des acteurs. Malgré le fait que nous connaissons tous le final de ce mélodrame, il est néanmoins possible de se poser quelques questions.

• Avant que la durée légale ne passe, sous le « règne » de F. Mitterrand, de 65 à 60 ans, les syndicats ne parlaient pas de pénibilité. Si ce qui ne posait pas de problème à 65 ans, pourquoi cela en pose-t-il soudain et avec une telle acuité à 62 ans ?
• La plus grande injustice du système n’est-elle pas la réforme Balladur qui a porté à 25 ans la durée de calcul du montant de la retraite des salariés du privé en laissant à 6 mois cette durée pour les fonctionnaires, alors que le déficit des systèmes de retraite du public est financé par le privé ? On remarquera le silence complice des syndicats et de l’opposition sur cette véritable injustice. Le silence des syndicats n’est pas étonnant puisqu’ils représentent essentiellement, pour ne pas dire uniquement, les fonctionnaires.
• Le projet prévoit que les femmes fonctionnaires ayant eu 3 enfants garderont le bénéfice des 60 ans. Pourquoi cet avantage n’est-il pas offert aux femmes travaillant dans le privé ? Une caissière de supermarché est-elle moins méritante qu’une guichetière des Postes ?
• La gauche met en avant l’injustice faite aux femmes par un âge d’obtention d’une retraite à taux plein porté à 67 ans alors que, pour la plupart d’entre elles, la durée de cotisation minimale est inaccessible du fait des maternités et des emplois à temps partiel. C’est ignorer volontairement (attitude politicienne) que ce problème n’est pas un problème de retraite mais un problème d’iniquité de la vie salariale et sociale et qu’il n’appartient pas au régime de retraite de pallier une injustice économique mais aux entreprises de respecter l’égalité de traitement entre hommes et femmes.
• Crier au loup en disant que le report de 60 à 62 ans de l’âge légal est un véritable séisme ne peut faire oublier le séisme que ce fut pour les entreprises que le report de 65 à 60 ans !

Voilà quelques questions légitimes qui sont étrangement passées sous silence par les différents protagonistes qui font semblant de s’étriper sur des sujets que tout le monde sait réglés.

05 septembre 2010

Le zéro et l’infini

Les mathématiques conduisent parfois à des situations indéterminées. En particulier, la manipulation des infinis peut déboucher sur de telles situations. Par exemple, la multiplication de zéro par l’infini (0*∞) débouche sur une incertitude sur le résultat de l’opération qui peut être zéro, l’infini ou un nombre fini. Lorsque l’on se pose la question de la possibilité de la vie dans l’Univers, on se trouve dans une telle situation. En effet, l’existence d’une vie intelligente sur Terre relève d’une série de probabilités infimes dont le produit fournit un résultat tellement faible que l’on peut considérer cette existence comme un véritable miracle de la nature (Cf. « L’Homme, un accident de l’Histoire » : 4/6/2008). D’autre part, le nombre d’étoiles dans l’Univers est infiniment grand, puisque l’on estime qu’il existe une à deux centaines de milliards de galaxies avec, dans chacune d’elles, une centaine de milliards d’étoiles. Autour de chacune d’elles, peuvent orbiter des planètes susceptibles de recevoir la vie. On est donc en présence d’une probabilité infiniment grande pour qu’existe une planète où la vie ait pu se développer. Le produit de cette probabilité avec celle qui est attachée aux processus conduisant effectivement à la vie est donc semblable à l’indétermination évoquée ci-dessus. Il est donc impossible de prouver la possibilité ou l’impossibilité d’une vie extra-terrestre. Cette question restera toujours indécidable. Le théorème de Gödel est peut-être à généraliser ?

18 août 2010

OGM et obscurantisme

Une fois encore, les « faucheurs volontaires » ont manifesté leur obscurantisme illégal en détruisant une parcelle de vigne génétiquement modifiée appartenant à l’INRA. Cette action est, en effet, tout d’abord illégale. La plantation de cette vigne a été réalisée parce que la loi l’autorise. S’opposer à une loi par tout autre voie que celle qui consiste à modifier la loi par l’élu est illégale et relève du terrorisme. Que dirait-on si les « accros » du vélo s’en prenaient aux automobiles en les brûlant comme le font les voyous ? Que dirait-on si les fanatiques du « bio » passaient leur temps à détruire les récoltes traditionnelles ? Une société, dans laquelle des citoyens se permettent de braver la loi, devient rapidement invivable. Nous vivons dans une démocratie où le seul choix acceptable est celui que fait la majorité des citoyens. Une minorité qui impose par la violence, quelle qu’elle soit, son point de vue, verse dans l’anarchisme. C’est, ensuite, obscurantiste. Les recherches entreprises sur les OGM permettent, non seulement de lutter contre certaines maladies ou parasites des produits agricoles, mais aussi d’obtenir des molécules permettant la recherche de nouveaux médicaments. Qui peut dire que ce type de recherche ne va pas dans le sens du progrès pour le bienfait du plus grand nombre ? S’opposer à ces recherches relève de l’obscurantisme le plus grave, dont l’histoire est malheureusement féconde. Bien entendu, cela ne veut pas dire que tout peut être fait sans précautions. La plus indispensable d’entre elles étant d’éradiquer tout risque de porter atteinte à la biodiversité. Rien ne serait plus désastreux qu’un monde où l’uniformité régnerait partout. Si la loi n’est pas assez restrictive sur ce point, alors il faut changer la loi. C’est la seule voie démocratique.

14 août 2010

Le travail

Depuis des mois et sans aboutir, les partenaires sociaux discutent et tentent de rendre objective la notion de pénibilité du travail, dans la recherche d’une difficile équité. Cette notion est tellement vague et tellement sujette à interprétation subjective que cette discussion ne peut que s’enliser et risque de perturber fortement la « concertation » sur l’allongement de l’âge légal de la retraite et de la durée de cotisation, prévue en Septembre. Les syndicats veulent, à tout prix, imposer la prise en compte de ce concept de pénibilité pour obtenir une réduction de la durée de cotisation et éviter le recul de l’âge légal de départ en retraite pour certaines catégories de travailleurs. Il est à craindre que, les syndicats étant foncièrement opposés à l’allongement de cette durée, ils tentent d’étendre de manière extensive cette notion de pénibilité. Nous allons assister à un déluge de démonstrations venant de toutes les corporations, tentant de prouver la pénibilité de leur travail spécifique. Or le concept de pénibilité est complexe car il s’agit de savoir, en premier lieu s’il est individuel ou collectif, en second lieu s’il est attaché à la notion de travail ou à celle d’emploi. Il n’est ainsi pas facile d’aborder ce concept de manière objective. Un premier critère d’objectivité est la possibilité de la mesure qui écarte toute interprétation tendancieuse et subjective. Peut-on mesurer la pénibilité d’un travail ? Poser cette question revient à identifier les conséquences d’un travail dit pénible afin de les mesurer, ne serait-ce que par leur nombre et leur fréquence. On peut, par exemple, mesurer le nombre et la fréquence d’accidents ou d’altérations physiques dus à un travail. C’est la voie individuelle prise par le gouvernement qui associe pénibilité et handicap physique constaté. Les syndicats ont une approche davantage attachée à la notion collective d’espérance de vie, notion purement statistique. Il est beaucoup plus difficile de faire les mêmes mesures sur le « stress ». Une fracture osseuse possède une réalité objective, indépendante de toute interprétation. L’anxiété n’est pas de même nature. Elle dépend de l’individu de façon importante. Si le stress devient un élément de pénibilité, alors un même travail peut être pénible pour un individu et ne pas l’être pour un autre. Cette situation est extrêmement fréquente. Enfin, il faut éviter le piège, ou la tentation, consistant à confondre prise de responsabilité et pénibilité si l’on veut éviter de classer pratiquement tous les métiers comme étant pénibles !
Par contre, il convient de distinguer la pénibilité de la « dangerosité ». Le dictionnaire n’apporte aucune aide dans cette distinction. En effet, on trouve que « danger » est une situation où l’on a à redouter un mal quelconque. « Mal » est défini comme ce qui est pénible. La définition de « pénible » est une situation où l’on éprouve de la fatigue. Ainsi donc, si l’on en croit le dictionnaire, est dangereux ce qui fatigue, ce qui, sans être totalement faux, est manifestement excessif ! Un travail dangereux n’est pas forcément pénible. Il est dangereux de sécuriser les pistes de ski, ce qui n’est pas nécessairement pénible. Inversement, il est pénible de réaliser un travail répétitif sur une chaîne d’emballage, sans que ce soit obligatoirement dangereux. Il n’y a pas de bijection entre ces deux concepts. La dangerosité se mesure à la nature des risques encourus par les individus. Ainsi, le métier de pompier est assurément dangereux (et sûrement pénible) alors que celui de conducteur de TGV ne l’est pas. Il doit être possible de dresser une carte des métiers en fonction de ces deux critères à la fois et de déterminer des zones dans lesquelles le nombre d’années de cotisation pourrait être réduit d’un certain nombre d’années. Par exemple, un métier classé à la fois très dangereux et très pénible (pêcheur en mer, mineur) se verrait alloué une réduction de 5 années alors qu’aucune réduction ne serait possible pour un métier ni dangereux ni pénible. De manière intermédiaire, un métier relativement dangereux et modérément pénible (grutier) bénéficierait d’une réduction de 2 ans. Un métier dangereux mais sans pénibilité particulière (entretien sur autoroutes) ou un métier pénible mais sans danger (caissière de supermarché qui n’encoure que le danger de se faire licencier !) bénéficierait également d’une réduction de un ou deux ans.
Il n’en reste pas moins que l’exercice reste difficile car les conditions de travail et de management influent de façon considérable sur la dangerosité et la pénibilité d’une tâche. Selon la nature des outils utilisés (robots par exemple) une tâche peut être plus ou moins pénible. Selon les mesures de sécurité prises, une tâche peut être plus ou moins dangereuse. Or, les conditions de travail sont variables d’une entreprise à l’autre, même si la loi impose un minimum de règles. Comme il est impossible d’envisager qu’un salarié se voie attribué une réduction d’années de cotisation et que cette réduction soit refusée à un salarié exerçant le même métier mais dans une entreprise différente au prétexte que les conditions de travail sont meilleures, comment, dans ce cas, prendre une mesure collective ? À vrai dire, il est à craindre que, lors de la discussion qui s’annonce entre le gouvernement et les syndicats, l’objectivité de l’analyse ne soit pas invitée ! Il reste deux vérités incontournables. Tout d’abord, avec une population vieillissante de plus en plus nombreuse (l’espérance de vie augmente d’un trimestre tous les ans !), le temps de la vie consacré au travail ne peut qu’augmenter puisque ce sont les actifs qui cotisent pour les retraités. Ensuite, ces discussions byzantines sur l’âge de la retraite font croire que le travail est une calamité dont il faut se débarrasser le plus tôt possible. Or, le travail est un élément essentiel de la dignité humaine et il est faux d’affirmer qu’il est nécessairement source de souffrance, comme on peut l’entendre dans la bouche de certains syndicalistes. Il est, bien souvent, cause de satisfaction et de justification d’une existence, ce qui n’est pas rien. D’ailleurs, cette attitude consistant à assimiler travail et souffrance est une insulte insupportable envers tous les chercheurs d’emplois qui perdent confiance en eux faute d’un travail. La posture, prise par certains, consistant à affirmer que la durée du travail est mortifère et que le travail lui-même est une aliénation parce que le contrat de travail est un contrat de subordination est une attitude caricaturale qui relève d’avantage de l’esprit de la lutte des classes du XIX ème siècle que d’une réflexion intelligente. Il est parfaitement populiste de faire la confusion volontaire entre travail et effort. Il n’y a pas de travail sans effort, ce dernier devant être compensé par l’intérêt et la reconnaissance sociale. À tous ceux qui seraient tentés d’écouter le chant des contempteurs du travail et de l’entreprise, rappelons cette pensée d’A. Einstein : « Il faut éviter de frétiller de façon bouffonne dans le filet des concepts admis ».