La parallaxe est une différence de vision qui se crée lorsque l’on regarde depuis deux points de vue différents. Un point de vue unique fait courir le risque d’une appréciation partielle relevant du politiquement correct. En portant un regard différent, on peut alors percevoir des aspects cachés du monde. Regarder, écouter, et chercher un point de vue décalé peut parfois faire mieux comprendre le monde et le jeu des hommes.
10 octobre 2012
La croissance, espèce en voie de disparition
Le développement économique s’appuie classiquement sur trois acteurs principaux : l’Etat, le consommateur, l’entreprise. L’Etat intervient sur le développement économique par le biais des investissements publics, des grands travaux, des aides fiscales. Le consommateur intervient par son pouvoir d’achat et sa consommation qui stimule la production. Enfin l’entreprise influence l’économie par ses investissements productifs et la création d’emplois. Bien entendu, les interactions entre ces acteurs sont plus complexes et leurs jeux plus interdépendants, mais l’essentiel est là. Or, actuellement, en France aucun de ces trois acteurs n’est en mesure de participer à la relance de l’économie. L’Etat est en faillite et ses caisses sont vides. Il n’a plus les moyens d’une relance keynésienne d’envergure. Le ralentissement économique tarit la source fiscale de ses recettes l’incitant à rechercher de nouvelles sources d’impôts. Dans la recherche de réduction du déficit, l’Etat avait le choix entre la diminution des dépenses et l’augmentation des recettes. C’est ce dernier choix qui a été le sien, le conduisant à augmenter la pression fiscale sur tous les acteurs de l’économie. Le consommateur voit son pouvoir d’achat diminuer par une pression fiscale en croissance importante qui provoque une diminution de la consommation, mettant à mal la doxa socialiste d’une politique de la demande. Antienne de toute campagne électorale, le gouvernement actuel a clamé avec aplomb et sur tous les tons que 90% des contribuables ne subiraient pas d’augmentation d’impôts. Sauf le gel des tranches d’imposition, la taxe spéciale sur les retraites pour financer la branche dépendance de la Sécurité Sociale, les taxes sur divers produits alimentaires, l’explosion des impôts locaux, la réduction de la demie part pour enfants majeurs, toutes mesures qui touchent finalement la totalité des Français ! Enfin, les entreprises sont soumises non seulement à une récession du marché occidental, voire mondial, mais également à la pression fiscale croissante qui les plonge dans la méfiance et supprime leurs projets d’investissement (sans compter les exigences insupportables des acteurs financiers et des actionnaires). Et sans investissement, il ne peut y avoir de croissance de l’économie réelle. Elles sont, de plus, poussées à la méfiance par le discours pour le moins hostile de l’Etat et de certains de ses ministres envers elles, fortement soutenus dans ce domaine par quelques représentants syndicaux irresponsables et partis politiques dont le discours anti-patronal a pris un ton d’une violence jamais vue. Le résultats de tout cela est une croissance nulle depuis plusieurs trimestres qui annonce une augmentation inéluctable du chômage dans l’année qui vient. En-dessous d’un taux de croissance de 2%, l’économie détruit des emplois. Or, le FMI prévoit pour la France un taux de croissance de 0,4% pour 2013 soit cinq fois moins que le nécessaire vital ! L’Etat ne pourra pas longtemps se défausser sur l’héritage du gouvernement précédent pour justifier la récession du pays qui s’annonce longue et dure. La Grèce, l’Espagne et le Portugal sont là pour nous montrer ce qui nous attend. Un Etat dont la ligne directrice du projet de gouvernement est difficilement discernable, des entreprises qui font faillite ou cherchent à se délocaliser pour échapper à la pression fiscale, des citoyens consommateurs au pouvoir d’achat réduit et toujours plus sensibles à la démagogie (la mesure gouvernementale la plus populaire est la baisse du salaire du Président et des ministres – sondage OpinionWay !), décidément les acteurs sont mal en point ! La confiance n’existe plus nulle part. Or, c’est le carburant essentiel d’une reprise économique. Le moteur est à l’arrêt …
23 septembre 2012
Caricatures et violences
Le mot « insulter » vient du sens latin « braver, attaquer » qui a perduré jusqu’au XIXe siècle. Le sens a ensuite dérivé pour signifier « traiter avec violence » avant de prendre le sens qu’il a aujourd’hui, celui d’injurier. Le principe de réalité est (école Freudienne) la capacité d’ajourner une satisfaction pulsionnelle. Autrement dit, c’est un renoncement au plaisir immédiat et une adaptation à l’environnement extérieur justifiant cette renonciation. Dans la République laïque française, le blasphème n’existe pas (depuis Voltaire et la révolution française, définitif depuis la séparation de l’église et de l’Etat en 1905). Mais sont encore nombreux les pays européens qui reconnaissent et punissent le blasphème : l’Allemagne, le Danemark, l’Espagne, l’Irlande, les Pays-Bas, la Pologne, la Grèce, la Suisse. Même en France, il existe des exceptions : l’Alsace et la Guyane. La vraie laïcité est encore une denrée rare !
La justice n’étant pas une vengeance, celui qui se sent insulté a le droit de saisir les tribunaux au nom de l’incitation à la haine ou du trouble à l’ordre public. Pouvons-nous alors porter un jugement sur l’affaire du film islamophobe et imbécile américain et sur les caricatures de Charlie Hebdo ? Comme ils en ont l’habitude, les islamistes les plus virulents qui se disent insultés, c’est-à-dire injuriés, ne recherchent pas la justice mais la vengeance. En cela, leurs violences restent sans excuses possibles. Il ne fait pas beaucoup de doute qu’elles sont le résultat d’une manipulation des extrémistes islamistes, tant il est facile d’entrainer les foules, comme l’Histoire l’a montré de nombreuses fois. Cette affaire pose la question des limites de la liberté d’expression. Celle-ci est une liberté fondamentale de la République Française depuis la Révolution de 1789. Elle est citée à l’article 19 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948. Mais, comme toutes les autres libertés d’une République, celle-ci a des limites qui sont l’atteinte aux libertés d’autrui ainsi que certains principes définis par la loi comme l’incitation à la haine ou le trouble à l’ordre public. Ceci pousse à poser la question suivante : la liberté d’expression doit-elle tenir compte de ses effets et conséquences ? Doit-elle tenir compte du principe de réalité, c’est-à-dire de la réalité du contexte et des effets potentiels induits ? L’auteur des caricatures devait-il se laisser guider uniquement par ses convictions ou son désir de notoriété ? La réalité était que la parution de ces caricatures, dans le contexte créé par le film imbécile d’un américain débile et copte fanatique, devait nécessairement entraîner des violences. Les morts que ces violences ont provoquées, ainsi que les menaces exercées sur la vie des otages français détenus par al-Qaïda, sont là pour l’attester. Quel était l’objectif du caricaturiste : provoquer le rire ou l’humiliation ? Pourquoi ne s’est-il pas poser la question de savoir combien en riront et combien se sentiront humiliés ? Le caricaturiste avait forcément conscience de mettre en danger les français vivant dans les pays musulmans, ou alors il est totalement inconscient et donc dangereux. Malgré cette mise en danger, il n’a pas su résister à l’appel douteux de la publicité personnelle. Il n’a pas su mettre en pratique le principe de réalité. On peut aussi se poser des questions sur les motivations douteuses des acquéreurs du journal qui se sont rués sur le numéro. Toute provocation étant de même nature, en quoi la provocation du caricaturiste de Charlie-Hebdo est-elle différente de celles de Marine Le Pen ? Se poser ces questions relève de la critique et non de la censure, n’en déplaise à Libération et à Mr. Nicolas Demorand.
18 septembre 2012
l’eau dans le gaz !
Imaginez une épaisse pâte feuilletée avec un délicieux coulis de framboise entre ses feuillets. Comment faire pour récupérer ce coulis ? C’est à peu près le problème du gaz de schiste.
Un schiste est une roche qui a pour particularité d'avoir un aspect feuilleté. Il s'agit d'une roche sédimentaire argileuse, ou bien d'une roche métamorphique. Seules les roches sédimentaires argileuses sont susceptibles de contenir du gaz. Le gaz de schiste est un gaz d’origine naturelle engendré par la décomposition de l’argile riche en matière organique. A l’inverse du gaz naturel que l’on trouve en nappe, il est piégé dans les roches poreuses où il se forme, entre 1500 mètres et 3000 mètres de profondeur. Il est donc nécessaire de fracturer ces roches pour pouvoir en extraire le gaz prisonnier des pores de la roche. La fracturation hydraulique est une technique, maîtrisée par les Américains, qui consiste à casser la roche à l’aide d’un mélange d’eau sous pression, de sable et de produits chimiques, provoquant une multitude de micro-fractures dans la roche. Un premier forage vertical est complété par un forage horizontal au niveau du gaz, permettant de faire remonter le mélange en surface par le puits vertical. Mais l’exploitation industrielle des gaz de schiste pose la question de son impact environnemental et sanitaire. Il semble que la fracturation hydraulique accroit les risques sismiques avec des magnitudes de l’ordre de 1,5 à 2,5 dans les régions concernées et des problèmes de contamination de la nappe phréatique par les produits chimiques employés comme additifs (biocides contre la prolifération bactérienne dans le puits et le fluide, lubrifiants pour favoriser la pénétration de sable dans les micro-fractures, détergents pour augmenter la productivité du puits). Les roches souterraines fracturées libéreraient également, outre le gaz de schiste, des métaux lourds ou de la radioactivité naturelle. Malgré ces risques, les Etats-Unis ont jugé stratégique l’utilisation de cette ressource pour réduire leur dépendance énergétique, créer un grand nombre d’emplois (600.000 aujourd’hui avec un horizon d’environ 1 million) et relancer ainsi la croissance économique. En France, les retombées négatives, via les pollutions engendrées identifiées dans le secteur des eaux de source et eaux potables, ont donné lieu à une forte opposition au sein du gouvernement, chez les écologistes et dans les secteurs du tourisme et de l’agriculture. Les décisions récentes du Président de la République et du gouvernement annulant l’autorisation des forages de recherche porte un coup d’arrêt à cette technique. Or, si tout le monde s’accorde, même les compagnies pétrolières intéressées par cette technique, pour dire que la fracturation telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui, notamment aux USA, présente des dangers importants, rien n’interdit de penser que les recherches dans ce domaine permettront de trouver des procédés moins dangereux et sans impact sur l’environnement (par air comprimé ?). Evidemment, si la recherche s’interrompt, il n’y aura jamais d’extraction de gaz de schiste en France, ce qui ne satisfait pleinement que les écologistes. Ainsi, après avoir détruit la filière des OGM (tous les chercheurs français dans ce domaine sont partis à l’étranger), raté la filière des panneaux photovoltaïques abandonnée à la Chine (la France a perdu 10.000 emplois), commencé la destruction de la filière nucléaire, voilà que la France se ferme la porte de la filière des gaz de schistes. La situation française actuelle n’est guère meilleure en ce qui concerne l’énergie éolienne. Les pays pionniers en ce domaine sont les Etats-Unis (47000 MW), l’Allemagne (29000 MW), les Pays-Bas (23400 MW), l’Espagne (15000 MW). La France, loin derrière, ne produit que 5600 MW. Il semble que la France soit douée pour rater les technologies nouvelles actuelles. La compétitivité du pays est déjà mauvaise, descendue au 21ème rang des pays mondiaux, et cette utilisation abusive du principe de précaution sur les sources énergétiques n’arrangera rien. La France n’est, décidément, plus le pays de l’innovation ! Plutôt que de tout interdire, il aurait mieux valu investir de façon importante dans la recherche de procédés non polluants pour permettre au pays d’avoir accès à l’énergie endogène des gaz de schiste. Ceci nécessite, évidemment, de mesurer d’abord l’importance des gisements pour savoir si l’investissement a une chance d’être rentable à terme. C’est du simple bon sens. Il est à craindre que la décision prématurée d’interdiction ne soit que purement idéologique, politicienne et clientéliste et qu’elle ait été prise sous la pression d’un parti écologiste dogmatique qui ne représente pas la majorité du pays mais prive cette dernière d’une source de progrès comme elle l’a été aux USA.
15 septembre 2012
Karl et la dette
« L'histoire de toute société jusqu'à nos jours est l'histoire des luttes de classes » écrit Karl Marx dans le Manifeste Communiste, rédigé peu avant les révolutions de 1848. K.Marx distingue deux classes fondamentales. D’une part, les capitalistes ou bourgeois, classe dominante qui possède le capital et dispose ainsi des moyens de faire travailler autrui à son profit. D’autre part, le prolétariat, regroupant les personnes qui n'ont pas de capital et vendent leur force de travail pour subsister. Il s'agit de la classe salariée. La vie sociétale se réduit à la lutte frontale entre ces deux classes. Le Parti Communiste, fondé en 1920, s’est emparé aussitôt de ce concept et en a fait son cheval de bataille jusqu’à aujourd’hui. Les syndicats, existant en France depuis 1884, ont emboités le pas au Parti communiste avec enthousiasme, trouvant dans ce concept la base d’une dialectique dogmatique qui perdure encore de nos jours au sein de la plupart d’entre eux. Rapidement, cette notion de lutte des classes s’est transformée en lutte anti-patronale, cette vision partisane créant dans le pays un sentiment général de méfiance envers les entreprises, faisant oublier que, sans elles, il n’y a pas d’emplois créateurs de réelles richesses nationales. De plus, les dirigeants des grandes entreprises sont rarement propriétaires du capital. Cette méfiance anti-entreprise a eu comme conséquence de créer chez les salariés une aversion au travail et une inflation des emplois protégés, c’est-à-dire de fonctionnaires ou assimilés. Il y a 5,3 millions de fonctionnaires en France en 2011. Au total, entre 1998 et 2009, l'emploi public a augmenté de 15 % alors que l'emploi total augmentait de 9,5%. C’est en 2011, et pour la première fois, que le nombre de fonctionnaires diminuait de 20 000, soit 0,4 % ! La France compte encore 90 fonctionnaires pour 1000 habitants alors que l’Allemagne en compte 50, soit presque deux fois moins. Dans le même temps, la détestation du travail chez les salariés a poussé les syndicats dans une revendication permanente de la réduction du temps de travail, journalier, hebdomadaire, annuel et sur la durée de la vie professionnelle. La quantité de travail produite par le pays a donc diminué de façon drastique à la suite de ces réductions : réduction du temps de travail journalier, loi actuelle des 35 heures hebdomadaires (qui coute actuellement plusieurs dizaine de milliards au pays), extension de la durée des congés payés, diminution de l’âge de la retraite, création des régimes spéciaux. La réduction de la quantité de travail produite ne pouvait avoir qu’une conséquence, la diminution de la production globale du pays et, à productivité pratiquement constante, l’augmentation du coût du travail avec son impact immédiat sur la compétitivité des entreprises. La moindre performance française à l’exportation, endémique depuis plusieurs dizaines d’années, s’est accompagnée d’une accélération marquée des importations, notamment de produits industriels. Le solde déficitaire des échanges extérieurs s’est ainsi fortement creusé. En 2010, dans le seul domaine industriel, le montant des exportations françaises de produits industriels ne représente plus que 93% du montant des importations de ce même type de produits. La part des exportations françaises de marchandises dans les exportations mondiales est ainsi passée d’un peu moins de 6% en 1970 à 3,5% en 2010. La France se trouve ainsi devant la Finlande, l’Irlande et la Grèce mais loin derrière les pays européens les plus performants avec un taux de croissance de ses exportations trois fois plus faible que celui de l’Allemagne ou des Pays-Bas. Bien entendu, ce déficit chronique de la balance commerciale a pour conséquence que le pays dépense plus qu’il ne gagne, d’où le creusement permanent de la dette. A cet effet s’ajoute les conséquences du « toujours plus de moyens », leitmotiv de tous les syndicats et une des origines des dépenses croissantes du système social, créé en 1944 par le Conseil National de la Résistance. Les besoins en financement de la Sécurité Sociale ont grandi à tel point qu’aujourd’hui ce système est, en grande partie, financé par l’emprunt. Ce mode de financement met le budget du pays systématiquement en déficit, le remboursement des intérêts de la dette étant devenu le second poste budgétaire juste derrière celui de l’Education Nationale, ce qui s’ajoute au creusement de la dette. Le déficit public de la France s'est définitivement établi en 2011 à 5,2% du produit intérieur brut (PIB). La dette publique a continué d'exploser, atteignant 85,8% du PIB en 2011 contre 82,3% en 2010, selon l'Insee.
Voilà pourquoi on peut dire que Karl Marx est le père de la dette publique !
07 septembre 2012
La morale laïque
A peine le ministre de l’Education Nationale a-t-il évoqué l’introduction de cours de morale dans l’enseignement que le monde des intellectuels de tous bords et le monde des enseignants s’agitent « de façon brouillonne dans le filet des concepts admis ». Les uns ratiocinent sur le sens des mots, les autres se braquent – comme ils en ont l’habitude – contre tout changement de l’enseignement. A ce concert de critiques s’ajoute celui des syndicats de parents d’élèves qui s’insurgent que le ministre ne leur ait pas demandé leur autorisation préalable avant de faire cette annonce. Certes, les parents ont un rôle majeur dans l’enseignement de la morale qui passe, en priorité, par leur propre comportement. Il n’appartient pas au ministre de l’Education Nationale de dicter aux parents le rôle qu’ils doivent avoir auprès de leurs enfants dans ce domaine. Les critiques mélangent sans précaution les concepts de morale, d’éthique, de civisme, de discipline et tentent de nous faire croire que nous assistons à une révolution. On oublie que, déjà dans les années 50, existait en classes terminales un cours de philosophie qui comportait deux grandes parties : la logique et la morale dont le caractère laïque ne faisait aucun doute. Il existe déjà, disent certains, des cours d’instruction civique, confondant l’enseignement du fonctionnement des institutions et l’enseignement des comportements en société. La violence à l’école (et ailleurs) est, pourtant, le signe évident qu’il devient urgent de faire comprendre aux enfants qu’il existe des comportements inadmissibles lorsqu’on appartient à une communauté. Et si cette violence existe, c’est aussi le signe qu’il y a défection des parents dans ce domaine. Et l’on touche du doigt un problème que les cours de morale ne sauront résoudre : celui de la continuité entre la morale à l’école et dans la famille. Dès que l’on évoque les enfants violents ou délinquants, on entend dire qu’il ne s’agit que d’une très grande minorité qui ne justifie pas que l’on traite tous les enfants de la même façon. C’est oublier qu’il suffit de quelques uns pour détériorer la vie de la majorité. Mille voyous suffisent à rendre insupportable la vie des vingt mille habitants des quartiers sensibles de Marseille ou d’Amiens. L’école est une micro-société où les enfants se socialisent. Il est donc naturel que l’école apprenne à ces enfants les règles du comportement en société.
Laïque cette morale ? Mille fois oui. Il ne s’agit pas, en effet, d’inculquer aux enfants une morale qui explique la conduite à suivre pour gagner un quelconque et hypothétique paradis, peuplé ou non de vierges, en respectant des préceptes inscrits dans le Livre, mais de leur expliquer les règles d’un comportement civil en société. Il s’agit d’un complément logique à l’instruction civique. Cette dernière décrit les droits du citoyen dans le cadre d’institutions, la morale laïque doit expliquer les devoirs du même citoyen dans le cadre d’une vie en société.
Mais aujourd’hui l’école fait trop de choses. Les cours sur le code de la route ou de cuisine par exemple n’ont rien à faire dans cette école. Faisons de la place pour l’apprentissage de la morale, autrement important. Et formons les enseignants pour assurer le succès d’une transmission effective de la morale laïque entre l’enseignant et l’élève.
22 août 2012
Le Liborgate
Décidément, le monde de la finance est pourri jusqu’à la moelle ! Nous déjà avons subi les subprimes qui ont plongé la planète dans la récession, les produits financiers toxiques qui ont révélé l’absence de morale des spéculateurs, l’affaire Kerviel qui a mis en lumière le laxisme banquier, le rôle plus que douteux joué par Goldman Sachs dans la crise grecque et, tout récemment, l'argent sale de tous les trafics blanchi par HSBC. Voilà que, maintenant, le "liborgate" met en pleine lumière que nous avons affaire au grand banditisme sans foi ni loi. Les banques sont à nouveau sous les feux des projecteurs pour avoir manipulé le Libor (London Interbank Offered Rate) et l'Euribor entre 2005 et 2009. Le Libor, à la formation duquel contribuent jusqu’à 18 banques, est calculé sur la base des estimations des intérêts dus par de grandes banques internationales sur les prêts qu'elles s'accordent les unes aux autres. Ce taux de référence du marché interbancaire est essentiel car il permet de déterminer le prix de 350.000 milliards de dollars de produits financiers. Cette manipulation ne concerne pas seulement quelques brebis bancaires égarées, mais de presque tout le troupeau ! Le 27 juin dernier, le scandale éclate : la banque britannique Barclays révèle qu'elle a négocié le paiement d'une amende de 290 millions de livres avec les régulateurs britannique et américain pour avoir manipulé de façon frauduleuse la fixation du Libor et éteindre ainsi les poursuites. A l’heure actuelle, ont été prises la main dans le sac UBS, Barclays, le Crédit Suisse, Bank of Tokyo Mitsubishi UFJ , Royal Bank of Scotland, peut-être la Société Générale, Deutsche Bank, Lloyds Banking Group, Citigroup, HSBC, peut-être le Crédit Agricole. D’autres sont vraisemblablement à venir. Quand donc les politiques auront le courage de prendre les décisions qui permettront enfin de réguler et de contrôler vraiment les activités d’un monde sans morale qui fixe lui-même ses règles de fonctionnement pour son plus grand profit ? La spéculation est un venin mortel qui plonge des Etats dans la récession, entrainant dans la souffrance des peuples entiers qui n’en demandaient pas tant !
15 juillet 2012
Le chainon manquant
Si l’on fait le compte de ce qui caractérise l’action des islamistes extrémistes qui sévissent sur la planète, la liste non exhaustive que l’on peut dresser fait froid dans le dos :
• la destruction des tours jumelles du 11 Septembre 2001 ;
• la destruction des bouddhas de banian ;
• la destruction du patrimoine culturel de Tombouctou (mausolées et mosquées) ;
• l’assassinat des femmes à la kalachnikov sous les applaudissement de la tribu;
• la flagellation de la femme en public ;
• l’obligation faite aux femmes du port de la burka et du voile intégral ;
• l’interdiction de l’éducation des filles ;
• les attentats suicides et les automobiles piégées au milieu de la foule ;
• le banditisme et la prise d’otages ;
• le culte du jihad et de la charia ;
• l’appel au meurtre.
Ce qui laisse le monde civilisé perplexe est que ces exactions, à part la destruction des tours jumelles et les prises d’otages qui ont été des actions aveugles, s’exercent contre des musulmans qui sont considérés comme « infidèles » au prétexte mensonger qu’ils ne respectent pas la lettre du Coran. Ces forfaitures manifestent ainsi l’inculture et l’obscurantisme total de leurs auteurs. Leur haine est une haine identitaire et non une haine de culture, parce qu’ils n’ont aucune culture islamique, aucune culture arabe, tout simplement aucune culture. Ces islamistes ne sont rien d’autre que des terroristes incultes et barbares. Il est impossible de les considérer comme des êtres humains à part entière. Violence, haine, aculturation, amoralité les caractérisent, comme cela caractérise de nombreux animaux sauvages. Les islamistes extrémistes, salafistes, wahabites et autres talibans ou jihadistes, sont le chainon manquant entre les animaux et l’homme, rejoignant ainsi les assassins génocidaires de l’Histoire assis sur une branche pourrie de l’arbre de l’évolution.
02 juillet 2012
Dilemme et contradiction
Les résultats en trompe-l’œil du dernier G20 laissent une impression de tour de passe-passe qui veut nous faire croire que les tourmentes de la zone euro sont derrière nous. La meilleure preuve en est le projet (ce n’est donc pas une certitude !) de 120 milliards d’investissement pour la relance de la croissance. La zone euro compte 17 pays, ce qui représente 7 milliards pour chacun. Rappelons-nous que le « grand emprunt » souscrit par le dernier gouvernement Fillon a été de 37 milliards d’euros pour la seule France ! De plus, ces 120 milliards comprennent des fonds structurels existants et des « project bonds » destinés à financer de grands chantiers (vieille idée de J.Delors qui prônait l’Europe des grands projets), non précisés jusqu’à présent. Cela relativise fortement l’impression de victoire suscitée par ces 120 milliards ! Par contre, la certitude existe que les divergences entre l’Allemagne et la France persistent et contribuent à distendre les relations entre ces deux pays. Deux conceptions s’affrontent sans que l’on puisse dire aujourd’hui si un compromis véritablement opératoire est à l’horizon. Sous la pression des « nonistes », F. Hollande met l’accent prioritaire sur la reprise de la croissance et sur la solidarité européenne au détriment de l’intégration européenne qui nécessite la perte d’une partie de la souveraineté nationale. N’oublions pas, en effet, que le PS comporte, en son sein, des « nonistes » dont le plus éminent est l’actuel ministre des Affaires Etrangères, et qui sont, pour partie, souverainistes. Encore faut-il s’entendre sur ce terme. En effet, il existe deux souverainismes bien différents : celui qui se traduit par la souveraineté du peuple et celui qui veut dire la souveraineté de la Nation. Le premier se nomme démocratie, le second se nomme nationalisme. Les « nonistes » socialistes sont les défenseurs de la souveraineté de la Nation quitte à jouer avec le feu et provoquer (souhaiter ?) l’éclatement de la zone euro. En ce sens, ils se comportent en alliés objectifs des marchés spéculatifs qui font le même pari. L’Allemagne, principal contributeur de la zone euro et attachée à une monnaie forte et à une inflation faible, donne pour ces raisons la priorité à une intégration européenne plus forte, c’est-à-dire à un contrôle budgétaire des pays « dépensiers » (dont la France fait partie) avant de consentir à toute dépense dite d’investissement supplémentaire. Cette intransigeance allemande tient au fédéralisme et au fait que la Chancelière est obligée d’obtenir l’accord du Bundestag sur toute décision qu’elle pourrait prendre. Or, les eurosceptiques sont de plus en plus nombreux en Allemagne. Bref, malgré l’autosatisfaction française et l’apparente euphorie de la Bourse (nécessairement éphémère), la situation n’a, en réalité, guère évolué et l’Europe n’est pas sortie de ses difficultés. N’est-il pas étrange que plus personne ne parle de la Grèce alors que sa situation est toujours aussi catastrophique ? De même que le capitaine Haddock perd le sommeil pour ne savoir décider s’il doit dormir avec la barbe sur ou sous les draps, les responsables politiques européens se demandent s’il faut en priorité plus d’intégration ou plus de croissance. Le seul constat qui s’impose est que l’Europe n’a pas de grand leader.
14 juin 2012
Rétroaction et démocratie
En cybernétique, la rétroaction est utilisée afin que les effets d’un système agissent sur les causes pour atteindre un optimum de fonctionnement. Mais il arrive que la rétroaction des effets sur les causes amplifie le déséquilibre. On parle alors de rétroaction positive. Par exemple, le réchauffement des eaux de l’océan Arctique fait fondre la glace polaire dont la surface diminue. Or, par effet albédo, la glace renvoie une partie des rayons solaires vers l’atmosphère. Si la surface de la glace diminue, l’effet albédo diminue également, l’absorption des rayons solaires par l’océan augmente et le réchauffement des eaux également. Ainsi, le réchauffement climatique crée un cercle vicieux accélérant la fonte des glaces. En physique, ces rétroactions positives sont nombreuses et connues. Mais elles existent aussi dans le monde politique. Les hommes politiques sont addicts du pouvoir et les citoyens, qui ne sont que des humains, sont essentiellement individualistes et égoïstes. Ces deux caractéristiques des hommes créent une rétroaction positive qui dénature profondément le fonctionnement de la démocratie. En effet, les dirigeants politiques, du fait de leur addiction, cherchent à conserver le pouvoir par tous les moyens disponibles dont le plus simple est de satisfaire coute que coute l’égoïsme de ceux qui doivent les élire. Comme ceux-ci ne sont préoccupés que par ce qui sert leur intérêt personnel et immédiat, les hommes politiques de tous bords sont immanquablement poussé au populisme de plus en plus prononcé pour conserver leurs électeurs. Il s’agit d’une sorte de contrat synallagmatique non écrit : « Dis-moi ce que je veux entendre et je voterai pour toi ». La poussée du populisme est visible dans tous les pays européens. Cette rétroaction positive empêche les dirigeants d’avoir une vision à long terme qui demanderait des investissements (donc des impôts) dont la rentabilité ne peut se mesurer que dans le long temps et de s’engager dans des actions privilégiant l’intérêt collectif sur les intérêts corporatistes. C’est pourquoi l’écologie et la lutte contre le réchauffement de la planète ou le gaspillage des ressources n’ont aucune chance. La preuve en est cette floraison de projets d’extraction pétrolière au Pôle Nord ou dans les réserves terrestres et maritimes, et tant pis pour les peuples du Nord canadien et pour les Amérindiens. A l’Assemblée plénière du IVe sommet de la Terre en 2002 à Johannesburg, Jacques Chirac s’est exclamé : « La maison brule et nous regardons ailleurs ». Les hommes ne regardent pas ailleurs, ils contemplent leur nombril. Churchill avait raison en disant que la démocratie est le pire des systèmes à défaut de tous les autres. Pour échapper à cette rétroaction positive et mortifère, il faut des hommes d’Etat exceptionnels comme l’ont été Louis XIV, Napoléon, Clémenceau, Churchill, De Gaulle et quelques autres qui étaient tout sauf « normal » ! Hélas, ces hommes sont rares.
06 juin 2012
Le machisme d’Etat
Le Conseil Constitutionnel est sensé être le siège de la sagesse éclairant le monde politique pour le guider dans son travail législatif et lui éviter de sortir des principes de la Constitution Française. Ils sont neufs sages qui regardent d’un œil scrupuleux les travaux de l’Assemblée pour donner ou refuser leur imprimatur. Le Code Pénal contenait un article punissant le harcèlement sexuel. La loi de 1992, modifiée en 2002, précisait que le fait de harceler autrui dans le but d’obtenir des « faveurs » (sic !) de nature sexuelle est puni d’un an de prison et de 15000 euros d’amende. Le Conseil Constitutionnel a abrogé cet article du Code pénal au prétexte qu’il a jugé la formulation trop floue, avec effet immédiat. Et l’effet a été immédiat. Toutes les plaintes en cours, tous les procès en cours concernant un harcèlement sexuel ou moral ont été annulés. La situation est donc qu’aujourd’hui il est devenu impossible de porter plainte pour ce motif. Les harceleurs peuvent donner libre cours à leurs vices… et les femmes n’ont plus que le droit de se morfondre et de supporter. On imagine sans peine la détresse de celles qui sont soumises à leurs bourreaux malveillants, qu’ils exercent leur sale boulot au sein du monde du travail ou du monde conjugal. Neufs hommes et deux femmes siègent au Conseil constitutionnel. On imagine facilement, du moins on l’espère, l’indignation de ces dernières lorsque les machistes cacochymes ont effacé d’un trait de plume le seul moyen donné aux femmes harcelées de se défendre tant bien que mal. Certes, l’Assemblée va voter un nouveau texte sur la violence faite aux femmes. Mais le temps passe et laisse les harceleurs dans l’impunité totale. Les allées et venues entre l’Assemblée et le Sénat vont laisser le temps pour que quelques femmes soient poussées à la démission, voire pire. Comment ces hommes d’un autre temps n’ont-ils pas imaginé de laisser la loi en cours se poursuivre et de demander aux politique d’en améliorer le texte avant toute abrogation, pour éviter ce vide juridique insupportable, même s’il est provisoire. Il est plus que temps que la constitution du Conseil constitutionnel soit revue en profondeur !
21 mai 2012
Un état des lieux
François Hollande nous dit, avec aplomb, avoir déjà honoré son mandat au prétexte que les membres du dernier G8 ont évoqué le mot de croissance durant leurs discussion. On savait déjà depuis longtemps que le G8 n’aboutissait jamais à des décisions et se contentait toujours d’une langue de bois de bon aloi. Très disert sur le pourquoi mais silencieux sur le comment, le dernier G8 n’a pas échappé à cette règle et il n’y a guère que le Président Français pour s’en réjouir. Certes, ils ont parlé de croissance mais en se contentant d’une lapalissade en affirmant que le monde se porterait mieux si la croissance était là. Point final ! Mais quelle croissance et comment l’obtenir ? Que devient la rigueur budgétaire ? Tout le monde doit-il se comporter de la même façon ? Touts ces questions n’ont pas été abordées … de peur de mettre à jour les profonds désaccords entre les membres du G8. Doit-on rechercher la croissance par des réformes structurelles, comme l’assouplissement du marché du travail, améliorant la compétitivité comme le préconise l’Allemagne ? Ou doit-on adopter une démarche keynésienne, comme le voudrait la France, pour augmenter la demande ? Les USA peuvent se permettre une telle démarche, qui creuse les déficits à court terme, car la FED peut compenser le déficit en faisant fonctionner la planche à billet de leur monnaie de réserve, ce qui est interdit à la BCE. Il faudrait que F. Hollande arrive à convaincre l’Allemagne, traumatisée par une éventuelle augmentation de l’inflation et qui refuse obstinément de modifier les règles de fonctionnement de la BCE. Y parviendra-t-il ? Rien n’est moins sûr. La France et l’Allemagne ont deux politiques économiques très différentes. Le moteur économique français est la demande, soutenue par les transferts sociaux. Or, ceux-ci sont, depuis des décennies, alimentés par l’emprunt et, donc, par l’augmentation de la dette. De plus, l’efficacité de ce choix est douteux, car l’augmentation de la demande entraine une augmentation de la consommation de produits étrangers, donc des importations qui ont un impact négatif sur la balance des paiements. L’Allemagne a fait un tout autre choix. Elle a adopté une politique de l’offre par l’augmentation de la qualité de ses produits et la maîtrise des coûts de production, ce qui favorise ses exportations. Cette politique impose des réformes structurelles que l’Allemagne a mises en œuvre grâce à un consensus social incluant les syndicats. Cette acceptation syndicale est absolument impossible en France.
L’Europe du Nord et l’Europe du Sud se partagent sur cette dichotomie économique. Or, l’Euro est une monnaie forte très adaptée à l’économie des pays du nord mais qui handicape sérieusement les pays du sud. Ceux-ci auraient besoin de dévaluer leur monnaie pour retrouver un peu de compétitivité. Mais cela est impossible dans le cadre d’une monnaie unique. La seule solution est une augmentation des salaires dans les pays nordiques, en Allemagne particulièrement, entraînant une certaine perte de compétitivité, donc une amélioration parallèle de celle des pays du sud (Espagne, Portugal, Italie).
L’Europe est donc confrontée au choix entre deux scénarios. Le premier consiste à mettre en place des plans de rigueur qui doivent théoriquement permettre de retrouver l’équilibre budgétaire le plus rapidement possible. C’est ce que préconise l’Allemagne. Le second consiste à obtenir une relance économique avant toute mise en œuvre d’un plan de rigueur. C’est le choix des USA. Mais il existe peut-être une troisième voie consistant à rechercher une relance économique tout en mettant en œuvre une recherche progressive et étalée dans le temps de l’équilibre budgétaire. Le drame grec montre l’impasse du premier scénario et plaide en faveur de cette troisième voie. Encore que, pour les grecs, le véritable problème n’est pas l’équilibre budgétaire mais par la reconstruction d’un Etat, inexistant depuis des décennies. C’est un pays qui ne produit plus rien. C’est pourquoi les diminutions drastiques des salaires et des pensions ne produisent aucun effet positif sur le PIB donc sur la richesse du pays. C’est un pays entré par effraction en Europe où la fraude est le sport favori des gouvernants et des élites. Il est à craindre que les futures élections grecques ne résolvent rien. Faut-il coloniser la Grèce ?
15 mai 2012
Le chaos grec
Le spectacle de la Grèce laisse pantois. Il est rare de voir une équipe gouvernementale aussi incompétente et inconsciente, aveuglée par un solipsisme mortifère et des préoccupations bassement électorales devenues prioritaires par rapport au sort du pays ! Les mines réjouies des chefs de partis réunis par le Président de la République grecque sont consternantes, alors que l’Europe avance à grands pas vers le chaos. Les Grecs sont des escrocs et leurs hommes politiques également. La Grèce est entrée par effraction en Europe, a trompé les européens en truquant ses comptes pour faire croire qu’elle respectait les critères d’entrée dans la zone euro au détriment du contribuable européen. C’est un pays qui ne produit plus rien et dont la seule activité industrielle exercée par les armateurs est délocalisée dans les paradis fiscaux. C’est un pays dont le système fiscal est déliquescent avec la complicité des responsables politiques et où la fraude fiscale est, depuis des années, un sport national. L’Europe n’est pas sans responsabilité. Jamais elle n’aurait dû accepter l’entrée de la Grèce sans que celle-ci ne rénove de fond en comble son système fiscal. Le laxisme européen en la matière est une faute grave. Dans la situation actuelle, il n’eixte que trois solutions. La première est la sortie de la Grèce de la zone euro. Mais il n’existe pas de mécanismes prévus pour qu’un pays puisse en sortir. Par contre, ces mécanismes ont été prévus pour une sortie de l’Europe. Ce qui veut dire que si la Grèce sort de l’Euro, elle doit sortir de l’Union européenne. Ceci conduit à exclure de l’Europe les inventeurs de la démocratie. La crédibilité de l’Europe dans le monde est morte. Au nom de quoi, les européenne pourraient-ils demander l’application des droits de l’homme quand ils excluent de leur rang les inventeurs de la démocratie ? De plus, cette sortie de la Grèce entrainerait aussitôt la spéculation contre les autres pays européens en difficulté comme le Portugal et l’Espagne, donnant naissance à un jeu de dominos mortel. La seconde solution est l’engagement des pays de la zone euro de payer à fonds perdus les errements de la Grèce. Mais, dans ce cas, comment vont réagir des peules comme les allemands qui ont déjà accepté une politique de rigueur pendant plusieurs années et à qui on demanderait de payer à fond perdu pour des escrocs ? La troisième solution est que la Grèce se dote enfin d’un gouvernement crédible et qu’on laisse à ce dernier le temps d’une sédation et de reconstruire une véritable économie, tout en assainissant sa situation fiscale et financière. Cela veut dire que l’on abandonne le dictat d’un retour à l’équilibre budgétaire en deux ou trois ans, thérapeutique qui conduit immanquablement à tuer une Grèce enfin guérie. Il faudra, en effet, plus de dix ans à la Grèce pour arriver au bout de ce chemin. Donnons-lui, et donnons-nous, cette chance.
12 mai 2012
Insignifiance
Au début étaient les croyances. L’homme s’est toujours angoissé devant l’incompréhensible. Pour conjurer ses peurs, il a inventé ses Dieux. Depuis toujours, l’homme ne supporte pas l’incompris et se tourne invariablement vers le sacré pour trouver les explications qui lui manquent. Avec le temps, ses explications surnaturelles se sont sophistiquées et elles ont fourni le terreau des religions depuis la préhistoire et l’Antiquité. Se protégeant de toutes parts et contre tous les hasards, les hommes se sont entourés d’une multitude de créatures divines construisant une véritable généalogie foisonnante et une histoire divine. L’idée d’un Dieu unique n’est apparue localement que lentement pour aboutir au monothéisme juif, berceau des autres religions du Livre. Pour ces religions, Dieu avait un projet, celui de placer l’homme au centre de sa création, donc du monde. Cette croyance a structuré la physique et la philosophie pendant des siècles. Dès l’Antiquité (Thales de Milet -625, Anaximandre -610, Anaximène -528, Aristote -384, Hipparque -190, Ptolémée +90) le monde était géocentrique, c’est-à-dire que la Terre, berceau de l’Homme, était au centre d’un monde qui tournait autour d’elle donc autour de lui. Puis la science a accumulé des connaissances et mis à jour de nouvelles vérités qui ont, peu à peu, rejeté l’homme hors du centre de la création jusqu’à en faire un accident cosmologique et évolutionniste. Bien entendu, cela ne pouvait se faire sans que la religion, se sentant menacée, proteste et résiste vigoureusement, parfois sauvagement. Ainsi, en 1600, Giordano Bruno est brûlé vif pour avoir émis l’hypothèse que le centre du monde était non pas la Terre mais le Soleil, hypothèse reprise par Galileo Galilei en 1633 qui fut obligé de renier ses convictions pour sauver sa vie. Mais le mouvement était engagé de façon irréversible. Le géocentrisme était mort pour que vive l’héliocentrisme. Ensuite vinrent Copernic (1473) et Thyco Brahé (1546). Ce dernier observe longuement le ciel et note précisément ses observations qui vont devenir un matériau précieux pour les astronomes à venir et qui vont permettre de nouvelles descriptions de l’Univers, en particulier celles de Kepler (1571) et de Newton (1643). Il devint évident que le Soleil n’était pas unique mais n’était qu’une étoile similaire à toutes celles que l’on pouvait observer. Puis l’observation du monde devint de plus en plus précise et profonde. Le Soleil devint alors une étoile perdue au sein d’une galaxie de 100 milliards d’étoiles, accompagnées par une centaine de milliards de planètes et portant un coup fatal à l’image de l’Homme au centre du monde. La place de l’homme devenait périphérique au monde, sur une petite planète dérisoire. La situation empira lorsque Hubble (1889) observa que l’Univers comptait environ 100 milliards de galaxies. A ce stade, si l’on considère la probabilité pour qu’autour de certaines de ces innombrables étoiles gravitent des planètes similaires à la notre, celle-ci n’est pas nulle entraînant comme conséquence immédiate que la vie existe ailleurs, mais tellement loin de nous que nous ne pourront jamais en être certains. L’homme n’est peut-être pas seul mais il est isolé sur un grain de poussière perdu dans le Cosmos. L’Homme devient insignifiant. Et voilà que la science persiste dans la désacralisation de l’homme. Hubble, Einstein (1879) et Lemaître (1894) démontrent que l’Univers tel qu’on le voit n’est pas éternel mais qu’il a une histoire et qu’il n’a pas été créé en 7 jours mais qu’il a fallu 13,7 milliards d’années pour devenir ce qu’il est aujourd’hui. La recherche actuelle et centrale en physique, aujourd’hui, est la quête d’une théorie « du tout », conciliant la physique quantique et la relativité générale. Une des démarches actuelles se nomme « gravitation quantique à boucles ». Elle fait émerger une idée nouvelle d’un espace discontinu, composé d’atomes fondamentaux et expliquant l’origine de notre Univers comme un rebond d’un Univers précédent qui se serait effondré en amont du notre. Ceci n’est qu’une conjecture mais est aussi une conséquence d’un modèle physique de gravitation relativiste qui peut être mis à l’épreuve de l’expérience. Ainsi, après le geocentrisme, l’héliocentrisme, le galactocentrisme, c’est au tour du cosmocentrisme d’être pulvérisé. La conséquence est que l’homme et son monde ne sont au centre de rien !
Mais la croyance dans un rôle particulier de l’homme a subi un autre choc. L’ouvrage « L’Origine des espèces » de Charles Darwin paraît en 1859 et explique l’évolution par la sélection naturelle. Cette théorie a évoluée jusqu’à aujourd’hui mais son postulat de base reste toujours inchangé. Ainsi, l’homme n’est pas une création ex-abrupto mais le résultat d’une lente évolution dans laquelle le hasard a toute sa place. Nous avons notre origine première dans l’apparition des cellules eucaryotes dont un descendant est le picabia, modeste poisson ayant échappé de justesse à la disparition. L’homme n’est qu’une petite branche d’un arbre de l’évolution extrêmement touffu et devient un accident de cette évolution, résultat des changements de l’environnement. Aujourd’hui, les biologistes soupçonnent que le hasard est partie prenante dans le fonctionnement de la cellule elle-même et devient donc un facteur de l’évolution. L’Eglise, qui voit son emprise sur les esprits des hommes, est, bien entendu, farouchement opposée à cette vision et, après avoir condamné Darwin, elle condamne aussi Pierre Teilhard de Chardin en 1924 qui dénie au mythe du péché originel toute réalité. L’esprit religieux ne supporte pas que l’homme soit devenu un pur produit accidentel de l’évolution au sein d’une histoire cosmologique qui considère notre monde et notre présence dans ce monde comme une péripétie. Aujourd’hui, les églises sont relativement silencieuses mais elles ont trouvé un relai menaçant dans les adeptes du « dessein intelligent » et du « créationnisme ». Les tenants du dessein intelligent soutiennent que les conditions physiques nécessaires à l’apparition de la vie sur notre planète sont tellement précises qu’elles ne peuvent être le fruit du hasard mais sont dues à la volonté d’une intelligence supérieure. Puisque l’homme n’est pas une création divine mais naturelle, c’est une volonté « divine » qui est la cause des conditions initiales nécessaires qui devaient conduire à l’homme (S. Meyer en 1988). Seule une intelligence supérieure peut avoir donné naissance à la complexité du monde et du vivant. Aujourd’hui, des physiciens de renom sont des apôtres de cette croyance, tel Trinh Xuan Thuan. Le créationnisme est encore plus réactionnaire en combattant vigoureusement la théorie de l’évolution et en considérant le Darwinisme comme une hérésie. C’est une doctrine religieuse fondée sur la croyance selon laquelle la vie, la Terre, et par extension l’Univers, ont été créés par Dieu, selon des modalités conformes à une lecture littérale de la Bible. C’est une croyance qui oublie l’existence de Tumaï, ancêtre de l’homme actuel et âgé de 7 millions d’années et qu’il est donc incompréhensible que Dieu ne se soit préoccupé du sort de l’Homme qu’il y a deux mille ans, considérant de grandes civilisations antérieures comme négligeables ! Le danger de cette croyance est qu’elle existe dans le monde entier, particulièrement aux Etats-Unis et dans le monde musulman. L’histoire des religions montre que celles-ci se sont toujours opposées aux découvertes scientifiques et il est angoissant de constater que l’obscurantisme s’étend à nouveau sur le monde.
Enfin, devant l’insignifiance de l’homme qui ressort de notre compréhension de plus en plus précise des lois de la Nature, la question qui se pose est bien celle du sens de la vie humaine. A quoi peut bien servir, d’ailleurs, de se poser cette question lorsque l’on prend conscience que l’on est le résultat d’une évolution hasardeuse, perdu sur un minuscule grain cosmique tournant autour d’une petite étoile au sein d’une galaxie de 100 milliards d’autres, galaxie accompagnée elle-même d’une centaine de milliards de compagnes formant un Univers parmi un nombre inconnu d’autres mondes parallèles à jamais inaccessibles ? Pourquoi y aurait-il un Dieu se préoccupant d’une telle insignifiance ?
06 mai 2012
Monsieur le Président – 2
Le 7 Mai 2007 j’écrivais dans ce journal une lettre ouverte au nouveau Président de la République. Les mots que j’écrivais alors pourraient être exactement les mêmes aujourd’hui, au moment où vous accèdez à la magistrature suprême : Votre responsabilité est de tenir vos promesses, elle est donc grande car, finalement, il s’agit de la vie ou de la mort de la démocratie républicaine. Et le risque est grand, car, malgré votre prudence coutumière, vous avez beaucoup promis. En effet, au-delà des grands principes que vous avez agités comme un drapeau (Moi, Président …), la réalité va vous tirer par les pieds dès ce soir. La crise n’est pas derrière nous, bien au contraire. Nous sommes à l’aube de bouleversements considérables dans une France qui est aujourd’hui parfaitement coupée en deux, dont chaque moitié risque d’entrer en confrontation avec l’autre. Les extrêmes progressent partout en Europe, voire dans le monde. Les pays dits développés ont maintenant à payer la dette qu’ils doivent aux pays émergents, au détriment desquels ils ont construits égoïstement pendant deux siècles leur confort et leur croissance économique. L’Union européenne est fragile et attaquée par toutes les puissances financières du monde. Votre fardeau est lourd, mais vous l’avez souhaité. Il vous faut donc montrer le courage nécessaire pour affronter les vents menaçants venant du reste du monde. L’heure n’est plus aux synthèses de compromis mais aux choix difficiles. Le monde va vous poser des questions auxquelles il vous faudra répondre.
03 mai 2012
Sombre péril
Il y a longtemps que l’avenir n’avait été aussi sombre. 1929, 1939, aujourd’hui. La pauvreté de la campagne présidentielle a débouché sur le pire (l’inéluctable ?), à savoir la montée spectaculaire de l’extrême droite. Certes, la présidence ne sera pas d’extrême droite, quel que soit l’élu. Après des échanges de bonneteurs suivis de lancers de boules puantes, la vulgarité populiste de l’un, la prudence hypocrite de l’autre, ont ouvert un large boulevard à la représentante de cet extrême qui a su trouver les mots et les facilités démagogiques pour attirer, comme la lumière attire, pour finalement les brûler, les papillons de nuit, tous ceux qui sont rongés par l’angoisse de l’avenir. Et ceux-ci se trouvent dans pratiquement toutes les catégories de la population : les jeunes, les ouvriers, les agriculteurs, les fonctionnaires. La stratégie de l’extrême droite devient lumineuse. Après l’échec prévisible du candidat président sortant, la droite républicaine va exploser violemment en ses diverses composantes (humaniste, populaire, gaulliste de gauche) et l’on va assister à la recomposition du paysage politique. En effet, le Front National est susceptible de se retrouver au second tour des législatives dans plus de trois cents circonscriptions, c’est-à-dire de provoquer un nombre considérable de triangulaires. La droite dite populaire, les souverainistes, l’extrême droite vont alors être tentés d’rganiser un front commun débouchant sur la naissance d’une nouvelle opposition aux socialistes qui auront accaparé tous les pouvoirs : la Présidence de la République, la majorité à l’Assemblée Nationale et au Sénat, la présidence des conseils régionaux. Les difficultés qui vont se présenter à la Gauche au pouvoir sont tellement importantes que cette nouvelle opposition risque d’arriver au pouvoir aux législatives suivantes. La France sera alors dans les mains des tenants d’une politique de protectionnisme, de dévaluation par sortie de l’Euro, d’isolationnisme par reconstitution des frontières. La France risque de se retrouver hors du jeu des nations . Dans un pays où un leader syndical se sert de l’espace public pour scène d’une haine personnelle, l’avenir est alors un inéluctable et terrible déclin. Et l’avenir dure longtemps !
28 avril 2012
Bonnet d’âne
On croit rêver, mais on n’est jamais surpris. Voilà qu’une nouvelle doxa s’éparpille au sein du monde politique européen. Voilà que les responsables politiques nous expliquent doctement qu’on ne peut pas plonger l’Europe dans la récession sans courir au-devant de véritables révoltes populaires. Les drames espagnols et grecs, les difficultés française, belge, néerlandaise, portugaise, irlandaise, hongroise, italienne, ont enfin ouvert les yeux des dogmatiques qui manipulent l’Europe depuis plusieurs années. Ils ont voulu nous faire croire que la recherche de la croissance était incompatible avec la rigueur budgétaire et la recherche d’une diminution des dépenses. Tous ces politiques auraient dû faire un stage de formation en entreprise pour apprendre que la recherche de la compétitivité était le corolaire indispensable d’une volonté d’éliminer les gaspillages et de rechercher des économies de fonctionnement. Ils auraient appris que la rigueur budgétaire n’était pas autre chose que d’éviter de dépenser plus que l’on ne gagne. Et que cette rigueur n’était pas contradictoire avec une politique d’investissements orientée vers la compétitivité. Mais méfions-nous une fois de plus du discours politique. Il n’est pas certain que sous le mot « croissance » ne se cache pas les démons de la démagogie et de la facilité. En effet, la seule croissance réelle d’un pays est celle qui est le résultat d’une balance commerciale positive, résultat d’exportations plus importantes que les importations. Cela aussi, les entrepreneurs le savent depuis toujours. Des investissements dans des activités non productives ne feraient qu’accroitre les difficultés et augmenter la dette. Prévoir la création de 60.000 postes supplémentaires de fonctionnaires, essentiellement dans l’Education Nationale, est absolument insuffisant et peut-être même dangereux. L’inefficacité globale de cette dernière ne s’explique pas uniquement par le manque de professeurs. Les entreprises savent bien que l’augmentation des moyens existants est, le plus souvent, très insuffisante. Si les investissements ne sont pas orientés de manière massive dans la compétitivité industrielle et de service, la situation ne fera que s’aggraver. L’innovation, qui n’a rien à voir avec la simple augmentation des moyens, est à la racine de cette compétitivité à retrouver. Les discours sur l’immigration, sur la présomption de légitime défense, noient le véritable problème du pays. Ainsi, même si le discours politique change, son imprécision et son flou font craindre que le pire n’est pas exclu.
24 avril 2012
Le vide politique
Nous sommes en sidération devant le choix qui nous ait demandé de faire, au soir du premier tour des élections présidentielles. Pour diriger la cinquième puissance mondiale (pour combien de temps ?), la France n’a pas trouvé mieux qu’un candidat rongé par ses pulsions populistes et sa fascination pour l’argent et un autre qui n’a aucune expérience gouvernementale et internationale. Les français ont désigné deux candidats qui n’ont rien dit sur leur vision du pays et de son avenir, qui n’ont rien dit la guerre à mener contre la finance spéculative responsable de la plus grande crise que le monde ait connu depuis 1929, qui n’ont rien dit sur la réindustrialisation de la France et sur le retour à l’équilibre de sa balance commerciale, qui n’ont rien dit sur la pauvreté grandissante du pays, qui n’ont rien dit sur la politique internationale de la nation, mais qui nous ont abreuvé de mesurettes dans une véritable course à l’échalote. Les avances appuyées et sans vergogne que les deux candidats font au Front National est le signe qu’ils ne font aucune différence entre l’action politicienne aux petits pieds et la véritable action politique qui exige d’avoir de vraies convictions. Il faut que le petit monde politique soit bien pauvre pour qu’il ait été impossible de trouver des hommes d’envergures pour prétendre conduire le pays. Il semble aujourd’hui que le sort en soit jeté et que le futur Président soit déjà connu. Nous avons devant nous le vrai cauchemar de voire réapparaître dans la vie gouvernementale tous les vieux caciques du Parti socialiste, accrochés au pouvoir comme le sparadrap au doigt du Capitaine Haddock. Le vide politique est un puits sans fond.
09 avril 2012
Pauvre Afrique
La malédiction continue de s’abattre sur le continent africain, perclus de coups d’Etat, de révoltes, de génocide, de guerres picrocholines, de famine, de sécheresse, de dictatures. Les hommes au pouvoir jouent avec la démocratie en s’accrochant à leur poste parfois par tous les moyens. L’Afrique se meurt de ces officiers subalternes qui sont à l’affut de la prise de pouvoir au seul fait qu’il porte des galons et une kalachnikov, de ces capitaines incultes qui n‘hésitent pas à semer la pagaille pour assouvir leur soif de pouvoir en imitant leurs prédécesseurs dans d’autres pays africains. Il est grand temps que les responsables africains imposent à leur armée de rester dans ses casernes ! Partout où le pouvoir vacille, Al Qaida et ses divers avatars, arrivant dans les bagages des insurgés, essaient de prendre le pouvoir en apportant avec eux viols, pillages, meurtres, tortures. Ce sont des voyous et des bandits de grands chemins et seuls les naïfs croient encore qu’ils se battent au nom d’un Dieu ! Qui peut croire une pareille baliverne ! La prise d’otage est l’arme favorite des bandits de grand chemin. Le silence des musulmans devant ce dévoiement de leur religion est assourdissant. L’Azawad, région du Nord Mali et revendiqué par les Touaregs, est situé au cœur du Sahel qui est depuis longtemps une zone d’action d’Al Qaida. Les Touaregs ont amené ces terroristes avec eux, comme un parasite accompagne son hôte. L’Azawad a des frontières avec l’Algérie, le Niger, la Mauritanie, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Burkina Fasso, et se trouve ainsi dans la capacité de diffuser le terrorisme dans la totalité du Sahel. Les occidentaux ont leur part de responsabilité dans les évènements du Mali. Oubliant la leçon de l’Irak, les Occidentaux n’ont pas anticipé les conséquences de la chute du tyran Libyen et les Africains se trouvent aujourd’hui en face de terroristes surarmés grâce à l’arsenal libyen qui s’est dispersé dans la nature. Aux frontières de l’Europe, un continent entier est en proie aux convulsions de la violence sous toutes ses formes.
04 avril 2012
Au secours !
Jamais campagne électorale présidentielle n’aura été aussi en décalage avec les préoccupations des Français et avec les défis auxquels le pays est confronté. Jamais l’avenir n’a été aussi menaçant, tant sur le plan économique et social que sur le plan environnemental, sans oublier l’instabilité générale du monde au Moyen-Orient, en Afrique, sans oublier non plus que les USA sont plongés dans une dette abyssale qui fait courir un risque majeur au monde entier. Encadrés par des règles du jeu du CSA datant du siècle dernier et en complet décalage avec les besoins d’une campagne efficace, aucun débat sérieux n’est proposé. Alors, les candidats jouent au bonneteau et sortent de leur chapeau électoral des annonces de bateleurs de marchés. A chaque annonce de l’un d’entre eux répond une nouvelle proposition d’un autre candidat, tout aussi opportuniste. Nous aurons, parions-le et dans un proche avenir, un combat des chefs sur le chiffrage des projets, si tant est que ces suites d’annonces sans cohérence d’ensemble forment un véritable projet. Le résultat en est que le plus grand parti de France risque d’être les abstentionnistes puisque plus de 30% des électeurs disent avoir l’intention de ne pas voter. François Mitterrand avait pronostiqué être le dernier « grand » président de la Vème République. Le spectacle que nous offrent les candidats lui donne raison ! A chaque jour sa petite proposition, sa petite phrase, son attaque personnelle. Pendant ce temps, les français s’interrogent sur leur destin et sur celui de leurs enfants. Comment allons-nous échapper au piège allemand qui a imposé à la zone euro une stricte politique budgétaire au prix de sacrifices énormes pour les moins privilégiés et qui s’apprête à tourner le dos à la zone euro pour faire des affaires avec l’Est, pays où ses industries ont délocalisé leurs fabrications ? Comment l’industrie française peut-elle retrouver la voie de la compétitivité et de l’innovation, quelle stratégie de réduction de la dette tout en préservant l’investissement et le modèle social, quelle politique européenne et quelle vision de l’Europe ? Quels sacrifices doit-on consentir pour quel projet d’avenir ? Il est à craindre que nous n’aurons pas de réponse à ces questions, les politiques vivant dans le monde de l’immédiateté et du court-terme alors que les problèmes de fond demandent d’investir dans le moyen et le long terme, seul horizon adapté aux problèmes qui accablent le pays.
24 mars 2012
Ecœurement
Rappelons-nous qu’il s’agit d’un tueur d’enfants. Cet homme a attrapé une fillette de 6 ans par les cheveux pour lui poser un révolver sur la tempe et appuyer sur la détente. Imagine-t-on la terreur de cet enfant pendant cet acte abominable que les mots ne savent pas décrire. C’est pourquoi rien ne peut justifier la polémique qui s’instaure entre le responsable du GIGN et le responsable du RAID, polémique reprise à l’envi par les politiques, pour ergoter sur la meilleure façon de procéder en face d’un tel monstre. Décidément, la polémique est un sport national qui soulève le cœur. Il est facile et populiste de faire des hypothèses et de l’uchronie afin d’expliquer maintenant ce qu’il aurait fallu faire pour éviter un tel désastre. La réalité est toujours plus difficile et plus complexe que les analyses simplificatrices veulent nous faire croire. On a tellement reproché au gouvernement une politique du tout sécuritaire qu’il est risible d’entendre les bons esprits et les politiques discourir sur l’insuffisance de la sécurité. Décidément, les français ne sont pas à une contradiction et à un populisme nauséabond près. Il faut bien constater que les médias se vautrent dans un tel climat qui leur permet de faire fructifier leur audience. Rien ne vaut le sang et la polémique pour essayer d’attirer le chaland !! Décidément, la politique est le plus noble des métiers lorsqu’elle est animée par la nation, mais le plus triste lorsqu’elle est au service de l’ambition personnelle.
21 mars 2012
Course à l'échalote
L’horreur qui a enveloppé le pays à la suite des tueries successives de Toulouse et de Montauban donne un coup d’arrêt temporaire à la campagne électorale. Temps de respiration, temps de réflexion, prise de recul sur la campagne décevante que nous ont offert jusqu’ici les candidats. Le soudain silence fait ressortir la médiocrité, le populisme, le jeu de bonneteau qui nous ont été servis jusqu’à ce jour. Au-delà des invectives et des ironies assassines, de la mauvaise foi, nous avons assisté à une débauche de propositions sorties du chapeau électoral sur un rythme effréné qui laisse pantois. A chaque intervention d’un candidat, mous avons eu droit à une proposition nouvelle immédiatement suivie par une contre-proposition de ses challengers. C’est de cette manière que nous avons vu apparaître l’exonération fiscale d’une nouvelle catégorie de travailleurs, la suppression du mot « race » de la Constitution, la création d’une taxe nouvelle pour les expatriés, un impôt nouveau pour les plus riches, une modification de l’emploi du temps des enseignants, la réduction de la TVA sur les œuvres culturelles, la renégociation de l’accord budgétaire européen pour y ajouter on ne sait pas quoi (la croissance ?), la renégociation d’accords en vigueur depuis des années comme celui de Schengen, la suppression du défilé du 14 Juillet, la suppression de deux normes anciennes (pourquoi 2 ?) pour chaque nouvelle norme votée, etc, etc … Il y en tant que plus personne ne s’en souvient. La campagne sombre dans une nuée de propositions étriquées comme si la France était isolée du reste du monde. Les journalistes se complaisent également dans des questions de basse politique électorale (quels reports de voies au second tour, quels commentaires sur les sondages, combien de signatures, …). La marque de cette campagne est l’absence des grands problèmes mondiaux : la crise (quelle stratégie pour sortir de la crise ?), l’Europe (quelle vision ? quelle gouvernance de la zone Euro ?), le Monde (quelle politique étrangère : Moyen-Orient et Maghreb, Union pour la Méditerranée, Afrique, Chine, Russie, …). La polémique et la course à l’échalote des propositions ont cantonné la campagne électorale dans le dénigrement systématique et outrancier. Les propositions utiles de Sarkozy, car il y en a quelques unes, sont critiquées pour ne pas avoir été prises pendant le quinquennat qui s’achève, en oubliant que, pendant 4 ans, Sarkozy s’est occupé quasiment à temps plein de la crise financière européenne. Les propositions de Hollande sont systématiquement dites infaisables ou ridicules. Qui nous parle de notre avenir et de celui de nos enfants ?
10 mars 2012
Le monde du silence ou le virus 2.0
La numérisation de la société est en passe de devenir un mal chronique qui plonge nos enfants et petits-enfants dans un monde étrange dont ils ne ressortiront pas indemnes, hélas ! Les écrans ont envahis leur vie et leurs esprits. Cette fascination nous interroge sur sa cause. A peine sortis de leurs occupations obligatoires (école, devoirs, repas en famille, etc …), les enfants s’abandonnent à leur addiction aux écrans. Les yeux rivés sur la machine, les écouteurs vissés dans les oreilles, les voilà complétement isolés du monde qui les entoure. Aveugles, sourds et muets. Sont-ils à la recherche d’une impression de maîtrise du monde dans lequel ils plongent ? Sont-ils fascinés par un monde où ils ont l’impression de n’être soumis à aucune contrainte ? Ils ne s’aperçoivent pas que cette liberté est complètement factice. C’est la machine qui guide et fait tout le travail. L’impression de liberté est purement factice. L’utilisateur est à la merci d’une suite de 0 et de 1, eux-mêmes prisonniers dans le cœur de la machine. Chaque réaction possible de l’utilisateur est prévue d’avance. C’est le nombre important de choix possibles et leur combinatoire qui donne cette fausse impression de libre arbitre et d’initiative. Une conséquence de cette fascination est la difficulté de parler aux autres, comme si ces enfants n’avaient plus rien à dire. On peut craindre que cette coupure de communication entre les enfants et les adultes n’aggrave fortement l’énorme défaut de communication entre les hommes. La vie politique n’est pas immunisée contre ce virus, les hommes politiques confondant marketing et racolage avec une vraie communication, leur discours se focalisant sur l’accessoire et l’argument populiste. Peut-on en vouloir aux enfants lorsque l’on voit les adultes eux-mêmes rivés à l’écran de leur ordinateur ou de leur smartphone et passer un temps infini à naviguer au hasard sur Internet. La croyance aveugle en la véracité des informations trouvées sur Internet supprime tout esprit critique, comme si le fait d’être affichées sur un écran, donnait aux informations une véracité incontestable, alors que l’on sait que 80% de ce que l’on peut y lire n’a aucune valeur ni crédibilité. Le zapping sur le web a remplacé la recherche de la connaissance par la simple boulimique de lecture d’informations d’origine douteuse la plupart du temps. Ces adultes oublient que, pour acquérir une connaissance, il faut y consacrer beaucoup de temps, ce qui est contradictoire avec la doxa du moment qui veut tout, tout-de-suite. Nous voyons se développer une société qui regarde sans voir, qui est composée d’individus isolés les uns des autres, les yeux rivés à l’écran et devenu aveugle au monde. La société est rongée par le virus 2.0 !
17 février 2012
Vous avez dit civilisation ?
Est-ce que le degré de civilisation d’une nation se mesure au niveau de culture de ceux qui la dirigent ? Cette question se justifie lorsque l’on se souvient de la déplorable polémique qui s’est instaurée entre le Ministre de l’Intérieur et un député. Le ministre a usé des termes de « civilisation supérieure », et il lui a été répondu par une comparaison hors de raison avec le nazisme et les camps de concentration. Cette polémique disqualifie leurs auteurs, le ministre comme le député S. Letchimy. A force de vouloir polémiquer plutôt que de réfléchir, les hommes politiques actuels délaissent la controverse intelligente pour préférer l’approximation et l’amalgame. Les attaques sur la personne remplacent le débat d’idées politique. Voilà le signe que la bêtise s’épanouit au sein du microcosme politique, faisant les délices de la société médiatique.
La confusion s’installe dans l’utilisation de concepts tels que civilisation, nation, peuple, culture, système politique. Le mot « civilisation », venant du latin « civis » (citoyen, civil, civilisé) fait appel aux notions de société, de « peuple civilisé » connoté du contexte colonialiste, de manifestations intellectuelles et artistiques de la vie collective d’un ensemble d’individus permettant ainsi de parler de civilisation de l’Egypte pharaonique ou de civilisation Maya, mais également d’un ensemble de peuples relevant d’une même histoire comme la civilisation judéo-chrétienne ou musulmane. Le Robert donne de ce mot la définition du XVIIIe siècle, comme ce qui rend les individus plus aptes à la vie en société et comme processus historique de progrès (matériel, social, culturel) menant à un état social considéré comme avancé. Cette définition met le concept de civilisation en concurrence avec celui de culture. L’emploi du pluriel (« les civilisations ») renvoie à l’histoire alors que le singulier (« la » civilisation) renvoie, quant à lui, à une notion philosophique et de caractérisation globale, étape évolutive de la vie sociale et comporte implicitement un classement entre les peuples, ceux qui représentent « la » civilisation et les autres. Mais alors quels critères utiliser pour reconnaître qu’un peuple représente une civilisation ? Politiques, moraux, intellectuels, techniques ? Et quel est l’état de référence permettant de juger d’une évolution ? Et vers quoi ? Le concept de civilisation n’est, peut-être, utilisable qu’à postériori, c’est-à-dire dans une analyse historique.
Le mot culture est souvent confondu avec le mot de civilisation. Un homme civilisé n’est-il pas un homme cultivé ? On peut prétendre qu’une culture est ce que l’éducation transmet de génération en génération, à savoir des valeurs et des croyances, religieuses ou non (à condition de lever l’ambigüité du mot « valeur »). Thomas Mann opposait culture et civilisation en prenant comme exemple la culture allemande et la civilisation française, ce qui laisse entendre qu’un peuple peut avoir une culture sans être considéré comme civilisé. Il existe, en effet, de par le monde, des cultures qui ne sont pas considérées comme civilisées par d’autres cultures parce que comportant des pratiques qui heurtent. Lorsqu’au sein d’une même nation, on évoque l’existence de cultures différentes, on fait appel à un concept clivant qui tend à souligner un communautarisme. C’est vraisemblablement ce que le Ministre de l’Intérieur avait en tête lorsqu’il prenait comme exemples de ce qu’il voulait dire, le voile intégral et les prières dans la rue.
La réflexion se complexifie lorsqu’on veut préciser les similitudes ou les différences entre les concepts de culture et de système politique. En effet, un système politique est un ensemble de règles sociales et de comportement qui s’impose, d’une façon ou d’une autre (dictature, théocratie ou démocratie) aux individus appartenant à la même nation (concept juridique et historique). Certains systèmes mettent en pratique l’égalité homme/femme, d’autres non. En ce sens, on est en droit de dire que l’on préfère certains systèmes politiques à d’autres. C’est ce qu’il aurait été préférable que dise le ministre de l’Intérieur.
En utilisant des concepts sans nuance et en simplifiant à outrance leur complexité, le débat sombre dans la caricature et souligne l’inculture politique.
13 février 2012
Révolte grecque
Les Grecs sont descendus dans la rue pour crier leur révolte devant l’effondrement de leur vie matérielle dû aux mesures successives et jamais suffisantes d’austérité mises en œuvre par le gouvernement. Le pays tout entier plonge dans la précarité, le chômage explose, la moitié de la jeunesse est sans travail, la dépression s’accentue et l’avenir reste bouché. La misère est la mère de la révolution française. Lorsque l’injustice devient insupportable, le chaos s’installe et nul ne peut prévoir ce qui peut en résulter. Le roi est décapité, les militaires prennent le pouvoir, le fascisme s’installe : tout peut arriver. La Grèce est le berceau de notre civilisation européenne et on ne peut rester indifférent au spectacle de son naufrage. On est, cependant, en droit de s’interroger sur les raisons de cet incroyable effondrement. Un tel désastre n’est pas sans cause. La Grèce est, depuis des décennies, un pays où la fraude fiscale est un sport national, un pays où les dépenses militaires sont hors de proportion avec le budget, un pays où les fonctionnaires sont pléthoriques, un pays qui a laissé la seule véritable activité (les armateurs) s’enfuir dans les paradis fiscaux, un pays où le citoyen le plus riche, à savoir l’Eglise, ne paie aucun impôt, un pays qui a dilapidé les fonds structuraux européens lors de son admission dans la zone Euro. Bref, un pays où le laxisme est devenu une vertu nationale. Il y a donc de multiples causes aux énormes difficultés du pays. Les principaux responsables sont, bien évidemment, les hommes politique grecs. Faute du plus élémentaire courage, ils ont laissé pourrir une situation sans issue autre que celle qui s’installe aujourd’hui. Ceci étant dit, l’aveuglement des instances européennes et internationales est stupéfiant. Comment expliquer que l’entrée dans la zone euro de la Grèce n’ait pas été assujettie à une remise en ordre drastique du système fiscal, à la mise en œuvre d’une lutte efficace contre la fraude fiscale et du système financier grec, comment expliquer l’aveuglement complice de la Commission européenne et des dirigeants européens lorsqu’ils ont accepté l’entrée de la Grèce dans la zone euro. Dans la situation actuelle et malgré les prêts consentis par l’Europe, la Grèce est étranglée par les plans d’austérité qui s’accumulent sur un peuple au bord de la révolution.
08 février 2012
L’enseignement en classes préparatoires
Le journal Le Monde a fait paraître un article portant sur les classes préparatoires aux Grandes Ecoles. Cet article était accompagné de témoignages de professeurs de ces classes tout-à-fait particulières. Je dois dire mon étonnement en lisant ce que disaient ces enseignants expliquant leur attention et leur soutien aux élèves dans l’épreuve difficile que représentent ces deux années de préparation aux concours d’admission. Ayant passé deux ans dans ces classes dans un grand lycée parisien au tout début des années soixante, ce n’est pas du tout le souvenir que j’ai gardé du comportement des professeurs de l’époque. Imbibés d’un ego démesuré, ces hommes (en majorité) et femmes considéraient leurs élèves au mieux comme les simples individus d’un troupeau sans âme, souvent comme de véritables souffre-douleur. Seuls les meilleurs d’entre nous pouvaient escompter quelques considérations, tous les autres servant de faire-valoir. Et lorsque vous aviez le malheur de venir d’une petite ville de la province profonde comme moi, le mépris s’ajoutait à la gamme de vexations permanentes. « Vous venez d’où, déjà ? ». Combien de fois ai-je entendu cette phrase lors de ce qui s’appelait « les colles », sorte d’examens hebdomadaires échelonnés tout au long de l’année. L’angoisse, parfois même la peur, était permanente. Heureusement, je n’ai passé que deux ans dans ces classes préparatoires de Math-sup et Math-spé (la Taupe). Quel ne fut pas mon étonnement, lorsque ma réussite à un concours d’une grande école d’ingénieurs a été connue, de voir ces mêmes professeurs qui m’avaient tant méprisé pendant deux longues années, se répandre soudain en louanges tout aussi excessives qu’avait été leur agressivité antérieure. Oui, décidément, en lisant les commentaires des professeurs d’aujourd’hui, je me dis que les faits ont bien changés et que, peut-être, l’humanité est devenue une qualité nouvelle du corps enseignant de ces classes particulières.
05 février 2012
Journée noire
Ce Samedi 4 Février restera une journée noire dans l’histoire de la civilisation humaine. L’ONU vient de montrer son impuissance. Il n’y a rien à faire, une dictature reste une dictature et les dictateurs se soutiennent. C’est ainsi que la Russie de Poutine et la Chine de Hu Jintao, contempteurs de la liberté des peuples, refusent obstinément toute condamnation du crime contre l’humanité perpétré par Bachar al-Assad en Syrie. On peut se demander quelles sont les raisons de cette ignoble obstination. De quoi peut avoir peur un dictateur, si ce n’est que de se faire renverser par son peuple et de perdre le pouvoir et, peut-être, la vie ? Tous les dictateurs du monde se sont ainsi comportés. Pourquoi en serait-il autrement pour le russe et le chinois ? Les révoltes arabes, même si celles-ci ne sont pas ce que le monde espérait, montrent qu’un peuple peut venir à bout de son tyran. Après la Tunisie, la Lybie, l’Egypte, la Côte d’Ivoire, le renversement du dictateur sanguinaire syrien, digne fils de son père, apparaît aux tyrans comme la ligne rouge dangereuse et impossible à franchir sans prendre le risque de voir surgir une contestation analogue des dictateurs russe et chinois. Le russe s’inquiète des répercussions possibles de la libération des peuples arabes sur la contestation en Tchétchénie, au Daguestan, en Ossétie du Nord, en Carélie, voire en Mongolie. Le chinois craint la même chose pour le Tibet. C’est donc la peur qui pousse ceux-ci à s’opposer à toute condamnation du bourreau Assad et à mépriser, du haut de leur morgue, le reste du monde et la vie des citoyens syriens. L'acceptation des massacres par des arguties inacceptables permet au russe de préserver son commerce des armes avec la Syrie du dictateur et l'approvisionnement en pétrole du chinois. La démocratie n’est pas sans reproche, mais le cynisme des dictatures fait vomir. L’histoire retiendra que Poutine et Jintao ont été les complices objectifs du massacre du peuple syrien en état de déréliction. Mais faisons un pari. Il n’existe aucun thaumaturge et le réalisme économique empêchera le reste du monde à prendre des mesures coercitives envers ces deux dictateurs.
30 janvier 2012
Le travail, contrainte ou valorisation
Une société est une collection d’individus qui vivent des interactions et des échanges qu’ils créent et qui leur donnent une raison de vivre au sein de cette collectivité. Parmi ces interactions, il y a le travail, source de liens et d’échanges. Il fournit à chacun une justification de son appartenance sociale. Le travail est une mesure de l’utilité personnelle et donne ainsi à chacun une dimension sociale. Le résultat d’un travail fournit ainsi une justification de l’existence. Lorsque l’on interroge les salariés sur ce qui donne sa valeur au travail, 46% d’entre eux répondent la considération des clients ou des usagers, 32% son utilité pour la société et 21% la considération que l’entreprise lui manifeste. Ainsi, pour une grande partie des salariés, la première valeur du travail est la reconnaissance d’une utilité. La disparition de cette reconnaissance est une une atteinte à l’intégrité de l’individu. Le travail qui débouche sur un résultat est une justification existentielle, à condition qu’il y ait, dans ce résultat, une part « admirable » qui soit le vecteur de la reconnaissance sociale. C’est pourquoi le chômage est ressenti comme une exclusion, au-delà de la peur de la précarité. Et c’est également la raison pour laquelle, lorsque cette part admirable n’existe pas, le travail est ressenti comme une souffrance ou comme un asservissement.
Se saisissant de cette souffrance, les syndicats ont construit leurs revendications, plus que sur l’amélioration des conditions de travail (qui, en réalité, n’est qu’une façon déguisée de réclamer une augmentation de moyens), mais historiquement sur la réduction du temps de travail. C’est ainsi que la durée hebdomadaire du travail est passée de 40h à 39h puis à 35h, que l’âge légal de la retraite est passé de 65 à 60 ans. Cette politique a rongé peu à peu la valeur sociale du travail en la transformant en une contrainte dont il faut se débarrasser. Cette idée s’est peu à peu imprégnée dans l’esprit des travailleurs. Il n’est que de se rappeler les « justifications » plus ou moins alambiquées avancées par de nombreuses catégories de salariés pour démontrer la pénibilité de leur travail afin de bénéficier d’une dérogation à l’âge légal de la retraite.
Conjointement à ces attaques sur la valeur sociale du travail, les principes de management ont profondément changé. Importées des sociétés anglo-américaines, ces pratiques consistent à mettre le salarié en situation tendue en permanence, par l’utilisation d’objectifs individuels de productivité et de performance souvent incompatibles et de pratiques d’évaluation continues qui plonge le salarié dans un état de stress continu. Ce prix de ce type de management est la destruction de l’esprit collectif en valorisant (en imposant) l’individualisme et en mettant les salariés en compétition. Il arrive même que l’évaluation déborde le strict cadre de la production pour s’aventurer dans les jugements sur la personne. La justification philosophique de ce type de management est de poser comme pierre angulaire de la gestion d’entreprise la prise de risque. Le risque pris par l’individu comme par l’entreprise est devenu la valeur prépondérante du jugement de la réussite. En France, un des chantres de ce type de management est D.Kessler, de la Fédération Française des Sociétés d’Assurance (FFSA) (1) . La gestion du risque doit devenir de plus en plus une affaire personnelle et de moins en moins celle d’un Etat protecteur (2). Ces règles mettent l’individu dans un état d’angoisse quasi permanent qui finit par une détestation du travail, parfois même le poussant à des actes définitifs. Aujourd’hui, 45% des salariés détestent d’aller au travail. Il n’est donc pas étonnant qu’un pays où le travail fait l’objet d’une détestation soit un pays qui ne produit pas assez et, par conséquent, se trouve dans une situation économique extrêmement difficile. Aux causes économiques de la crise actuelle s’ajoutent donc des causes morales et psychologiques. La France est devenu le pays où les citoyens sont les plus pessimistes du monde ! Qui aura l’envergure de redonner de l’enthousiasme au pays ? L’horizon est décidément bien vide !
(1) D. Kessler : un des dirigeants patronaux les plus résolus à remettre en cause ce que l’on a coutume de nommer les « acquis sociaux » ;il est un défenseur de la retraite par capitalisation individuelle face au système collectif de répartition ; il oppose les « risquophiles », ceux qui ont le courage d’accepter les défis du changement, et les « risquophobes », ceux qui restent frileusement crispés sur la défense de leurs avantages acquis. Il se livre à une véritable apologie du risque ‘principe de reconnaissance de la valeur de l’individu et « mesure de toutes choses ». D’après lui, « c’est la capacité de prendre des risques qui hiérarchise et a toujours hiérarchisé les hommes les uns par rapport aux autres. Il existe ainsi une véritable aristocratie du risque, qui domine la plèbe médiocre de tous ceux qui recherchent avant tout la sécurité ». (Le Débat, n ° 109, mars-avril 2000)
(2) D.Kessler : L’intervention étatique peut avoir des effets pervers et son intervention affaiblit le principe de responsabilité. [il faut donc mettre en œuvre]une nouvelle gestion des risque, que ce soit au niveau individuel ou au niveau collectif [car] le comportement des agents peut être à l’origine du risque.[Il faut donc que] la gestion du risque soit de plus en plus individualisée… L’Etat sera là moins pour participer directement à la gestion des risques. (Conférence de l’UTLS du 15 Mai 2000)
Inscription à :
Articles (Atom)
























