04 juin 2008

L’Homme, un accident de l’histoire

L’existence de l’homme est la conséquence d’une invraisemblable suite d’évènements et que l’absence d’un seul d’entre eux eut empêché. Une suite d’accidents ou de situations extrêmement particulières a permis à l’être humain d’apparaître sur la Terre et de devenir ce qu’il est. Il eut suffi que le déroulement de l’histoire fut un tout petit peu différent pour que nous ne soyions pas là pour en parler. Un autre monde eut, peut-être, existé mais nous n’aurions jamais pu le contempler.

• À l’origine, il n’y avait que l’Énergie et ses fluctuations quantiques. Celles-ci sont à l’origine de ce que nous appelons le big-bang, étonnant phénomène où la transformation de l’énergie en matière a créé l’espace et le temps et un monde dont les constituants possèdent des valeurs très particulières (comme la constante gravitationnelle, la constante de Planck, la constante de structure fine ou la masse du proton) que l’on constate sans pouvoir les expliquer. Il existe ainsi une quinzaine de constantes fondamentales dont on ne sait expliquer la valeur. Une seule d’entre elles eut été un peu différente et le monde ne serait pas ce qu’il est. Il a suffi d’un tout petit déséquilibre entre l’anti-matière et la matière pour que celle-ci l’emporte. Que serions-nous si l’inverse s’était produit ? Pour que l’Univers soit ce qu’il est aujourd’hui, avec ses étoiles, ses planètes, ses galaxies, ses amas de galaxies, la vie et l’homme, il a fallu que la densité initiale soit réglée avec une précision quasiment infinie pour que cet Univers ne soit pas stérile et désespérément vide ! Cela s’est produit il y a 13,7 milliards d’années.
• Les étoiles ont fabriqué dans leur cœur les éléments nécessaires à la fabrication de la matière que nous connaissons et dont nous sommes faits. Ces étoiles ont explosé, répandant dans l’espace ces précieux atomes dont nous sommes faits et qui se sont condensés en nuage, puis en nouvelles étoiles et en planètes. La gravitation a permis l’accrétion des particules de ces nuages. C’est ainsi que sont nés notre soleil et ses planètes, il y a 4,55 milliards d’années. Dans notre système solaire, le positionnement des planètes a donné à la Terre une chance exceptionnelle. Un peu plus loin du Soleil et, comme Mars, le froid intense se serait installé qui aurait solidifié le fer du noyau planétaire et aurait interdit la création du champ magnétique protégeant la planète des effets destructeurs du rayonnement solaire. Un peu plus près et, comme Vénus ou Mercure, la température aurait été tellement élevée que l’eau vaporisée aurait totalement disparu empêchant la vie d’apparaître. La position privilégiée de la Terre a permis non seulement que la température rende possible l’eau liquide mais aussi que le fer du noyau reste en fusion et permette la formation d’un noyau liquide en convexion créant le champ magnétique nous protégeant des vents solaires et permettant la création d’une atmosphère. La Terre ainsi créée tourne autour du Soleil à la bonne position mais son axe de rotation est encore particulièrement instable dans les premiers instants de sa vie.
• Cinquante millions d’années plus tard, un énorme astéroïde (Theia) percute notre astre et, arrachant une partie de l’écorce terrestre, disperse dans l’environnement immédiat de la planète une grande quantité d’éléments du manteau terrestre qui, par accrétion progressive, vont constituer la Lune en rotation autour de la Terre. La présence de ce satellite va stabiliser la position de l’axe de rotation de notre planète, permettant ainsi la stabilisation des saisons, ce qui permettra d’avoir sur Terre des zones où les variations de températures seront modérées et permettront à la vie de se développer. La probabilité qu’un astéroïde frappe la Terre est extrêmement faible. Celle que cet astéroïde ait la taille nécessaire pour satelliser autour de la Terre la quantité suffisante de matériaux pour former la Lune est encore plus faible.
• Puis, pendant 500 millions d’années, la Terre sera soumise à un bombardement constant de comètes et d’astéroïdes, comme l’atteste la surface lunaire. Ce bombardement va alimenter l’activité volcanique qui sera créatrice de vapeur d’eau se condensant et étant, finalement, à l’origine de l’oxygène et des océans où naîtra la vie. Il y a 3,7 milliards d’années, l’atmosphère que nous connaissons existait enfin. Sous l’effet du rayonnement solaire, une couche d’ozone se créée en haute atmosphère qui nous protégera désormais de la nocivité de ces rayonnements, destructeurs pour la vie.
• À l’abri de la couche d’ozone, la vie est apparue dans les océans. Parmi les êtres vivants dans ce milieu, il y avait l’ancêtre des mammifères, un petit poisson nommé « piccaïa ». Celui-ci, servant de proie aux ancêtres de nos crustacés et céphalopodes, a bien failli disparaître. Sans lui, l’homme n’aurait jamais existé. Bien entendu, il était fort peu probable que la totalité de l’espèce « piccaïa » disparaisse, mais le temps présent nous a démontré à l’envi qu’en dessous d’un certain seuil, une espèce est vouée à disparaître. Nous avons eu beaucoup de chance que le piccaïa reste au-dessus de ce seuil.
• Il y a 65 millions d’années, les différentes niches écologiques terrestres étaient occupées par les dinosaures. Il restait alors peu de place pour l’expansion des autres espèces animales. Et voilà qu’un astéroïde percute la Terre dans le Golfe du Mexique en provoquant une catastrophe climatique qui met fin au règne des dinosaures et permet le développement des espèces survivantes dont les mammifères qui évolueront jusqu’à l’homme. Que se serait-il passé si l’astéroïde avait évité la Terre ?
• Les ancêtres de l’homme vivaient dans l’actuelle Éthiopie, traversée par la faille du Rift africain. La tectonique des plaques joue aussi son rôle dans l’évolution de l’espèce humaine en créant une modification profonde du relief local qui va perturber le système climatique, créant ainsi un vaste espace de savane, milieu favorable à l’apparition de la bipédie et, finalement, à l’apparition d’Homo Sapiens. Aucune loi ne guide le déplacement des plaques tectoniques et, seul, le hasard organise leurs déplacements.

Tous ces évènements sont des aléas, dont la probabilité de chacun est extrêmement faible. L’apparition de l’homme résulte donc d’un extraordinaire concours de circonstances dont la probabilité est estimée à 10 puissance -43 ! Nous avions toutes les chances de ne jamais exister !! C’est peut-être la raison qui pousse les hommes à vouloir, à tout prix, se détruire. Déterminisme et hasard sont antinomiques. Ainsi, s’il apparaît indiscutable que l’homme est le fruit chanceux du hasard, il n’y a donc pas de « dessein intelligent » et le principe anthropique fort est une simple croyance.

31 mai 2008

Enseignement et responsabilité

Dès que l’on parle du corps enseignant, la doxa impose de dire aussitôt que les professeurs sont admirables et qu’ils s’impliquent totalement dans leur travail … ô combien noble et difficile ! La critique ne fait pas partie du « politiquement correct ». Pourtant, il est absolument certain que l’on trouvera, au sein du corps enseignant, la même proportion d’individus inefficaces que celle que l’on trouve dans toutes les autres activités humaines. La recherche du zéro défaut est une pratique courante dans le monde de la production. Or, s’il est des domaines où cette exigence s’impose avec encore plus de force, c’est dans l’enseignement, dans la médecine et dans la justice. Le zéro défaut, dans l’industrie, est un impératif économique. Dans le domaine de l’enseignement, de la santé et de la justice, c’est un impératif moral. Les médecins sont, aujourd’hui, confrontés aux conséquences de cette exigence, à savoir que leur responsabilité peut se trouver engagée en cas d’erreur. Il doit en être de même pour les enseignants. La responsabilité du professeur doit être interpellée lorsqu’un élève ne réussit pas. Actuellement, un élève ayant des difficultés se voit pénalisé par le Conseil des professeurs qui lui impose soit une réorientation, soit un redoublement, voire une exclusion. Et, jamais, la responsabilité du (des) professeur(s) n’est envisagée. Il s’agit là d’une anomalie grave. Lorsque l’on connaît l’importance de l’acquis dans la construction de l’esprit humain, il devient essentiel que l’enseignement soit sans défaut. Le principal responsable, lorsqu’un élève arrive en 6ème sans maîtriser la lecture ou l’écriture, est d’abord le professeur qui n’aurait jamais dû accepter cet échec. C’est cette acceptation qui constitue la faute. On sait, dans le monde de la production, que la réparation d’un défaut détecté dans le produit fini coûte de dix à cent fois plus cher que lorsque ce même défaut est identifié en cours de fabrication. Le coût social d’un enfant sortant de la scolarité en échec sera, de la même façon, toujours beaucoup plus élevé que le coût de n’importe quelle mesure prise pour aider cet enfant à s’en sortir. La finalité de l’enseignement est qu’aucun enfant n’échoue. Ce devrait être un impératif engageant la responsabilité de l’enseignant. Enfin, bien sûr, il en est de même pour la justice où le zéro défaut est aussi un impératif. La responsabilité des juges en est un également. Au même titre qu’Outreau ou que les irradiés d’Épinal, l’échec scolaire doit engager la responsabilité des acteurs.

23 mai 2008

Chez le senior, tout est bon … à jeter

Le niveau d’emploi des seniors (c’est-à-dire des salariés ayant plus de 50 ans !) est au cœur de la polémique sur la durée de cotisation aux caisses de retraite. Les syndicats s’accrochent, pour refuser les 41 ans de cotisation, au fait que les seniors sont mis à la retraite (avec ou sans leur accord) à 55 ans, ce qui leur interdit d’avoir un nombre d’années de cotisation suffisant pour pouvoir toucher leur retraite à taux plein. Ainsi, disent ces mêmes syndicats, l’allongement de la durée de cotisation revient à diminuer le niveau des retraites. Ce raisonnement a un fond de vérité. Les entreprises, poussées dans ce sens par le gouvernement des années quatre-vingt, ont pris l’habitude de mettre en retraite forcée leurs seniors dès l’âge de 55 ans, et ceci avec des incitations financières pernicieuses. Font partie de la doxa actuelle les fausses certitudes qu’un senior est cher, peu flexible et qu’il est difficile de le recycler. Regardons d’un peu plus près ce qu’il en est. En matière de salaire, il existe une très mauvaise habitude qui est de faire évoluer celui-ci en fonction de l’ancienneté. Si l’on peut comprendre que l’inflation soit prise en compte dans l’évolution du salaire, par contre l’ancienneté n’est pas un critère pertinent. Seules l’évolution des responsabilités et de l’efficacité doivent intervenir dans la détermination du niveau de rémunération. Dans ces conditions, si un senior bénéficie d’un salaire élevé, ce dernier est la juste rétribution d’une contribution à l’efficacité de l’entreprise. Le remplacement d’un tel senior par un salarié plus jeune et moins efficace se traduit alors par une perte au niveau des résultats de l’entreprise. Ainsi, se séparer des seniors devient une pure et simple perte de rentabilité et de compétitivité. Le licenciement d’un salarié qui n’atteint pas ses objectifs d’efficacité n’a rien à voir avec l’age de ce dernier. Certes, il arrive, dans les entreprises, que de jeunes loups ambitieux essaient de pousser dehors de vieux « chnoks », mais cela n’arrive que parce que ces « vieux chnoks » se sont endormis et leur efficacité, donc leur légitimité, devient contestable, voire handicapante. Que ceux-là soient poussés dehors, ce n’est que justice. Bien sur, on trouve aussi, parmi les jeunes loups ambitieux, de vrais cons. Quant à la prise en compte de l’inflation, elle s’applique à tous les salariés, jeunes et moins jeunes. Dans le fonctionnement d’une entreprise, une des clés de son efficacité est d’avoir les bons collaborateurs au bon endroit au bon moment. Elle doit donc, en permanence, se préoccuper de la meilleure affectation de ses salariés et de corriger celle-ci, si elle n’est pas optimale. C’est ce que l’on appelle la flexibilité du travailleur. Ce critère doit être (s’il ne l’est pas déjà) une condition de la variation salariale. Remarquons qu’un niveau de salaire dépendant de l’efficacité et de la flexibilité existe dans la grande majorité du secteur privé. La prise en compte de l’ancienneté est une caractéristique du secteur public. C’est pourquoi les syndicats y tiennent tant.
Il reste le problème de l’employabilité des seniors, c’est-à-dire de la formation. Certains seniors ont plus de difficultés pour acquérir de nouvelles connaissances que les jeunes salariés. Encore qu’il serait gravement erroné de faire de ce constat une généralité. Il y a beaucoup de seniors dont l’agilité intellectuelle est plus importante que celle de bien des jeunes. Le vrai problème me paraît être celui de la motivation. Une formation n’est efficace que si l’apprenant est motivé. Or, un senior qui sait qu’il fait partie désormais d’une catégorie d’employés jugés négativement à cause de son age est souvent démotivé. Il faut trouver une méthode de formation adaptée aux seniors et la solution se trouve, vraisemblablement, dans l’utilisation des techniques du e-learning. Ces techniques demandent de mettre en place un coaching des apprenants, fonction qui consiste à entretenir leur motivation et qui peut être utilement affectée aux seniors les plus expérimentés. Les entreprises ont, pour beaucoup d’entre elles, mis au point une formation pour les jeunes embauchés. Rien n’empêche qu’elles fassent de même pour les seniors ayant besoin d’un recyclage. Plus largement, la formation des seniors doit s’intégrer dans un processus de formation tout au long de la vie qui n’est pas, à ce jour, opérationnel. L’amélioration du taux d’emploi des seniors en France, qui est un des plus bas d’Europe, passe par la mise en œuvre d’une formation efficace tout au long de la vie professionnelle. Ainsi, l’employabilité des seniors est un problème qui n’a pas grand-chose à voir avec la durée de cotisation aux caisses de retraite. Lier les deux problématiques est une façon de « noyer le poisson » pour refuser l’allongement de la vie active.

21 mai 2008

L’indignation sélective

Les Français et une grande partie de la population mondiale se sont indignés de l’attitude de la Chine au Tibet et ils ont manifesté cette indignation au cours du périple de la flamme olympique. Il n’est pas dans ce propos de contester la compassion pour le peuple tibétain soumis à une dictature oppressante, mais on peut s’étonner de la relative indifférence envers les souffrances du peuple birman. Pourquoi cette différence ? Pourquoi cette indignation sélective ? Serait-ce parce qu’Hergé n’a pas écrit « Tintin en Birmanie », à défaut d’avoir écrit « Tintin au Tibet » ? Nos émotions seraient-elles à ce point soumises au dictat du marketing ? Il n’y a pas d’apocalypse au Tibet alors que ce qui s’est passé en Birmanie est plus grave que le tsunami de l’océan Indien. La dictature chinoise est opprimante, mais elle n’a aucune commune mesure avec la paranoïa sanglante de la dictature militaire Birmane. Les Américains ont envahi l’Irak sur un mensonge, alors que la population – la vérité oblige à le dire – subissait moins de massacres hier que depuis la chute du dictateur ! Pourquoi n’y a-t-il pas d’intervention en Birmanie ? S’il y a une cause qui justifie le droit d’ingérence, c’est bien la Birmanie. Alors, pourquoi cette passivité ? Malheureusement il est absolument obligatoire que cette hypothétique ingérence se fasse sous l’égide des Nations Unies et il est certain que la Chine et la Russie opposeraient un veto à cette intervention. Qui se ressemble se protège !! La dictature birmane trouve ses appuis auprès des dictatures chinoise et russe. La hyène birmane est protégée par le chacal chinois.

20 mai 2008

L’immédiat au détriment de l’avenir

Paraphrasant Cioran, la France est comme une putain dans une ville sans trottoirs : elle ne sait plus où aller. En dehors d’une petite minorité de favorisés qui se moquent éperdument du sort du reste de la population (les addicts des stock-options, les spéculateurs et les traders, les héritiers de grandes fortunes, …), les Français vivent dans l’angoisse du lendemain et, en conséquence, limitent leurs préoccupations au très court terme, ce qui les prive de toute envie de construire des projets. Sans projet, l’avenir se vide de tout intérêt et, seul, le présent accapare les actes et les pensées. À travers l’opacité du présent, les contours de l’avenir sont difficiles à distinguer. Les difficultés du présent agissent comme un phare qui aveugle et plonge le futur proche dans une obscurité profonde et menaçante. La situation économique de la majorité de la population devenant de plus en plus difficile, le présent maintient ainsi les Français dans l’obsession du jour d’après. La morosité actuelle n’a pas d’autre cause. Prisonniers du cocon de l’actuel, les individus se concentrent uniquement sur leurs anxiétés personnelles en gommant toute attention à un intérêt général qui ne coïnciderait pas exactement avec leurs besoins immédiats. L’individualisme et l’égoïsme s’exacerbent. La lutte des classes projetait les hommes vers un avenir où les injustices avaient disparu. Ne parlait-on pas de lendemains qui chantent ? Aujourd’hui le mécontentement populaire, nourri davantage de jalousies et d’angoisse que d’envie de changements, se contente de réclamer des améliorations catégorielles immédiates. Le rôle du politique étant de faire partager une vision de l’avenir et d’expliquer les actions nécessaires pour y parvenir, cette focalisation sur l’immédiat a pour conséquence un éloignement, une méfiance, une opposition grandissante du peuple envers le politique. Il faut bien admettre que le politique ne fait rien pour sortir le peuple de sa morosité égocentrique. L’opposition reste incapable de se forger une conviction et ne peut produire qu’un texte dit « de refondation », véritable prosopopée abstruse, qui n’est qu’un amalgame de banalités contradictoires n’ayant pour objectif que de « ratisser » large comme l’on dit (le parti socialiste est dit réformiste, message pour F. Bayrou ; il porte un projet de transformation sociale radicale, message pour O. Besancenot), et continue de s’enliser dans le jeu des ambitions démesurées personnelles. La majorité et le gouvernement, quant à eux, sont incapables de formuler clairement la voie dans laquelle ils engagent le pays et ne comprennent pas qu’une suite de réformes non situées dans une vision d’avenir est plus anxiogène que mobilisatrice. Lorsque ceux qui les guident ne savent pas où ils vont, il n’est pas étonnant que les Français, en état de déréliction, ne croient plus en l’avenir. Il n’y a pas de bon vent lorsqu’on n’a pas de port. On peut craindre que l’individualisme ne conduise à l’isolement qui, à son tour, va générer un sentiment d’inquiétude qui poussera l’individu à rechercher autour de lui ceux qui lui ressemblent, développant ainsi le phénomène communautaire. La communauté n’est pas nécessairement dangereuse lorsqu’elle est le lieu de construction de projets et de manifestations d’entr’aide. Par contre, lorsque la communauté développe des sentiments obsidionaux et devient un lieu d’affrontement avec la société, alors cette dernière est en danger.

16 mai 2008

Le challenge socialiste

Le Parti Socialiste entreprend (du moins, on le souhaite) une rénovation de sa doctrine et de sa vision de la société. Il n’est que temps, mais le succès n’est pas garanti. En effet, la condition nécessaire (mais non suffisante) est que les socialistes abandonnent une fois pour toutes leurs anciens démons, à savoir :

• la méfiance (voire la haine) du patron d’entreprise, pour reconnaître que sans entreprise, il n’y a pas de salut car il n’y a pas d’emploi productif ;
• la méfiance viscérale envers le secteur privé et la « déification » du secteur public, alors que le seul secteur privé est en mesure d’enrichir le pays ;
• la condamnation de la richesse (voire de la réussite) au nom de l’égalité revendiquée pour les plus pauvres, faisant ainsi un amalgame mortifère entre égalité et équité ;
• l’État providence, vieille théorie keynésienne qui n’a plus court dans un monde ouvert et mondialisé ;
• les tentations protectionnistes, ce qui revient à rester aveugle aux évolutions du monde.

Cette liste n’est pas exhaustive, car il faudrait y ajouter les rivalités des courants réformiste (Strauss-Kahn, Delanoë, Rocard), gauchiste (Fabius, Mélenchon, Emmanuelli), rénovateur (Valls, Montebourg, Peillon), ségoléniste (qui déjà ?) qui enlise le Parti Socialiste dans le marais des sacro-saintes synthèses sans ambition, sans goût et sans couleur. Le Parti a perdu la confiance populaire. Pour s’en convaincre, il suffit de se souvenir que le grand Ouest, qui est resté à l’abri des invasions guerrières, des traumatismes de désindustrialisation, a voté en majorité pour la gauche aux élections présidentielles et que l’Est français (populaire) qui a connu les souffrances de la reconversion industrielle a voté pour la droite et l’extrême droite. Le temps passé par les socialistes à analyser les raisons de leur échec aux présidentielles est du temps perdu, tellement le diagnostic est facile à faire : la doctrine du Parti Socialiste est vieille de 35 ans !! Le monde a changé et les socialistes ont fermé les yeux. Il est à craindre que l’échec ne soit au bout du chemin, tellement le document actuel dit de Déclaration de Principe et daté du 23 Avril 2008 établi par le Parti est un tissu de banalités, voire de contradictions. Le texte est publié sur Internet (www.fonctionnement.parti-socialiste.fr/declaration-de-principe/). La lecture de ses 22 articles est consternante. Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?

15 mai 2008

Qui dira enfin la vérité ?

Qui dira enfin la vérité ? Qui osera affirmer que l’inefficacité dramatique de l’Éducation Nationale est le résultat de l’aveuglement de pédagogues « diafoirus » qui ont joué avec l’avenir de nos enfants au bénéfice de leur renommée ou de leur mégalomanie ? À quoi servent des méthodes pédagogiques si ce n’est à garantir une transmission performante du savoir ? Or, lorsqu’un nombre grandissant d’élèves du primaire arrivent en classe de 6ème sans maîtriser l’écriture et la lecture, il est légitime de dire que l’enseignement en primaire n’est pas efficace. Lorsque 150.000 élèves quittent le système scolaire durant le secondaire sans aucun diplôme, il est légitime de dire que l’enseignement en secondaire n’est pas performant. Lorsque 20% des étudiants quittent l’enseignement supérieur au bout d’un an, la preuve est donnée que l’enseignement secondaire souffre de graves lacunes. Il est donc urgent d’abandonner des méthodes pédagogiques qui ont fait faillite, de renvoyer dans leur foyer tous ces maîtres à penser la pédagogie et de réformer les méthodes d’enseignement. Malgré l’urgence de ces réformes, il n’est pas sûr qu’elles soient engagées. Car l’Éducation souffre d’un autre mal tout aussi grave : un syndicalisme rétrograde, accroché à des principes d’un autre âge, qui refuse de voir l’évolution du monde et qui prive ainsi les enfants de France d’un système éducatif moderne et efficace. Il ne sert à rien de mener 80% d’une classe d’âge au baccalauréat si 20% d’entre eux n’ont aucune chance de réussir dans l’enseignement supérieur. Évoquer le besoin permanent de nouveaux besoins est une façon commode de dédouaner la responsabilité des enseignants. La solution n’est évidemment pas dans l’augmentation permanente de ces moyens. Le budget de l’Éducation Nationale a doublé en 15 ans. En quinze ans, la qualité de l’enseignement s’est effondrée. Il y a donc une l’évidence : nous avons fait fausse route, emmenés par de mauvais prophètes.
Et pendant ce temps-là, les politiques s’amusent à des jeux politiciens de bas étage !

09 mai 2008

Les contresens du Parti Socialiste

Le Parti Socialiste a entamé sa longue marche de rénovation qui doit le conduire à redécouvrir et formaliser ses idéaux politiques et rénover son organisation. Manifeste(s), congrès, livres multiples sont autant de bornes jalonnant ce chemin. Il est à craindre, cependant, que tous ces efforts soient vains, entachés qu’ils sont par une erreur fondamentale : le parti a choisi une tactique consistant à construire un programme et à l’imposer au futur candidat à la présidentielle. C’est prendre le problème à l’envers. Tous les grands hommes d’État n’ont jamais eu besoin de la béquille d’un parti pour se construire une vision politique et l’incarner aux yeux du peuple : Louis XIV, Napoléon, Léon Blum et Jean Jaurès, Charles De gaulle. C’est autour du leader que se construit la dialectique et non l’inverse. C’est le leader qui doit prendre le parti et non le parti qui doit adouber le candidat. L’homme d’État, candidat à la Présidence de la République, est habité par une ambition nationale qui ne demande rien aux partis politiques. Tant que le candidat à la Présidence se permettra d’essayer de soudoyer le leader d’un autre parti pour tenter de ratisser plus large, comme le pitoyable essai de S.Royal tentant de persuader F. Bayrou de devenir son Premier Ministre, cela signifiera que le candidat sacrifie sa vision à l’opportunisme électoral et n’est donc pas digne de la fonction. Les éléments d’une vision comportent obligatoirement une doctrine économique cohérente (Keynes, Friedman, Prescott). C’est encore un travail à faire au sein du Parti Socialiste. Ce dernier proclame que le socialisme s’incarne dans l’économie sociale de marché. Cela ne veut strictement rien dire et ressemble étrangement aux fameuses synthèses socialistes. Le seul but d’une économie est d’avoir une croissance économique qui permette à chacun de trouver un travail, seul outil de valorisation de l’homme. La question est donc : quelle politique économique pour obtenir cette croissance, compte tenu des contraintes du monde actuel (mondialisation, écologie, paupérisation, spéculation, …). Malheureusement, le Parti Socialiste souffre de la néfaste habitude de la synthèse. À vouloir à tout prix construire un programme qui recueille un consensus sincère ou forcé, le parti construit en nivelant par le bas et en éliminant ainsi tout enthousiasme en ne faisant que des frustrés. Décidément, les socialistes ne sont pas prêts d’avoir un nouveau Mitterrand, capable de faire de la France l'inspiration d'une Europe qui retrouve enfin son rayonnement scientifique et culturel.

05 mai 2008

Aveuglement

Tout le monde sait (je dis bien tout le monde) que la somme des intérêts particuliers ne fait jamais (je dis bien jamais) l’intérêt général. Tout le monde … sauf les syndicats. Campés dans leurs revendications corporatistes et catégorielles, jamais ils ne tiennent compte du fait que certains intérêts ou « droits acquis » catégoriels portent préjudice à l’ensemble de la Nation. Refuser toute évolution de l’Éducation Nationale, quelle que soit la couleur du gouvernement, conduit aux graves préoccupations actuelles sur l’efficacité de cette éducation. La conséquence est un recul spectaculaire de la place de la France dans l’économie mondiale à cause des performances insuffisantes de la recherche et de l’innovation dans le domaine industriel. Refuser l’allongement de la vie active pénalise l’économie générale du pays, la croissance étant directement liée à la quantité globale de travail fournie par l’ensemble des citoyens. Accrochés à leurs convictions idéologiques, à leurs impératifs électoraux et à la crainte de voir surgir des « coordinations » de tous poils, les syndicats refusent de regarder ce qui se passe dans les autres pays européens qui ont, depuis longtemps déjà, compris que le monde change à grande vitesse et que les retardataires seront impitoyablement sanctionnés. Dans tous les domaines, la France doit accroître son efficacité c’est-à-dire, compte tenu de son endettement colossal et du déficit grandissant de sa balance commerciale, faire mieux avec moins de moyens. Faire mieux pour regagner des parts de marché, avec moins de moyens pour faire des économies et désendetter le pays, c’est ce que nous devons à nos enfants. La France a besoin d’entrer en sédation. La France a un besoin urgent de syndicats responsables. Il n’est plus possible de supporter un syndicat qui, s’obstinant dans le refus systématique et de principe, pousse son opposition jusqu’à combattre la révision du code du travail au prétexte que cela entraîne un effort d’apprentissage !! On croit rêver.

30 avril 2008

La courbe de Phillips, vous connaissez ?

Un des fleuron de la « science » économique est la courbe de Phillips. Depuis le début du siècle, les économistes utilisent abondamment les statistiques pour « inventer » des formules mathématiques permettant de modéliser le passé et de proclamer que l’économie est une science. La courbe de Phillips est un des fleuron de ces formulations. Elle met en évidence une relation inverse entre les variations du chômage et de l’inflation. Un fort taux de chômage s’accompagne d’un faible taux d’inflation et inversement. Or, nous assistons aujourd’hui à une remise en cause sévère de ce paradigme : l’inflation en France n’a jamais été aussi élevée depuis des années et le taux de chômage augmente. La courbe de Phillips nous ment !! L’économie n’est pas encore une science.

25 avril 2008

Le prix du pain

Un expert du Credoc annonce, sans rire et sur les antennes de la télévision, qu’il est impossible de dire si une baguette de pain à 1 Euro est chère ou non. Il est à craindre que cet expert ne se soit jamais préoccupé des difficultés de vivre d’un grand nombre de ses concitoyens. Lorsque la même baguette est vendue pratiquement deux fois moins cher en grande surface (0,45 €) que dans la boulangerie du quartier (1 € et plus), il faut croire qu’il y a une certaine part d’arbitraire dans la fixation du prix du pain et que cette part d’arbitraire fait allègrement l’impasse sur la paupérisation d’une partie de la population ! La spéculation sur les matières premières agricoles a, certes, une part de responsabilité dans la recrudescence de l’inflation récente. Mais la part de la farine dans le prix d’une baguette ne dépasse pas 20%, la plus grande partie étant le coût de la main d’œuvre. Rappelez-vous qu’avant la mise en œuvre de l’Euro, la baguette valait environ 3 francs chez votre boulanger. Aujourd’hui, la même baguette vaut plus de 1 Euro, c’est-à-dire plus de 6 francs ! Les artisans boulangers ne devront pas chercher ailleurs la raison de leur disparition progressive ! Le pain est, en France, chargé d’une signification symbolique que ces artisans ont tort d’oublier. Une relecture de l’Histoire leur rappellerait que des révolutions sont nées d’un prix du pain excessif… Il est à craindre que l’effet cumulé et condamnable des spéculateurs et de l’artisanat ne nous conduise à de graves mouvements sociaux. Le malheur pèse sur les sociétés où le prix du pain devient un objet de discorde !

22 avril 2008

Citoyen d’honneur ou citoyen instrumentalisé?

Qui peut croire à la sincérité du geste du maire de Paris consistant à donner une distinction honorifique au Dalaï-Lama ? Qui peut penser une seconde que cette gesticulation n’est pas guidée par un opportunisme de première grandeur ? Après la « bravitude » de Ségolène Royal sur la Grande Muraille, quel meilleur moyen de se positionner comme le leader moral de la gauche ? Dans ce calcul, quelle est la place du peuple chinois (je ne parle pas de ses dirigeants) qui s’est senti insulté par les évènements de Paris ? Comment peut-on donner la priorité à ses ambitions personnelles sur le sentiment de mise à l’index d’un peuple qui représente une des plus vieille civilisation du monde, plus ancienne que la civilisation occidentale de quelques millénaires ? Il est incontestable que les dirigeants chinois sont ulcérés par les évènements de Paris, ce qui n’est pas forcément grave, mais il n’en est pas moins vrai que le peuple chinois est blessé, ce qui est affligeant. Et le geste du maire de Paris n’arrange rien. On ne peut pas en vouloir aux chinois de vivre avec la propagande de leur dirigeants. C’est pourquoi il est inutile de les blesser. Quelle connaissance le maire de Paris a-t-il de la sensibilité et des sentiments de la civilisation chinoise ? De quel droit prend-il le risque d’agir comme il le fait au risque de créer un sentiment d’être insulté dans la population chinoise ? Et enfin, de quel droit la France et ses représentants se donnent-ils le droit de donner des leçons au monde entier ? Ont-ils déjà oublié la guerre d’Algérie ? S’il y avait une faute à ne pas commettre, c’était de donner les jeux olympiques à Pékin. La faute originelle a été de privilégier les aspects financiers au respect des règles morales : il ne fallait pas « donner » les jeux olympiques à un régime autoritaire et sanguinaire.

Maladie ou utopie ?

Regardons les choses en face. Le parti socialiste est en cours de dislocation sous l’action de l’effet dissolvant des ambitions personnelles qui annihilent toute tentative d’imagination. Le parti de la majorité est envahi par la perplexité et par le « blues », se reconnaissant de moins en moins dans l’action du président de la République, pourtant élu largement par la population, il y a un an à peine. Le parti communiste n’en finit pas de mourir accroché comme un fruit pourrissant sur la branche morte de ses convictions archaïques, les verts noyés dans la pagaille et le verbiage sont inexistants, le modem suicidaire et masochiste s’est pratiquement auto-dissous. La démocratie représentative est malade.
Il n’y a pas une réforme (ou projet de réforme) qui ne soit combattue et qui ne fasse descendre les Français dans la rue : les enseignants, les étudiants, les pompiers, les chauffeurs de taxi, les infirmières, les dockers, les chauffeurs de poids lourds, les retraités, les moniteurs d'auto-école, etc … Tout le monde est d’accord pour réformer à condition que la réforme ne le concerne pas. La démocratie participative reste une utopie.

17 avril 2008

L'Education en danger

Les manifestations organisées par les syndicats de lycéens et de l’Éducation Nationale, réclamant l’abandon de la diminution du nombre de professeurs, posent une interrogation de fond. En effet, les moyens et le budget de l’Éducation Nationale ont augmenté régulièrement depuis des dizaines d’années. Or, aujourd’hui, les résultats sont les suivants : trop d’élèves du primaire arrivent en secondaire sans maîtriser la lecture et l’écriture ; 150.000 élèves sortent du système scolaire durant le secondaire sans aucun diplôme ; 1 étudiant sur 2 abandonne ses études au cours des 3 années d’études universitaires ; les classements internationaux concernant l’efficacité de l’enseignement montrent une descente régulière et permanente de la France par rapport aux autres pays occidentaux. Alors, devant ce navrant constat, pourquoi les enseignants ne se posent-ils pas la question de leur professionnalisme et de leur efficacité plutôt que de réclamer sans cesse des moyens supplémentaires ? Cette question ne remet pas en cause leur implication personnelle, mais elle pose la question de l’organisation du contenu et du fonctionnement de l’Éducation Nationale. Doit-on soupçonner que la mainmise des syndicats sur le monde des enseignants empêche ceux-ci de mettre en œuvre une véritable réflexion sur la meilleure façon de sortir de l’impasse dans laquelle est plongé l’enseignement, primaire, secondaire et supérieur, en France ? Au moment où la France se paupérise à cause d’un endettement croissant et d’une compétitivité en déclin, il n’y a que les syndicats pour n’avoir pas compris qu’il faut faire mieux avec moins de moyens dans tous les domaines.

11 avril 2008

Spéculateurs et émeutes de la faim

La Mauritanie, le Sénégal, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, Haïti, l’Égypte, le Mexique, l'Indonésie, le Cambodge, la liste s’allonge des pays où les populations se révoltent contre le prix des denrées alimentaires. La famine existe sur Terre depuis longtemps, mais ces mouvements de colère annoncent un phénomène nouveau. Jusqu’à présent, les peuples soumis à la famine étaient les victimes d’une pauvreté sans issue et, souvent, entretenue par un gouvernement incapable et corrompu, comme cela existe dans un grand nombre de pays d’Afrique. En extrême-Orient, des pays comme le Bengladesh souffrent de conditions climatiques particulièrement dévastatrices qui, de façon régulière, plonge le pays dans le chaos. Mais aujourd’hui, nous assistons sans broncher à un phénomène particulièrement révoltant. On nous explique que le renchérissement des produits alimentaires est la conséquence d’une demande accrue en provenance de la Chine et de l’Inde en particulier. Comme si la population chinoise avait bondi de plus de 40% en l’espace de quelques mois !! C’est pourtant en quelques mois que l’on a vu les prix des denrées alimentaires entrer dans une inflation à deux chiffres, atteignant parfois plus de 100%.
Même si la pression sur la demande du fait de la croissance des pays en développement accéléré existe, elle n’explique pas tout. Elle n’est même pas la cause principale de cette envolée des prix. Le prix du pétrole est le fruit d’une pure spéculation à la hausse qui a nécessairement des répercussions sur les coûts de fabrication de beaucoup de produits transformés. Mais la répercussion sur les matières premières alimentaires est, certes, réelle, mais elle ne peut expliquer l’ampleur de la hausse des prix de celles-ci. Certains analystes expliquent que la hausse du prix du baril de pétrole a créé une forte demande portant sur les biocarburants, ce qui entraîne automatiquement une hausse des matières premières agricoles. Cela est peut-être vrai, mais jusqu’à présent le riz n’entre pas dans la catégorie des biocarburants et, pourtant, la hausse de son prix est spectaculaire. En Thaïlande, le prix du blé et du riz blanc a doublé … en un mois ! L’explication n’est donc pas suffisante. La seule qui reste est la pure spéculation (coton, cacao, sucre, café, riz, blé, etc …). Il existe sur la planète des organismes, c’est-à-dire des individus, qui accumulent une richesse considérable en jouant à la hausse le prix des produits alimentaires, voire en organisant la pénurie en les stockant en attendant la hausse. La conséquence directe de cet enrichissement immoral est la révolte des peuples pauvres qui n’arrivent plus à nourrir leurs enfants. Les révoltes des peuples affamés ont toujours débouché sur de profonds bouleversements sociaux. C’est ce qui attend la planète. Le monde est impuissant devant la spéculation frénétique qui est devenue le nouveau cancer planétaire.

06 avril 2008

Sport et politique

« Il ne faut pas mélanger le sport et la politique ». Voilà un slogan que l’on entend à l’envi depuis la polémique sur la participation aux jeux olympiques de Pékin. Ce slogan est une absurdité absolue. En quoi le sport serait-il à traiter différemment de l’industrie ou du commerce ou de tout autre sujet de société ? On dit qu’il est impossible de priver les sportifs de ces jeux en raison des entraînements et des sacrifices qu’ils supportent depuis plusieurs années en vue de cette manifestation. En quoi cette privation est-elle plus insupportable que celle des salariés d’une entreprise qui perd un marché important à cause de la politique ? La politique est l’art de gérer les citoyens et les sportifs n’en sont évidemment pas exclus. La politique doit s’occuper du sport. D’ailleurs, lorsqu’il faut établir le budget du ministère chargé des sports, il est bien admis que la politique s’occupe des sportifs … pour trouver que le budget est insuffisant ! Il est assez remarquable que ceux qui utilisent ce slogan sont ceux qui n’ont pas la conscience très nette et qui préfèrent que l’on ne regarde pas de trop près les conséquences de la politique, justement. Il n'en reste pas moins que les attitudes revendicatrices envers ces futurs jeux sont, pour le moins, ambigües. Quelle serait, en effet, la signification d’un refus de participer à une quelconque cérémonie d’ouverture des jeux olympiques au nom de la défense des droits de l’homme et de renforcer les contacts pour obtenir l’achat de nos Airbus ou de nos centrales atomiques au nom de la « real politic » ? C’est le comble de l’hypocrisie. Il n’y a pas un pays qui renoncera à ses futurs marchés avec la Chine au nom des droits de l’homme. Et pourtant, la Chine est une dictature sanguinaire et sans pitié. Ce qui apparaît à l’évidence, c’est que les jeux olympiques chinois deviennent un moyen commode de se donner bonne conscience. La polémique actuelle n’est qu’un jeu d’ombres.

03 avril 2008

Le poulet à l’eau de javel

Les Américains ont « inventé » le poulet trempé dans l’eau de Javel. Vous ne savez pas ce dont il s’agit ? Mais c’est bien sûr !! C’est une question de fric !! Pour diminuer les coûts de fabrication dus aux précautions sanitaires tout au long du processus industriel, on accepte un certain laxisme compensé par un « trempage » du poulet dans l’eau de Javel en fin de circuit pour éliminer à moindres frais les bactéries et autres saloperies qui se seraient développées au cours du processus industriel plutôt que de prendre les précautions qui s’imposent tout au long du processus. Génial ! Il suffisait d’y penser ! C’est d’ailleurs un procédé que l’on pourrait généraliser à beaucoup d’aliments industriels. À mon avis, cela va bientôt arriver. On parie ?
La commission européenne, qui s’occupe toujours de choses importantes, s’est penchée sur le problème. Le commissaire en charge des questions alimentaires doit étudier la possibilité d’une autorisation européenne sur l’importation de ces poulets à l’eau de Javel. L’argument du commissaire est consternant : il nous faut savoir si nous sommes pro-américains ou non !! Il ne s’agit pas d’une question de santé publique, mais d’une question d’alignement !! On applaudit à tours de bras, car on se sent tellement bien protégé ! Je crois vraiment que le monde est gouverné par des fous !! Pauvres de nos enfants…

02 avril 2008

68 en 2008 ?

Les manifestations étudiantes et lycéennes se multiplient. Les journalistes, dopés au sensationnel, n’omettent jamais, lorsqu’ils interrogent les manifestants, de poser la question de Mai 68. Et bien sûr les jeunes, emportés par le côté romantique existant dans toute manifestation, approuvent vivement. Il est tellement valorisant de rattacher leurs revendications à celles d’un mouvement devenu une sorte de référence protestataire. Pourtant, qui ne voit pas que ce rapprochement est totalement injustifié. Tout d’abord, les aspirations et les revendications des étudiants de Mai 68 étaient, avant tout sociétales et les mouvements protestataires revendiquaient des changements profonds dans une société où l’autoritarisme avait remplacé l’autorité, où le mandarinat avait remplacé la compétence, où la censure avait remplacé la libre information, où la télévision était d’État, où la liberté sexuelle était un rêve inaccessible. Aujourd’hui, les revendications estudiantines portent sur le nombre d’enseignants, la difficulté de logement, la cherté de la vie, le risque de chômage. C’est-à-dire qu’en 68, on a assisté à la course des enseignants paniqués derrière les revendications des étudiants, alors qu’aujourd’hui, ce sont les étudiants qui font du suivisme des revendications des syndicats de l’Éducation Nationale. Hier, les étudiants clamaient leur volonté de liberté, aujourd’hui ils réclament des moyens. En 1968, les mouvements étudiants étaient internationaux car ils ont eu lieu dans le monde entier, en 2008 ils sont franchouillards. Mai 68 était un conflit en grande partie générationnel et sociétal. Les manifestations d’aujourd’hui ont perdu le rêve et sont purement matérialistes. Peut-être cela est-il dû au fait que 1968 est deux fois plus proche de 1936 que 2008 ne l’est de 1968 ? Étant de ce type, elles se heurteront au problème incontournable de la situation actuelle : la France est devenue pauvre. Le dernier slogan de l’UNEF est révélateur de l’état d’esprit qui règne dans le milieu étudiant : la réussite est un droit !! Tous fonctionnaires !! En 1968, un slogan disait « La France s’ennuie », aujourd’hui la France est angoissée.
Il n’y a aucun risque que naisse un nouveau Cohn Bendit.
Il ne faut pas oublier qu'en Allemagne, les étudiants se sont révoltés contre une société qui portait au gouvernement des anciens nazis. Aux USA, les étudiants se sont révoltés contre la guerre du Viet-Nam et les bombes au napalm. En Tchécoslovaquie, les étudiants se battaient à Prague jusqu'à l'immolation par le feu pour leur liberté. En France, les étudiants ont mené une révolte romantique et bourgeoise.

31 mars 2008

Un impossible concept

Depuis des mois et sans aboutir, les partenaires sociaux discutent et tentent de rendre objective la notion de pénibilité du travail. Cette notion est tellement vague et tellement sujette à interprétation subjective que cette discussion s’enlise et risque de perturber fortement la « concertation » sur l’allongement de la durée de cotisation aux caisses de retraite. Les syndicats veulent, à tout prix, imposer la prise en compte de ce concept de pénibilité pour obtenir une réduction de la durée de cotisation pour certaines catégories de travailleurs. Il est à craindre que, les syndicats étant foncièrement opposés à l’allongement de cette durée, ils tentent d’étendre de manière extensive cette notion de pénibilité quitte à vider de sa substance le projet gouvernemental. La question qui se pose est de savoir si ce concept peut être vraiment approché de manière objective. Un premier critère d’objectivité est la possibilité de la mesure qui écarte toute interprétation tendancieuse et subjective. Peut-on mesurer la pénibilité d’un travail ? Poser cette question revient à identifier les conséquences d’un travail dit pénible afin de les mesurer, ne serait-ce que par leur nombre et leur fréquence. On peut mesurer le nombre et la fréquence d’accidents physiques dus à un travail ; il est beaucoup plus difficile de faire les mêmes mesures sur le « stress ». Une fracture osseuse possède une réalité objective, indépendante de toute interprétation. L’anxiété n’est pas de même nature. Elle dépend de l’individu de façon importante. Si le stress devient un élément de pénibilité, alors un même travail peut être pénible pour un individu et ne pas l’être pour un autre. Cette situation est extrêmement fréquente. Enfin, il faut éviter le piège consistant à confondre prise de responsabilité et pénibilité si l’on veut éviter de classer tous les métiers comme étant pénibles !
Par contre, il convient de distinguer la pénibilité de la « dangerosité ». Le dictionnaire n’apporte aucune aide dans cette distinction. En effet, on trouve que « danger » est une situation où l’on a à redouter un mal quelconque. « Mal » est défini comme ce qui est pénible. La définition de « pénible » est une situation où l’on éprouve de la fatigue. Ainsi donc, si l’on en croit le dictionnaire, est dangereux ce qui fatigue, ce qui, sans être totalement faux, est manifestement excessif !
Un travail dangereux n’est pas forcément pénible. Il est dangereux de sécuriser les pistes de ski, ce qui n’est pas nécessairement pénible. Inversement, il est pénible de réaliser un travail répétitif sur une chaîne d’emballage, sans que ce soit obligatoirement dangereux. Il n’y a pas de bijection entre ces deux concepts. La dangerosité se mesure à la nature des risques encourus par les individus. Ainsi, le métier de pompier est assurément dangereux (et sûrement pénible) alors que celui de conducteur de TGV ne l’est pas. Il doit être possible de dresser une carte des métiers en fonction de ces deux critères à la fois et de déterminer des zones dans lesquelles le nombre d’années de cotisation est réduit d’un certain nombre d’années. Par exemple, un métier classé à la fois très dangereux et très pénible (pêcheur en mer, mineur) se verrait alloué une réduction de 5 années alors qu’aucune réduction ne serait possible pour un métier ni dangereux ni pénible (en existe-t-il ?). De manière intermédiaire, un métier relativement dangereux et modérément pénible (grutier) bénéficierait d’une réduction de 2 ans. Un métier dangereux mais sans pénibilité particulière (entretien sur autoroutes) ou un métier pénible mais sans danger (caissière de supermarché qui n’encoure que le danger de se faire licencier !) bénéficierait également d’une réduction de 1 ou 2 ans.
Il n’en reste pas moins que l’exercice reste difficile car les conditions de travail influent de façon considérable sur la dangerosité et la pénibilité d’une tâche. Selon la nature des outils utilisés (robots par exemple) une tâche peut être plus ou moins pénible. Selon les mesures de sécurité prises, une tâche peut être plus ou moins dangereuse. Or, les conditions de travail sont variables d’une entreprise à l’autre, même si la loi impose un minimum de règles. Comme il est impossible d’envisager qu’un salarié se voie attribué une réduction d’années de cotisation et que cette réduction soit refusée à un salarié exerçant le même métier mais dans une entreprise différente au prétexte que les conditions de travail sont meilleures, comment, dans ce cas, prendre une mesure collective ?
À vrai dire, je crains que, à la discussion qui s’annonce entre le gouvernement et les syndicats, l’objectivité de l’analyse ne soit pas invitée ! Il reste une vérité incontournable : avec une population vieillissante de plus en plus nombreuse (l’espérance de vie augmente d’un trimestre tous les ans !), le temps de la vie consacré au travail ne peut qu’augmenter.

29 mars 2008

Le monde est énervant

• Parler correctement, en respectant les règles de la langue, me paraît être la moindre des politesses lorsque l’on intervient sur les médias. Et pourtant, il n’est pas un jour sans que l’on soit agressé par des fautes grossières qui sont autant de marques de mépris pour ceux qui écoutent. En voici quelques exemples récents :
- un Président de la République: les réformes mises-t-en route
- tout le monde : ils veulavoir, ils peuvêtre
- un scientifique : les astronautes sont entraînés à l’isolation (au lieu de l’isolement)
- un député : mille neuf cent soixante-quatre z’insultes …
- un parlementaire : je ne vais pas m’alourdir (au lieu de m’appesantir)
- des ministres : cet audit va-t-être … , des mandats internationals …
- un ancien premier ministre : les fonctions qu’elle postule
- un politique : ces affrontements sont normal du dictatorisme (sic)
- un membre du gouvernement : ils sont instrumentés (re-sic)
- un porte-parole du gouvernement : je tiens-t-à dire …
- une candidate célèbre : la bravitude, il faut que les français savent …
- un journaliste (de la 5) : qu’on ne soit pas caricaturaux
- un sociologue et professeur (sic !) : éraser (au lieu de éradiquer)
- un autre journaliste : le réjouissement
- un animateur de télévision : le canalisateur (au lieu du catalyseur).
Décidément, l’inculture est largement partagée.

• Dans l’art du langage, l’utilisation d’expressions toutes faites et reprises par tout le monde, comme un phénomène de mode, est également très énervant. Qui n’a pas entendu :
- la nuit de tous les dangers, l’année de tous les risques,
- la montée d’adrénaline
- la bourse fait du yoyo
- le système de santé le plus performant
- le silence assourdissant (du président, de la majorité, de l’opposition)
- il faut mettre de la transparence
- le mari de Carla, le président du pouvoir d’achat
- une société de la performance
- le vieux lion est mort
- le président bling-bling

• Avez-vous assisté à quelques séances de questions au gouvernement sans remarquer le jeu théâtral et systématique auquel on assiste impuissant ? Souligné par des vociférations, l’opposition utilise un discours manichéen dont les éléments constitutifs sont toujours les mêmes : « politique ultra-libérale, cadeau aux plus riches, sacrifice de la fonction publique, échec de votre politique, vos renoncements,… alors ma question sera très simple : quand allez-vous retirer votre projet de loi ? »
La majorité n’est pas en reste, qui utilise abondamment les litotes et les formules obséquieuses : « avec courage, la lucidité du gouvernement, les résultats prometteurs, le président s’est engagé, etc … »
Invariablement, le gouvernement réponds : « Vous avez raison, … »
On garde l’impression d’une pièce de théâtre, répétée à l’envi et dont on peut donner les répliques avant de les entendre.

• Pour convaincre le chaland télévisuel, les professionnels du marketing utilisent toutes les ficelles possibles, même les plus grosses. Donner une apparence faussement scientifique aux messages publicitaires est devenu la nouvelle arme de ces bonimenteurs grâce à l’utilisation abusive de pourcentages qui n’ont absolument aucune signification. On peut se demander l’intérêt de l’information consistant à annoncer que la biscotte machin-chouette contient 99% de blé ! Du coup, on se demande de quelles saloperies est fait le 1% qui manque !! Imaginez comment vous allez vous y prendre pour vérifier que votre nouvelle crème miracle a permis effectivement une diminution de 77% de vos rides ! Ou bien que cette même crème de perlimpinpin a remodelé l’ovale du visage à 67 % ! Les publicités s’ornent des mots magiques « scientifiquement prouvé » sans qu’il soit précisé ce qui est scientifique ni ce qui est prouvé. On voit également fleurir des labels inventés de toutes pièces (élue voiture « citoyenne » de l’année, élu saveur de l’année !!) qui cherchent à faire croire au consommateur naïf qu’il ne tient qu’à lui de faire partie d’une grande famille de gens éclairés et informés s’il ne veut pas passer pour un imbécile. Enfin, si l’on parle des arnaques publicitaires, on ne peut passer sous silence l’intrusion abusive, pour ne pas dire scandaleuse, des arguments touchant à la santé pour vendre des produits alimentaires. Avec les margarines qui éliminent le cholestérol, les produits de petits déjeuner qui facilitent le transit intestinal (bon appétit !), les boissons qui font maigrir (en contenant 99% d’eau comme toute boisson), les concentrés miracle qui contiennent tout un monde d’omégas à numéros variés qui prétendent soigner le cœur, l’estomac, et que sais-je encore, les yaourts qui « mettent de l’ordre à l’intérieur », les supermarchés se transforment en pharmacie, les publicitaires en Diafoirus, les consommateurs en gogos manipulés. Je m’abstiendrai de m’énerver sur le portrait absolument désolant que la publicité donne de la femme, idiote, inculte, ne trouvant d’intérêt à la vie que dans la tranche de jambon et l’odeur de ses sanitaires, etc… car, comme disait Chateaubriand : « Il faut être économe de son mépris, il y a tellement de nécessiteux »..

• La télévision et la radio sont envahies par des émissions dont le seul objet est la congratulation réciproque des participants et la promotion publicitaire éhontée de produits audio-visuels médiocres voire sans intérêt aucun (disques, livres, films, …) dont la notoriété ne durera que le temps nécessaire pour rentabiliser l’investissement de la production. Ces émissions sont construites sur la base de faux interviews qui se ressemblent tellement que l’on se demande s’il ne s’agit pas d’un enregistrement type (« à la page truc, vous avez écrit que … », « si vous trouvez de quoi il s’agit, vous gagnerez un exemplaire du CD de machin »,…). Toutes ces émissions secrètent une auto-congratulation et une auto-satisfaction absolument indécentes. On a les journalistes qu’on mérite. Et je passe sous silence toutes ces émissions de télé-réalité qui mettent en scène des débiles mentaux, l’invasion des écrans par ces séries américaines de polars qui se ressemblent tellement qu’il n’y a que le titre qui change !

• Jusqu’au milieu du XXème siècle, le rôle de l’édition était la diffusion de la littérature. Aujourd’hui, le rôle de l’édition est de faire de l’argent au moyen de coups marketing et en noyant le marché du livre d’un monceau d’ouvrages dont les auteurs sans imagination ni talent ne savent rien faire d’autre que de raconter leur vie et d’exposer publiquement leur intimité. Tous ces livres qui encombrent les rayons des librairies n’ont comme destinée que de disparaître dans les greniers ou au pilon après avoir berné quelques milliers de naïfs. On a les écrivaillons qu’on mérite.

Bien évidemment, cette liste d’énervements est très très loin d’être exhaustive.

26 mars 2008

La mauvaise route

Les Français ne se pardonnent pas d’avoir guillotiné Louis XVI. Ils ont toujours eu besoin, encore aujourd’hui, de l’homme providentiel, du père de la Nation, de l’homme miracle. Ils ont eu Napoléon, ils ont eu De gaulle. Aujourd’hui, les socialistes, qui n’ont pas compris cet aspect de la population française, se trompent de chemin en clamant qu’ils doivent d’abord construire un projet avant de choisir un champion. Ils se trompent lourdement. Les Français ont besoin d’un champion, ne serait-ce que pour pouvoir mieux le brûler. Le « PROJET » n’est, finalement, pour les socialistes, qu’un prétexte pour ne pas choisir entre l’excès de candidats à la carrière d’homme providentiel. François Mitterrand était devenu l’homme incontournable avant de proposer son projet. Aujourd’hui, les socialistes, gélifiés au milieu d’un maelström d’ambitions personnelles, ne veulent pas choisir. Et ils avancent comme prétexte, la nécessité de construire un projet avant d’avoir un candidat à l’élection présidentielle. Il s’agit là d’un manque de courage caractérisé qui annonce de profondes désillusions pour ce parti. Les socialistes n’ont pas compris comment fonctionnent les Français, aussi catastrophique que soit ce comportement. Ils ont choisi la mauvaise route.

Ces analystes qui ne servent à rien

Pratiquement tous les jours, les écrans de télévisions sont envahis par de soi-disant experts en analyses politiques qui viennent décortiquer la vie politique française et nous livrer de brillantes analyses sur la situation et sur les projets et idées des hommes politiques du moment. Je vais vous dire ce que j’en pense. Ces analystes sont des illusionnistes. L’analyse est toujours extrêmement facile à faire et ne demande aucunement d’être expert. Il suffit de constater que, pour entrer en politique, il faut avoir une ambition personnelle démesurée et que tout est inféodé à cette ambition. Cela permet un décodage extrêmement facile du discours des hommes politiques. Point n’ait besoin d’experts !

24 mars 2008

Culture et connaissance

Au début, il y eut la note, puis vint la partition. La systémique utilise deux concepts de base : l’élément et la relation entre éléments. La physique identifie les particules et les forces entre celles-ci. La chimie manipule les molécules et leurs liaisons. Objet et relations entre objets semblent construire une loi générale. Il semble que l’on puisse utiliser cette loi pour préciser la différence entre culture et connaissance. Connaître la date de la bataille de Poitiers n’a d’intérêt que si l’on comprend qu’elle est l’aboutissement d’un vaste et long processus d’expansion de l’Islam depuis Babylone jusqu’en France en traversant le Maghreb, processus qui perdura depuis les années 400 avant JC jusqu’au XVIIème siècle où, réduit au Califat de Grenade au cœur de l’Alhambra, les musulmans furent définitivement chassés d’Espagne. C’est cette compréhension que l’on appelle la culture. Savoir quelle est la hauteur du Mont Blanc est une chose ; savoir que les Alpes sont la création d’un long processus de tectonique entre les plaques africaine et eurasienne en est une autre. Savoir reconnaître une fugue de Bach d’une sonate de Chopin ne fait pas une culture musicale ; replacer l’une et l’autre dans l’histoire musicale des XVIIIème et XIXème siècles est un élément d’une véritable culture musicale. La connaissance est attachée aux faits, la culture est la compréhension de ce qui relie les faits entre eux. La même différence existe entre un dictionnaire et une encyclopédie. Il ne peut pas y avoir de culture sans connaissance, mais la connaissance peut exister sans culture. Aujourd’hui, Internet est un magnifique outil de connaissance, mais n’apporte rien de culturel. L’acquisition de la culture demande intelligence, effort et enseignement. La connaissance ne demande que de la mémoire. La note ne suffit pas pour créer la mélodie, il faut la partition.

17 mars 2008

Aveuglement ou tricherie ?

Les élections municipales viennent d’avoir lieu. Comme à chaque élection, tous les participants exposent leur satisfaction. On ne sait pas trop quelle est la véritable raison de leur satisfaction, mais il s’agit là d’une figure imposée qui prouve que la rupture en matière de posture politique n’est pas encore pour aujourd’hui. Il n’en reste pas moins vrai que la gauche a remporté un nombre de succès appréciable qui semble donner à nouveau au Parti Socialiste une légitimité qu’il avait perdue à force d’inconsistance et de rivalités internes. Mais il y a un autre indicateur qu’il ne devrait pas sous-estimer, celui de l’abstention. L’histoire montrera que les abstentionnistes sont majoritairement de droite, ce qui veut dire que la majorité des Français n’est pas devenue un peuple de gauche. Ces abstentionnistes de droite ne sont pas allé voter pour signifier leur désapprobation d’un style de présidence trop éloigné de l’idée qu’ils se font du style et de la conduite d’un Président de la Vème République. Et, lorsqu’on entend les commentaires du Parti Socialiste expliquant que la défaite de la Droite tient au fait que les résultats attendus par les Français ne sont pas au rendez-vous des élections, que ce même parti propose d’augmenter les retraites et les salaires, de supprimer les franchises médicales, d’encadrer les prix de la grande distribution, voire de supprimer les dégrèvements fiscaux accordés aux entreprises, c’est-à-dire de faire l’impasse sur l’état de faillite du pays et « oublier » que l’emploi créateur de richesse est créé uniquement par l’entreprise, on se dit que ce parti n’est pas encore prêt pour la relève. À moins que ce discours ne soit qu’un écran de fumée et que le futur (et tant attendu) programme du Parti Socialiste soit aux antipodes de ce discours.

11 mars 2008

Falsifiable et vérifiable pour être crédible

La physique fondamentale est dans un état désespéré. Non pas seulement parce qu’elle manque de moyens, mais surtout parce qu’elle court un risque important de se trouver dans une impasse. Le Graal de la confrérie des physiciens est de trouver une loi unique et universelle à partir de laquelle le monde qui nous entoure pourrait trouver son explication. Une loi qui soit à la fois belle et simple. Une loi du « tout ». Le chemin pris pour trouver cette loi est celui de « l’unification des forces fondamentales ». En effet, le monde que nous connaissons est régi par quatre forces : la force électromagnétique qui régit le comportement des particules élémentaires chargées électriquement (les électrons et les protons, notamment), la force nucléaire faible qui régit la désintégration radioactive, la force nucléaire forte qui permet la stabilité du noyau atomique et, enfin, la gravité. L’idée fondamentale de la recherche de la « théorie du tout » est qu’au début de l’Univers, dans le domaine des très hautes températures, ces quatre forces n’en faisaient qu’une. Puis l’Univers est passé par différents stades d’énergie qui ont vu ces forces se différencier les unes des autres à mesure que la température diminuait pendant l’expansion, par un phénomène appelé « brisure de symétrie ». Aujourd’hui, le monde est froid et les quatre forces sont distinctes les unes des autres. Le fond cosmique diffus est à 3°K. Cette voie a permis « d’unifier » les forces en question sauf la gravité. En effet, la gravité est la plus faible des quatre forces et son influence peut être négligée dans la majorité des cas. C’est ce qu’a fait la théorie quantique qui a révolutionné la physique et qui régit le monde de l’infiniment petit. Mais la Relativité générale a montré qu’au tout début de l’histoire de l’Univers, celui-ci était infiniment petit, infiniment chaud, infiniment dense. Dans de telles conditions, la gravité devient prépondérante et il est alors injustifiable que la physique quantique n’en tienne pas compte. Pour sortir de cette contradiction, et pour unifier la gravité avec les trois autres forces, les physiciens ont « inventé » ce qu’ils appellent la théorie des cordes. D’après cette dernière, les particules élémentaires de matière ne sont pas ponctuelles, mais sont des éléments à une dimension, appelés « cordes » et ressemblant à un fil infiniment mince, et capables d’entrer en vibration de différentes façons. Cette théorie a connu un très grand succès, accaparant la très grande majorité des physiciens (et des budgets de la recherche fondamentale), car elle semblait conduire à la grande unification tant recherchée, la gravité n’étant qu’une corde particulière parmi les autres (chaque force est portée par une particule virtuelle dite « boson », la gravité étant portée par le graviton comme la force électromagnétique est portée par le photon). Hélas, très vite il est apparu qu’existaient potentiellement plusieurs théories des cordes, à chaque tentative de rendre compte des caractéristiques du monde que nous connaissons. Le plus grave est qu’aucune de ces théories n’a été capable d’apporter les preuves de sa véracité. Les cordes sont de dimensions trop petites pour pouvoir être observées directement avec les moyens actuels. Plus un élément est petit, plus l’énergie nécessaire pour l’observer est élevée. Les cordes demandent des énergies hors de portée. Une théorie physique, pour prétendre au nom de théorie, doit pouvoir être falsifiable et vérifiable. Pour être crédible, une théorie doit fournir au moins une prédiction nouvelle attachée à une expérience non encore réalisée. Pour que celle-ci ait un sens, il faut qu’elle permette d’obtenir éventuellement un résultat contredisant la prédiction. C’est en ce sens que l’on dit la théorie falsifiable. Il faut, évidemment, qu’elle soit vérifiable, c’est-à-dire qu’on puisse vérifier la prédiction nouvelle. C’est ce qui s’est passé pour la Relativité générale qui a prédit l’expansion de l’Univers, l’existence de lentilles gravitationnelles, la trajectoire de la planète Mercure, le décalage des horloges, phénomènes aujourd’hui avérés par l’expérimentation. De la théorie de la Relativité générale est issue la formule la plus connue du monde entier : celle qui stipule l’équivalence entre la masse et l’énergie (E = Mc2). Cette formule a été vérifiée de la façon la plus terrifiante qui soit par l’explosion des bombes d’Hiroshima et de Nagasaki ! Or, actuellement, aucune théorie des cordes n’est falsifiable ni vérifiable. De plus, le nombre possible de théories différentes devient énorme. À l’heure actuelle, il semble qu’il puisse exister 10 à la puissance 500 théories différentes (10 suivi de 500 zéros, c’est-à-dire un 10 suivi de cinq lignes de zéros) !! Il devient donc impossible de trouver la théorie du tout, unique et universelle. Pour sortir de cette contradiction dramatique, les physiciens ont alors « inventé » le principe anthropique. Toutes les théories des cordes forment un « paysage » dont chaque point est un univers possible. Notre monde est ce qu’il est parce qu’il est le seul où a pu se développer une vie qui a produit ce que nous sommes. Si le monde avait été différent, nous ne serions pas là pour rechercher la loi d’unification. Il n’est donc plus utile d’expliquer pourquoi le monde est comme il est puisque, parmi tous les mondes possibles (les multivers), nous sommes dans le seul exemplaire qui nous permette d’exister. Les autres univers sont soumis à des lois différentes et restent à jamais inaccessibles, et toutes les lois sont possibles. C’est ce qu’on peut appeler une pirouette dont on peut se demander quelle en est la raison véritable. Voilà plus de cinquante ans que des milliers de physiciens éminents se sont engouffrés dans la théorie des cordes, persuadés qu’ils étaient sur le chemin de la vérité. Mais cette vérité est semblable au Mont Saint-Michel de la famille Fenouillard : plus on approche, plus le but s’éloigne. Ayant consacré un tel effort (et tant d’argent) dans cette recherche, le monde des physiciens a du mal à accepter cet échec et tente de construire des arguties métaphysiques pour justifier ce qui n’est encore aujourd’hui non pas une théorie mais une croyance. La situation actuelle de la physique est aujourd’hui la suivante : la physique quantique est incompréhensible, la théorie des cordes n’est ni vérifiable ni falsifiable, la voie semble bouchée vers une théorie du tout. De quoi faire des cauchemars de physiciens ! Cependant, tout espoir n’est pas perdu. Un certain nombre d’entre eux, reprenant le processus normal de la recherche en prenant comme point de départ de leurs réflexions le résultat des expérimentations, ont lancé la recherche sur d’autres voies dont les premiers résultats sont saisissants car ceux-ci semblent remettre en cause la Relativité restreinte et la Relativité générale, fondements de la physique depuis plus de cinquante ans. Certaines conjectures supposent en effet que la vitesse de la lumière est variable avec le temps, hypothèse qui va à l’encontre de l’hypothèse de base de la Relativité, à savoir la constance de cette vitesse qui s’avère être une limite et celle des particules sans masse comme le photon. Des mesures d’une difficulté extrême sont en cours sur des rayonnements qui, venant des confins de l’Univers, ont mis plus de dix milliards d’années à nous parvenir. La science redécouvre la voie de l’expérimentation qu’elle semblait avoir perdue depuis plusieurs dizaines d’années.
L’économie se veut une théorie scientifique. Diverses théories (keynisienne, monetariste,…) ont vu le jour et leurs auteurs sont restés célèbres. Peut-on dire que ces théories sont falsifiables et vérifiables ? Comme il a été dit plus haut, être vérifiable et falsifiable veut dire que la théorie est capable de faire au moins une prédiction nouvelle qu’une expérience peut éventuellement contredire. Or, l’économie a toujours été incapable de la moindre prédiction. Aucune crise n’a jamais été prévue, aucune évolution importante de la croissance n’a jamais été anticipée. Sans prédiction, aucune expérience ne peut être envisagée. La conclusion s’impose d’elle-même : l’économie est peut-être un savoir, ce n’est pas une théorie.

07 mars 2008

Recyclage

L’art principal des gourous du consulting est linguistique. Il suffit, en effet, d’inventer un mot pour désigner un processus de conseil pour que les trompettes de la renommée plongent le monde de l’entreprise ou politique dans l’admiration sans réserve. Et, la plupart du temps, le processus rebaptisé n’a pas grand-chose d’innovant en comparaison des pratiques antérieures. C’est ainsi que, dans les cabinets de conseil intervenant en entreprise, on a vu fleurir, au cours des vingt dernières années, un florilège de vocables et d’expressions qui, en fait, se révèle n’être qu’un coup de peinture sur un ancien support : l’excellence, le business process engineering, la qualité totale, le management par objectif, la théorie Z, l’organisation en flux tendus, l’orientation client, le produit total, le QQOQC, le business to business, le knowledge management, le reengineering, le budget base zéro, etc, etc … ! Le pétrole s’épuise mais pas l’imagination des consultants. Un nouveau concept monte à l’horizon de la renommée : le storytelling, c’est-à-dire l’art de raconter des histoires au service de l’entreprise ou du politique. Les ouvrages sur le sujet se multiplient et deviennent la nouvelle bible des managers. Il s’agit, paraît-il, d’une véritable révolution dans l’art du marketing ou de la manipulation politique. Or, il me revient en mémoire une idée que j’ai mise en pratique (car j’ai aussi été consultant !) dans les années 1980 : lorsque nous avions une proposition d’intervention à présenter à une entreprise, plutôt que de donner une liste interminable de références concernant nos interventions antérieures, nous avons décidé d’en choisir deux ou trois et de détailler la mission que nous avions remplie et la façon dont elle s’était déroulée. Sans le savoir, nous avions inventé le storytelling !! Comme il faut bien donner un peu d’épaisseur à ce concept, les « inventeurs » y font entrer de force le discours marketing, les outils de simulation, les promesses des candidats politiques ou des présidents de la République. Les gourous du storytelling nous disent, sérieusement, que « les opérations psychologiques sont destinées à adresser des informations sélectionnées à des leaders et des publics dans le but d’influencer leurs émotions, leurs motivations et, finalement, leur conduite ». On ne peut mieux dire qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil ! C’est ainsi que le monde fonctionne depuis qu’un homme a voulu échanger (un objet, une idée, …) avec un congénère. On ne peut pas dire qu’utiliser l’affirmation plutôt que la vérité soit un comportement très nouveau !! Il n'y a, finalement, que deux problématiques en entreprise : persuader le client et réduire les coûts. Le consulting est, en fin de compte, une belle machine à recycler.

05 mars 2008

Aidez-moi !!

Si vous êtes un fana de l'informatique, de Flash, de l'animation 3D avec le logiciel Blender, faites-vous connaitre en répondant par l'intermédiaire d'un commentaire à ce message. Nous aurons alors de nombreux échanges !!

Démocratie et mensonges

Depuis que l’homme n’est plus seul sur Terre, il a cherché à tromper son voisin. L’art de la guerre consiste à prendre l’adversaire à revers, c’est-à-dire à lui faire croire à une manœuvre qui n’existera pas et à le surprendre avec une autre qu’il n’attendait pas. L’art du commerce consiste à faire croire au client que l’on est meilleur que son concurrent avec des arguments qui font peu de cas de la vérité et de la transparence. Le marketing et la publicité consistent à manipuler le futur consommateur avec de fausses vérités et des apparences trompeuses. L’art religieux consiste à demander de croire sans rien démontrer. L’art de la politique consiste à faire rêver les électeurs avec une description de l’avenir que tous les acteurs savent pertinemment fallacieuse. La démocratie, dont la pierre de fondation est l’élection, n’échappe pas à ce péché originel humain et s’avère malade des manœuvres cherchant à fausser le verdict populaire par de multiples manipulations de l’opinion. L’esprit moutonnier de l’homme, la peur de la singularité, la lâcheté ambiante et universelle, crée un vrai boulevard à toutes ces manipulations. Ce qui vient de se passer en France et en Russie, ce qui se passe aux USA, en sont une démonstration étonnante. En écoutant les discours électoraux des candidats américains à la présidence, on a énormément de mal à identifier ce qui constitue leurs convictions profondes au sein de propos faits de généralités compassionnelles. La majorité des dépenses de campagne sont de nature marketing et les candidats régurgitent des discours élaborés par des soi-disant spécialistes du marketing et de la manipulation. En examinant ce qui s’est passé en Russie, on ne peut pas oublier les assassinats et les empoisonnements, la grossière manœuvre politique mettant au pouvoir un fantoche servant de paravent à l’ancien dictateur. En analysant les élections françaises, on s’aperçoit rapidement que la rigueur politique a été allégrement remplacée par la recherche de l’émotion populiste et manipulatrice par les deux principaux candidats. La démocratie s’appuyant sur le vote des électeurs, l’homme est ainsi fait que plutôt que de convaincre, il cherche à tromper et à manipuler. Churchill avait raison : la démocratie est le pire des systèmes, à défaut de tous les autres.

28 février 2008

L’agriculture biologique, une utopie ?

En 1900, la Terre supportait 1,9 milliard de ses enfants, elle en supporte 6,3 milliards aujourd’hui et elle en aura 9,5 milliards à la fin du XXIème siècle. Les experts démographes prédisent que ce chiffre de 9,5 milliards sera un maximum. En est-on vraiment sûr ? Peut-être. Il n’en reste pas moins vrai que l’agriculture se trouve confrontée à un défi : celui de nourrir cette population, en constante augmentation pendant encore quatre vingts ans au moins. En face de cette évolution démographique, la Terre propose et les hommes disposent d’une surface cultivable limitée, qui semblerait même en régression constante à la suite de la diminution de la population d’agriculteurs et de l’urbanisation des surfaces. La France a perdu, entre 1992 et 2002, plus de 700.000 hectares au profit de sols bâtis, de surfaces d’agrément, des routes et parkings, et des surfaces revenues à l’état naturel. Il semble donc qu’il faille rendre de plus en plus efficace une agriculture sur laquelle repose un tel défi. La diminution des rendements semble condamnée par la simple logique consistant à nourrir de plus en plus d’humains sur une surface cultivable non extensible. Pour maintenir l’efficacité agricole il faut choisir la plante qui pousse en éliminant les autres (les herbicides), il faut nourrir la plante qui pousse (les engrais), il faut écarter les prédateurs (les pesticides) et les maladies (les fongicides). L’agriculture dite biologique a peu de place devant ce constat. Il se superpose le problème de l’eau. Les nappes phréatiques se détériorent, les sècheresses se multiplient à la suite du réchauffement climatique. L’eau des rivières en été est due à la fonte des neiges et des glaciers qui s’accélère, phénomène qui court nécessairement vers une limite conduisant à la pénurie. Les disparitions de la mer d’Aral et du lac Tchad sont deux témoins de cette pénurie grandissante. La fonte des grands glaciers et des calottes glaciaires provoquera une montée des océans qui va encore restreindre les zones cultivables en front de mer. Cette diminution des surfaces sera, un temps, compensée par le dégel des pergélisols qui deviendront cultivables. Mais il restera nécessaire de s’orienter vers des plantes peu consommatrices d’eau ou de pratiquer des manipulations génétiques pour rendre ces mêmes plantes moins hydrophiles. Augmenter les rendements avec de moins en moins d’eau semble donner aux OGM de belles perspectives. Surtout si l’on demande à l’agriculture non seulement de nourrir les humains mais également de faire tourner leurs moteurs !

25 février 2008

De l’un à l’autre

« Paris, Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé, mais Paris libéré ». Tel était Charles De Gaulle à l'Hôtel de Ville de Paris. « Tire-toi, pauvre con », tel est Nicolas Sarkozy au derrière des vaches. Les Français ont chassé De Gaulle du pouvoir pour de mauvaises raisons. Aujourd’hui, ils ont porté au pouvoir Sarkozy pour d’autres mauvaises raisons. Finalement, la France a le président qu’elle mérite.

22 février 2008

L’école de la République est en danger

Jules Ferry a inventé l’école de la République Française. Et cette école fut un véritable succès. La troisième République a inventé l’ascenseur social grâce à l’école. Ce qui a donné à l’instituteur et au maître une mission s’apparentant au sacerdoce et leur a permis d’obtenir la reconnaissance de la Nation. Cette école de la République s’attachait à la transmission du savoir. Et ses méthodes s’adaptaient à l’âge des élèves et étaient pleines de bon sens. Ce que l’Éducation Nationale a oublié depuis trente ans. Pour écrire correctement, il fallait apprendre la grammaire. Pour pouvoir aborder les mathématiques, il fallait savoir faire les quatre opérations d’arithmétique. Pour pouvoir s’intégrer dans la société, il fallait savoir lire. Voilà ce qu’étaient les principes éducatifs de l’école de Jules Ferry. Pour que les élèves comprennent le message de leur instituteur, encore fallait-il utiliser un langage compréhensible. Comment l’école d’aujourd’hui pourrait-elle réussir lorsque même les parents ne comprennent plus le langage de l’école ? Les pédagogues de tous poils, en mal de renommée, ont voulu faire carrière en sinistrant l’Éducation Nationale et en croyant avoir découvert une méthode pédagogique nouvelle appelée le constructivisme. La réalité est qu’ils ont mené leurs expériences personnelles au détriment des enfants et qu’ils sont donc responsables de l’échec insupportable de l’Éducation Nationale. Comment ces personnages peuvent-ils dormir tranquilles lorsqu’ils sont responsables de l’échec scolaire, et donc social, de 20 % des enfants de chaque génération ? Le ministre actuel tente de remettre du bon sens dans la pédagogie. Qui s’y oppose ? Les syndicats de l’Éducation Nationale et, dans une moindre mesure, des parents d’élèves, réactionnaires au-delà du supportable. La confusion dans les objectifs, le vocabulaire jargonnant ont plongé les instituteurs dans la difficulté et la confusion. Il est peut-être important de parler informatique ou histoire de l’Art aux enfants, mais à quoi cela peut-il servir si ces mêmes enfants ne savent pas lire ? La lecture et l’écriture sont deux outils fondamentaux de l’insertion dans la société. Les pédagogues l’ont tout simplement oublié. Ce constat montre bien qu’il est urgent de réformer en profondeur les IUFM qui, manifestement, ont échoué dans leur mission. Les enseignants sont réfractaires à toute méthode imposée lorsqu’elle l’est par le gouvernement. Acceptons ce fait en leur laissant la liberté pédagogique, mais imposons leur l’évaluation de leur efficacité. Ce ne serait que justice. L’impunité dans l’échec ne peut plus perdurer sans faire peser sur la jeunesse de terribles dangers. L’échec scolaire d’un enfant est, d’abord, l’échec pédagogique du maître.

21 février 2008

Le miroir aux alouettes

Le chômage diminue de façon sensible et la communication gouvernementale ne se prive pas de le souligner. On pourrait s’en réjouir. Mais, en regardant d’un peu plus près, cette nouvelle est préoccupante. En effet, cette diminution du chômage tient à la création de plus de 200.000 emplois pendant l’année 2007. Or, ces emplois sont, dans leur grande majorité, des emplois d’aide à la personne créés avec l’aide efficace du ministère de J.L. Borloo. Dans le même temps, les emplois industriels continuent à régresser, comme le laissent comprendre les multiples fermetures d’usines en France, conséquence des délocalisations compétitives. Or, un emploi d’aide à la personne ne crée aucune richesse supplémentaire pour le pays . Ce n’est qu’un déplacement de richesse entre la personne aidée et la personne qui apporte son aide. Le pays n’est pas plus riche parce qu’un senior aura reçu (et payé) une personne venant à domicile lui apprendre à se servir de son ordinateur récemment acheté ! Par contre, un emploi industriel supprimé correspond à une production réelle supprimée, donc à un appauvrissement du pays. Encore une fois, ce n’est pas parce que le magasinier achète ses nouilles au supermarché qui l’emploie que la France devient plus riche. Le chômage diminue, mais la France se désindustrialise. Ce mouvement n’a rien à voir avec ce qui s’est passé lorsque le pays est passé de l’ère agricole à l’ère industrielle. Il y a eu substitution de production. Rien de tel en ce moment. Les emplois industriels productifs sont remplacés par des emplois non productifs. Le chômage diminue, mais le pays s’appauvrit. Ne nous laissons pas abuser par le miroir aux alouettes de cette amélioration apparente de l’emploi. La situation continue de se dégrader .

20 février 2008

Liberté, égalité … laïcité

On croyait que le problème de la cohabitation du religieux et du politique était réglé depuis 1905. La loi votée cette année-là, en fait, est extrêmement simple dans un énoncé un peu compliqué. Elle stipule que :
« • La république garantit le libre exercice des cultes, ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte.
• La République ne prend en charge que les dépenses relatives à des services d'aumônerie et destinées à assurer le libre exercice des cultes dans les établissements publics.
• Il est interdit de tenir des réunions politiques dans les locaux servant habituellement à l'exercice d'un culte. Il est interdit, à l'avenir, d'élever ou d'apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit. Sont punis d'une amende ceux qui, par violence ou menaces contre un individu, l'auront déterminé à exercer ou à s'abstenir d'exercer un culte.
• Si un discours prononcé ou un écrit affiché ou distribué publiquement dans les lieux où s'exerce le culte contient une provocation directe à résister à l'exécution des lois ou s'il tend à soulever ou à armer une partie des citoyens contre les autres, le ministre du culte qui s'en sera rendu coupable sera puni d'un emprisonnement de trois mois à deux ans. »
Tout le reste du texte traite de la délicate question du transfert des biens immobiliers de l’Église à l’État.
Que peut- on penser de cette loi ? Tout d’abord qu’il n’a pas été jugé anormal, au début du XXème siècle, que l’État se mêle du religieux. Il stipule un fait, qui paraît naturel aujourd’hui, à savoir que chacun a le droit d’exercer sa religion, quelle qu’elle soit, à condition qu’il le fasse sans prosélytisme et sans signe visible en dehors de sa sphère privée. Bien entendu, aucun classement de valeur n’est précisé ni entre les religions ni entre le religieux et le laïc. Mais séparation ne veut pas dire ignorance. Peut-on faire de l’histoire sans rien connaître de l’histoire particulière des religions et des multiples interactions qu’elles ont eues sur la vie citoyenne ? Doit-on passer sous silence la Saint Barthélemy, la guerre des Chouans, l’éradication des Cathares et des Templiers, les atrocités des croisades et de l’Inquisition ? La destinée de l’Europe et du Moyen-Orient a été façonnée en profondeur par les religions. Or, l’ignorance est grande, tant chez les adultes que chez les enfants, de l’histoire des religions. Peut-on limiter l’histoire du peuple juif à la seule Shoa, en omettant l’exode du VIIème siècle avant JC provoqué par les Assyriens,la déportation à Babylone en 586 avant JC, le début de la diaspora en l’an 70 après la destruction du temple de Jérusalem par les Romains, la création de ghettos espagnols par ordonnance royale en 1412 servant de précurseur à la lutte anti-sémite espagnole de XIIème siècle commençant par l’expulsion des juifs d’Espagne en 1492 ? Peut-on ignorer l’histoire musulmane et de son expansion depuis l’invasion du Maghreb en 400 et de la Syrie par les Arabes en 636 jusqu’à leur arrivée en Europe et la conquête de l’Espagne en 711, leur pénétration en France jusqu’en 732, la grande renaissance de l’Islam de 1520 à 1629 qui mena les Ottomans jusqu’en Autriche ? Peut-on ignorer la différence entre un chiite et un sunnite , entre un juif ashkénaze et un séfarade ? Les massacres religieux ont jalonné l’histoire occidentale comme elle a jalonné, et jalonne encore, celle du Proche-Orient. Tirant enfin les leçons de l’Histoire, la loi de 1905, par la séparation nette des intérêts religieux et laïcs, entend éradiquer toute velléité d’actions politiques menées au nom d’une quelconque religion. La seule morale conduit l’action des hommes et cette morale est décrite dans la Déclaration des Droits de l’Homme qui doit être le bien commun à toutes religions et à tous ceux qui sont athées ou agnostiques.
Liberté du choix religieux, égalité de traitement pour tous sans signe distinctif, laïcité et Droits de l’Homme.

17 février 2008

Le poison est dans le fruit

Le Kosovo vient d’annoncer son indépendance, c’est-à-dire son détachement de la Serbie. Cette ancienne province serbe est grande comme deux départements français. Sa viabilité économique n’est rien moins que douteuse, mais l’esprit communautaire (et l’esprit de revanche, en l’occurrence) a prévalu sur toute autre considération. Cette indépendance va, sans aucun doute, être validée par la majorité des pays occidentaux. Il est vraisemblable que le Kosovo va ainsi servir d’exemple à d’autres tentations séparatistes, en Espagne, en Belgique, en Corse, en Italie du Nord entre autres. Tous ces communautarismes européens font courir un risque majeur à l’idée d’Europe, qu’elle soit fédéraliste ou non. Un éclatement des nations en leurs différentes composantes communautaires conduirait à la fin d’un rêve de plusieurs générations d’européens.

Le devoir de mémoire

La polémique actuelle, qui s’est levée comme un ouragan à la suite de la proposition du Président de la République demandant que chaque enfant se voit « confié » la mémoire d’un enfant mort en déportation, donne à chacun le devoir de s’interroger sur la façon dont la société exerce son devoir de mémoire. Peut-on dire que tout est fait pour que personne n’oublie plus jamais (tout tient dans le « jamais ») l’horreur que des hommes ont engendrée ? La mémoire doit-elle se satisfaire d’une connaissance généraliste et partielle, globalisante, noyant dans un anonymat rédempteur et collectif les victimes expiatoires d’une folie humaine ? Hélas, la Shoa n’est pas le seul génocide perpétré par les hommes et ne peut faire sombrer dans l’ombre immense de sa démesure le génocide des Arméniens de Turquie, des Tutsis du Rwanda, des Albanais de Serbie, des chiites irakiens. L’horreur de la Shoa n’a pas empêché celle du Rwanda ni celle du Kosovo. La mémoire ne semble pas être suffisante pour empêcher la folie collective des hommes. Alors ? Les adultes, ayant montré leur incapacité à tirer les leçons de l’histoire, doivent-ils se décharger sur leurs enfants de la mémoire de l’indicible, lorsqu’on soupçonne que cela ne sera peut-être pas suffisant ? Les adultes peuvent-ils échanger le sommeil de leur conscience par les cauchemars de leurs enfants ?
Mais le problème ne peut se limiter à cette interrogation trop facile à cause de son évidence. Instaurer chez les enfants un devoir de mémoire spécifique attaché aux enfants juifs morts en déportation ne risque-t-il pas de renforcer, sinon de créer, un esprit communautaire ? Que demande-t-on aux enfants ? De garder en mémoire le nom d’un enfant juif ou celui d’un enfant ? De même, ce devoir de mémoire s’attache-t-il à un enfant mort ou à un enfant ? Ces questions montrent qu’il est indispensable d’expliquer avec intelligence le comment et le pourquoi pour ne pas laisser l’enfant seul en face de l’horreur. Devoir de mémoire et pédagogie sont, comme toujours, indissociables. L’indignation de Simone Weil se comprend aisément si l’explication manque (encore que ses propos du 16 Février au Pavillon d’Armenonville ont été beaucoup plus mesurés). Mais l’hydre n’est pas morte qui peut renaître d’une autre folie collective emmenée par un fanatique affamé de pouvoir. Ne doit-on pas, alors, tout faire pour empêcher que l’horreur recommence ? Et, dans ce but, le meilleur moyen n’est-il pas d’éduquer les enfants dans « l’horreur de l’horreur » ? La violence est constamment mise devant les enfants par l’intermédiaire de la télévision ou des jeux video. N’est-il pas sain que les enfants comprennent très tôt que la violence n’est pas uniquement virtuelle et qu’elle peut ne pas être un simple jeu ? On meurt deux fois. La première fois lorsque la vie vous quitte, la seconde lorsque l’oubli vous efface de toutes les mémoires. Que vaut-il mieux ? Le souvenir ou l’oubli ? On objecte que l’âge est un risque et que le poids du souvenir est trop lourd pour de jeunes esprits. Il est certain que l’on ne parle pas de Hitler aux enfants du primaire. Peut-être est-ce pour cela que certains d’entre eux n’en entendront jamais parler (Hitler, connais pas !). Dans tous les domaines, les pédagogues insistent sur l’importance de l’enfance pour assimiler et comprendre. Pourquoi pas dans celui qui nous préoccupe ici ? Le risque de la culpabilité enfantine doit pouvoir être maîtrisé par une pédagogie collective. La faisabilité et la méthodologie de la mise en œuvre d’une idée comme celle-là auraient dû être soigneusement réfléchies avant de tomber dans la tentation de l’inattendu. Dans le seul but du sensationnel, a-t-on le droit de négliger une nécessaire réflexion préalable qui engage toute une société ?

13 février 2008

La fosse des septiques

Neuf mois à peine après avoir élu Nicolas Sarkozy à une grande majorité, voilà les Français prêts à se jeter à nouveau dans les bras de l’opposition socialiste qu’ils ont rejetée il y a moins d’un an. La France est décidément bien malade. Le choix politique est aujourd’hui entre un parti qui soutient un homme qui n’a pas pris la mesure du rôle et du comportement d’un Président de la République et un parti déliquescent qui se meurt de ses luttes internes et de son incapacité à comprendre le monde d’aujourd’hui. Finalement, les Français ont à choisir entre la comédie dramatique et la tragédie. En dehors des palinodies électorales et municipales, les raisons sont décidément nombreuses d’être très inquiet pour l’avenir du pays. Le fric et la morale ont divorcé, la pauvreté s’étend à de nouvelles couches de la population, les entreprises sont mal en point en dépit de résultats financiers mirobolants qui résultent en grande partie de la spéculation financière et pétrolière, les syndicats se corporatisent à outrance en oubliant le bien commun, le système financier et bancaire est en danger, le monde regarde la France en rigolant gentiment, les hommes politiques ont les yeux rivés sur les sondages ce qui leur permet d’éviter d’avoir des idées et ce qui autorise les medias à toutes les arrogances voire toutes les dérives (la course à l’audimat !!), les travailleurs sociaux ne sont pas assez compétents parce que subjectifs et idéologues. Le pays est débordé par les problèmes que les politiques ont été incapables de résoudre, ou n’ont pas voulu résoudre depuis trente ans. Aujourd’hui ces problèmes ont pris une telle ampleur que le pays n’a plus les moyens de les résoudre, compte tenu de son état de quasi-faillite. C’est le cas de la délinquance et de l’insécurité en banlieue, de la crise du logement, de l’investissement et de la recherche, de l’accompagnement durant le chômage, de l’Éducation Nationale et du nombre d’élèves en échec scolaire (tous les ans, 20% d’une génération d’élèves quittent l’école sans aucun diplôme), du fonctionnement de la justice, etc … Vive la France !! N’oublions pas ce que l’on dit du coq, emblème national : c’est le seul être vivant qui chante avec les deux pattes dans la m…

11 février 2008

Une honte

Les patrons des plus importants groupes du CAC 40 ont reçu chacun en valeur médiane 6,175 millions d'euros de rémunération totale en 2007, selon une étude du cabinet Hay Group portant sur 135 groupes dont tous ceux du CAC 40. Ceci représente une augmentation moyenne de 40% pour les trois quarts de ces patrons. La France est dans une situation difficile dont une des causes est le déficit monstrueux de la balance commerciale, bon indicateur de la mauvaise performance des entreprises françaises qui perdent des parts de marché sur toute la planète. Les Français ont un pouvoir d’achat en berne et l’inflation est repartie, rendant leur vie de plus en plus difficile. N’êtes-vous pas heureux de savoir qu’il y a des patrons qui sont à l’abri de ces petites mesquineries que sont les difficultés de vivre, malgré leurs piètres performances ?

10 février 2008

Fadela contre les intellectuels

Le 10 Février a eu lieu sur France 5, dans l’émission Riposte, une confrontation entre Fadela Amara et quelques intellectuels bon teint. Une jeune femme, visiblement sincère et profondément investie dans sa mission sur les banlieues, seule face à des hommes plus ou moins jeunes, uniquement attachés à la polémique ou viscéralement opposés à Nicolas Sarkozy, s’est vue confrontée à des attaques systématiques et contradictoires, sans que cette contradiction visible ne soit, d’ailleurs, relevée par le meneur de l’émission, Serge Moati. On avait l’impression d’un combat entre la sincérité et l’engagement d’un côté et la polémique de mauvaise foi de l’autre.
On entend, dans un même tour de table, reprocher à Fadela le « paquet fiscal » qui ne la concerne absolument pas, la démagogie supposée du projet à cause de la proximité des municipales. Comme d’habitude, les contradicteurs avancent des arguments en s’appuyant sur des annonces, des mots, des faits qui, sortis de leur contexte, deviennent partiels et de mauvaise foi. Pendant toute l’émission, on a eu le spectacle d’une vraie sincérité, sans langue de bois, face à un discours construit sur la volonté farouche de s’opposer au Président à travers Fadela Amara.Lorsque l’on entend le meneur de l’émission glisser au cœur d’une phrase que Fadela Amara est soumise à l’ISF, on est interloqué devant ce qui ne peut être qu’une manœuvre de déstabilisation, car on ne voit absolument pas le rapport avec le sujet de l’émission si ce n’est la volonté de jeter un doute sur la légitimité du ministre vis-à-vis du plan banlieu. Serge Moati a inséré dans l’émission une interview de Monsieur Azouz Begag, ulcéré de n’avoir pas été appelé par Nicolas Sarkozy au gouvernement, qui reprochait au « plan banlieue » de Fadela Amara de ne pas contenir les excuses du Président sur l’emploi des mots « karcher » et « racaille ». Cette émission n’a, finalement, montré que les limites de cet exercice.
La France a trop d’intellectuels inefficaces et pas assez de Fadela Amara.

07 février 2008

Un gros mot

Dans le petit monde médiatique et politique, se murmure un vocable fantasmatique qui cristallise toutes les peurs et toutes les oppositions : une politique de rigueur. À entendre les réactions devant ce vocable, on pourrait croire que l’association de ces deux mots est un véritable scandale. La rigueur et la politique ne peuvent être associées dans un même vocable sans provoquer immédiatement des réactions irritées et des vociférations outrancières. Et pourtant … Qu’y a-t-il de scandaleux à ce que la politique soit menée avec rigueur ? La France est-elle trop habituée au laxisme en matière d’économie politique, laxisme qui se traduit concrètement par l’insondable dette du pays, pour pouvoir imaginer que l’économie politique puisse demander un peu de rigueur ? Pourtant, l’enseignement s’attache à inculquer aux élèves et aux étudiants que la rigueur est la base de tout travail et de toute réflexion.
Doit-on voir là aussi une faillite du système éducatif français ? Ou bien, en rejoignant ce que le Général De Gaulle pensait des Français, que le peuple est tellement étranger à l’effort que toute idée de rigueur lui est insupportable ? Comment expliquer autrement ce fait qu’il n’existe aucune corporation, aucun corps de métier, aucun syndicat qui ne réclame encore et toujours plus de moyens, alors que le pays est en état de quasi- cessation de paiement et que la balance commerciale affiche des records de déficit atteignant les quarante milliards d’Euros !! Mais la réalité est têtue : la France n’échappera pas aux sacrifices nécessaires et indispensables pour retrouver le chemin d’une saine gestion. Elle ne peut continuer à imposer aux autres pays européens des règles de rigueur qu’elle refuse de s’appliquer à elle-même. Préparer vos ceintures…

05 février 2008

Vous avez dit démocraties ?

Qu’elle soit représentative, d’opinion, directe ou participative, la démocratie est au centre des réflexions des analystes politiques et des intellectuels (ou de ceux qui se déclarent tels) sans toujours faire la juste différence entre ces diverses formes d’un même système politique. Démokratia est un terme grec signifiant le commandement par le peuple. Originellement, il désignait le mode de gouvernement des cités grecques où la maîtrise de l’Etat était l’apanage du peuple assumant l’administration des affaires publiques : l’Assemblée du peuple cumulait tous les pouvoirs et chaque citoyen avait la possibilité de participer à l’Assemblée de la cité. Il s’agit donc de ce qui s’appelle la démocratie directe. Chaque cité grecque avait ainsi son assemblée fonctionnant sur le principe de la démocratie directe du peuple. L’idée de démocratie a traversé les siècles pour s’incarner sous la forme d’un mode de gouvernement d’un pays tout entier. La participation de tous les citoyens à la gestion directe du pays étant inopérante, les compétences nécessaires à cette gestion étant de plus en plus complexes, le peuple a délégué à des hommes jugés les plus capables cette responsabilité ; la démocratie représentative était née. En France, la démocratie directe n’a pas totalement disparu puisque l’élection du Président de la République se fait au suffrage universel direct. Cependant, des évènements récents, les propos tenus lors de la dernière élection présidentielle, ont semblé remettre en cause la démocratie représentative en voulant favoriser l’émergence d’un nouveau type de démocratie : la démocratie dite participative. On a même entendu, ces temps derniers, des parlementaires juger non démocratique le fait que le Président de la République ait choisi de faire voter le texte du projet Européen par le Parlement au lieu de faire appel au référendum ! Décidément, tous les dinosaures n’ont pas disparu, il en reste quelques-uns au sein du Parti Socialiste. Avant d’analyser le concept de démocratie participative, il faut également se rendre compte que l’épisode du CPE, le blocage des Universités par une minorité d’étudiants, sont des évènements où une loi votée par l’Assemblée Nationale est rejetée par la rue ou contestée par une partie du peuple. C’est-à-dire que la légitimité de la démocratie représentative a été gravement remise en question. C’est bien pourquoi la commission dite « Balladur » sur l’évolution de la Constitution, propose (chat échaudé craint l’eau froide !) qu’une loi subisse une « étude d’impact » avant la parution des décrets d’application. Ce que l’on peut traduire de la façon suivante : il faut mettre en place une démocratie d’opinion. Tenir compte de l’opinion publique pour orienter les décisions de gestion de la Nation, tel est le principe de base de la démocratie d’opinion. Cette façon de dénaturer la démocratie comporte un risque énorme : rien ne dit que l’opinion ait raison !! L’opinion, sensible à l’émotion et versatile, peut décider contre toute raison. La peine de mort n’aurait jamais pu être abolie si le pouvoir politique s’était soumis à l’opinion. Se pose également le problème de l’appréciation de l’opinion. Il est patent que la démocratie d’opinion conduit tout droit à la dictature des sondages. Il s’agit bien d’une dictature, car il n’existe aucun contre-pouvoir. Qui ne sent que les sondages ont déjà pris une part trop grande dans la prise de décision des politiques qui nous gouvernent ? Lorsque l’on voit comment ont fonctionné les Assemblées d’étudiants, faisant fi de tout comportement démocratique, on est en droit de craindre la démocratie d’opinion, tout aussi susceptible de manipulation que tout autre manifestation d’opinion.
La démocratie directe n’étant pas opératoire, la démocratie d’opinion étant dangereuse, il reste le concept de démocratie participative. Reste à comprendre ce que ce concept recouvre. S’il s’agit, comme l’a laissé entendre la candidate de gauche aux dernières élections présidentielles, de soumettre l’action des représentants du peuple au jugement de jurys populaires, cela revient à dénier au principe du vote électoral toute justification. La délégation faite lors du vote électoral perd son sens ainsi que le principe même de démocratie représentative. S’il s’agit de faire participer le citoyen aux prises de décisions, cela existe déjà à l’échelon local à travers les comités de quartiers, les commissions ad hoc, les associations. Un examen un peu attentif de ces initiatives montre qu’il ne s’agit que de l’application au niveau local de la notion de représentativité. En effet, les participants à ces comités ou associations sont censés représenter l’ensemble des concitoyens qui leur ont délégué leur pouvoir de décision. On est bien dans le cadre d’une démocratie représentative. On peut donc conclure que le concept de démocratie participative n’est qu’un avatar de la démocratie représentative. Si les citoyens perdent confiance dans les hommes politiques, cela ne tient pas au fonctionnement de la démocratie, mais à la compétence et au courage des élus. Cela tient également à l’égoïsme du citoyen pour qui la notion de bien commun est étranger.
Le régime actuel français est, sans conteste, celui de la démocratie représentative. Cependant, nous assistons à ce qui pourrait bien devenir une dérive, voire une régression. Lorsque N. Sarkozy affronte directement les pêcheurs, les cheminots grévistes, les ouvriers, la majorité des Français louent son courage…et retiennent la leçon, à savoir que, seul, le président est apte à entendre leurs problèmes. C’est exactement ce qui se passait, il y a deux cent cinquante ans, lorsque le peuple ne s’adressait qu’au roi.

01 février 2008

Pauvre Afrique

Le continent noir, berceau de l’humanité, n’en finit pas de s’enfoncer dans la misère. Le spectacle que donne l’Afrique aujourd’hui est accablant. Non seulement en proie aux premières conséquences dramatiques du réchauffement planétaire, elle est dévastée par une vingtaine de conflits armés, aucune région n’étant épargnée : Somalie, Soudan, Tchad, Rwanda et Burundi, Ethiopie, Ouganda, Kenya, République Démocratique du Congo, Angola, Sierra Leone, Liberia. À cette liste, il faut ajouter l’horreur que constitue la permanence du terrorisme au Maghreb, en Mauritanie. Au premier rang des causes de ces guerres figure l’ethnisme qui pousse les peuples à tenter de régler les différends politiques par les armes à feu ou les machettes. Ce qui se passe actuellement au Kenya est symptomatique de ces antagonismes racistes (car il faut bien appeler les choses par leur nom). Les conflits à coloration tribale, souvent aggravés par le fanatisme religieux, sont nombreux : l’antagonisme Hutus-Tutsis de l’Afrique des Grands Lacs, les problèmes Afar dans la Corne, la question Targui au Sahel, le problème Oromo en Éthiopie, le conflit du Nigeria, celui du Soudant et de l’Ouganda en sont des exemples. Ces conflits s’accompagnent de déplacements de population d’une ampleur considérable (un réfugié sur deux dans le monde est africain) qui ajoutent à la déliquescence du continent. Les camps de réfugiés sont de gigantesques camps de la mort pour les plus faibles, femmes, enfants et vieillards. L’Afrique meurt de la corruption et de l’incompétence de ses dirigeants, des trafics de tous ordres dont la drogue. C’est un continent qui a produit plus de dictateurs que de poètes ou de philosophes. Devant une telle dérive, le monde entier devrait se mobiliser pour aider ces populations à sortir de ce drame. Et ceci, en s’abstenant de soutenir des dirigeants corrompus et incapables au nom d’une « real » politique uniquement préoccupée des intérêts égoïstes des pays occidentaux et asiatiques.